La palette de Pierre

La palette de Pierre

Lexique 2 Lumière d'Orient


Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 6, Sabords

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 6 " SABORDS " 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème  : Sabords

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BRICK : NAVIRE PRÉFÉRÉ DES PIRATES ET DES CORSAIRES, LES BATAILLES NAVALES ANCIENNES (Sabords)

 

 

 

1/ LE BRICK : NAVIRE PRÉFÉRÉ DES PIRATES ET DES CORSAIRES

 

S'il est un navire qui fit l'unanimité des pirates et des corsaires, c'est bien le brick ! En effet, ce voilier léger, à deux mats uniquement et constitué de voiles carrées complétées de voiles triangulaires, était fort rapide et maniable.

 

Il était également le favori des commerçants et du cabotage au long cours. Avec un équipage expérimenté d'environ 15 marins; il filait les lourds navires de transport commercial en leur menant la chasse par vent arrière grâce à ses voiles carrées orientées perpendiculairement au vent. 

 

Au contact parallèle de sa proie, et après avoir lâché une première bordée de boulets de canons (à partir de ses 8 à 18 pièces de petit calibre souvent chargées de mitraille), il pivotait aussitôt pour éviter le tir ennemi, puis reprenait son assaut jusqu'à l'abordage à l'aide de grappins.

 

Il filait 15 noeuds (soit 27,78 km/h); ce qui était remarquable.

 

Au fait, savez-vous pourquoi en marine la vitesse se mesure en noeuds ? Eh bien, autrefois les marins jetaient à l'eau le "loch", planche lestée reliée à un cordage. Le cordage était muni de noeuds tous les 15,43 mètres (correspondant à 1/120ème de mille marin). Lorsqu'on jetait à la mer cette planche, on laissait donc filer le cordage durant le temps de l'écoulement d'un sablier de 30 secondes. On comptait tout simplement le nombre de noeuds qui défilaient jusqu'à la fin du sablier où l'on arrêtait alors le cordage.

 

 

 

 

 

 

Brig

 

 

 

Brick avec ses deux mats, ses voiles carrées et sa vingtaine de pièces d'artillerie

s'ouvrant dans les sabords d'un seul pont

 

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Attaque d'un brick entre deux vaisseaux de ligne

 

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2/ LES BATAILLES NAVALES ANCIENNES

 

Parfaitement orchestrées selon une expérience codifiée à travers les siècles, ces batailles se menaient en tenant compte des paramètres propres à la mer (météo diurne ou nocturne, vent, courants, vagues, tempête, proximité des fonds marins et des esquifs, etc.) et ce, de la même façon qu'on intègre les caractéristiques du terrain à terre. Le nombre de "bâtiments", la puissance de feu des vaisseaux en rapport avec leur nombre de ponts et de mâts était bien entendu un argument de poids à considérer.

 

Selon le cas, le combat se fesait en "guerre de course" avec un nombre réduit de navires donc assez rentable ou en "guerre tactique d'escadres" plus coûteuse.

 

La guerre de course est assurée par des corsaires sur ordre du roi grâce à leurs bricks légers ; lesquels se paieront sur le tas en pillant les lourds bateaux de commerce ou les vaisseaux de ligne imprudents.

 

Quant à la guerre d'escadres où chaque partie (escadre) de la Flotte combat en "ligne de file", à l'écart des côtes, en se canonnant parallèlement, elle impose une parfaite maîtrise des manoeuvres toujours longues à réaliser compte tenu de la taille des vaisseaux. Au tout début du XIXè, la marine anglaise adopta une autre tactique plus efficace, comme le fit l'Amiral Nelson à Trafalgar, consistant à percer la ligne ennemie en l'attaquant frontalement la ligne adverse, donc perpendiculairement, pour mieux la cerner en la divisant.

 

 

Bataille de Trafalgar

 

Capture d’écran 2021-01-14 à 16

 

Trafalgar_aufstellung

 

 

 

Il faut bien se dire que les combats, dans un espace aussi réduit que celui des navires presque au bord à bord,  justement équipés de 700 à 900 matelots et de 120 canons de gros calibre de 42 livres avaient des conséquences terribles pour leurs servants.

 

Imaginez : le silence moite qui précède le combat, le sel dispersé au sol pour ne pas glisser, les mèches allumées par les deux bouts, les sabords relevés avec le vent et les paquets de mer qui s'engoufrent, l'enfer du feu, de la poudre, du bruit, des cris, du sang, des canonnades à bout portant avec le recul fracassant des canons, des nuages de fumée noire, le danger (dans les deux sens) des boulets rouges, de la mâture qui s'écroule, des cordages qui fouettent et de la mer qui s'engoufre dans les brêches...

 

Pour se faire une idée de l'artillerie navale, à la bataille de Trafalgar, les 60 vaisseaux alignèrent pas moins de 4.000 canons, contre seulement 400 à Austerlitz !

 

Selon les protocoles employés dans les marines, on "tirait à démâter" (France) pour immobiliser l'adversaire ou "à plein bois" dans la coque (Anglais) pour détruire les batteries de l'ennemi.

 

Le "tir à boulets rouges" était une technique consistant à chauffer à rouge des petits boulets ronds dans un "four à boulets" avant que de tirer dans la coque pour incendier le navire adverse. La "caronade" s'exécutait en combat rapproché en chargeant les petites pièces d'artillerie de mitraille.

 

Quant à l'abordage, pas toujours effectué (les navires coulant avant), il consistait à s'approcher du navire adverse au plus près à se toucher, puis à lancer des grappins dans la mâture avant que de sectionner à la hâche ses cordage pour immobiliser le navire adverse tout en l'abordant à l'arme blanche et au pistolet en poussant des hurlements effrayants...

 

Le navire vaincu est selon le cas, coulé, remorqué (en le démâtant) ou réparé. Son contenu est pillé, les blessés sont achevés, à moins qu'ils ne soient faits prisonniers, mais bien souvent enlevés puis revendus aux barbaresques comme esclaves... Les morts sont jetés à la mer, dans "le meilleur des cas" enserrés ensemble dans une voile cousue lestée de boulets...

 

Quant à ses propres blessés, souffrant d'horribles plaies et mutilations causées par les boulets, la mitraille et les armes, ainsi que les débris de bois, ils vont dépendre du chirurgien du bord qui, voulant à tout prix empêcher la gangrène, va les amputer à vif (au mieux, avec du rhum)...

 

...comme en témoignent ces mémoires édifiantes d'un marin Grandvillais du XVIIIè :

 

" ... Le combat commença à midi et ne finit qu'à six heures, que nous fûmes pris, avec perte de cinquante hommes, toujours vergue à vergue. Au commencement du combat, je reçus une blessure d'une mitraille au bras gauche; sur les trois heures, une balle de fusil dans la cuisse gauche. J'étais toujours resté sur le pont. Peu avant de nous rendre, le capitaine nous l'annonça. En passant de proue à poupe, un de mes camarades et moi trouvâmes sur notre passage deux fusils encore chargés. "Tirons-les, dîmes nous, nous tuerons peut-être encore deux Anglais". Aussitôt dit que fait, je mets mon pied gauche sur la lisse pour mieux découvrir. Mon camarade mit le genou sur le tillac et fait feu avec moi sous mon bras. Un boulet-ramé nous arrive, me coupe la jambe et coupe mon camarade en deux. Le pavillon fut baissé, et les vainqueurs vinrent s'emparer de leur proie. Nous nous étions battus en chemise. La mienne, teinte de sang et de poudre, fut trouvée fine par les Anglais et enlevée. On m'en donna une de serpillière à la place. Après le quart d'heure de pillage, le calme permit au chirurgien de penser à m'opérer. Faute de tourniquet, il me plaça un ruban de fil autour de la cuisse et le tordit avec la spatule qu'il me donna à tenir et prit le couteau courbe. La scie fut employée. Cet homme ne connaissait pas de périoste. L'opération fut cruelle: point d'aiguille pour les sutures aux vaisseaux ; un Anglais lui en donna une. Enfin, après trois heures, l'opération fut finie. On me descendit et l'on me coucha sur les volets de canons. La fièvre s'empara de moi. Je fus altéré. J'en faisais le signe aux Anglais qui me donnaient alternativement pour tisane, punch, flip, en sorte que je fus presque toujours ivre pendant onze jours que nous fûmes à nous rendre en Angleterre, pendant lesquels je roulais avec mon matelas de tribord à bâbord dans les forts roulis. "

 

 

 

Bataille de Sinope (Russes contre Turques)

 

 

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Trousse de chirugien naval au XVIIIè

 

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15/01/2021
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Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 5, Jean

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 5 " JEAN " 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Jean

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'EXPÉDITION MARITIME POUR LA CRIMÉE, " LE NAPOLÉON " : PREMIER NAVIRE À VOILE ET À VAPEUR CONÇU PAR HENRI DUPUY DE LÔME (Jean)

 

 

 

 

1/ L'EXPÉDITION MARITIME POUR LA CRIMÉE

 

 

S'il s'embarque à Toulon le 19 mars 1854 sur " Le Napoléon " avec l'expédition française d'Orient, Antonin n'est pas pour autant le premier parti pour la Crimée. N'oublions pas que ce conflit couvrit une large période s'étalant de 1850 à 1857, même si les actes militaires se résumèrent à des combats situés entre 1853 et 1856.

 

Dès le mois de mars 1853, la flotte française est envoyée en mer Égée faisant suite à la mobilisation russe.

 

En juin, elle mouille avec la flotte Britannique à l'entrée du détroit des Dardanelles. Puis après que l'Empire Ottoman ait déclaré la guerre à l'Empire Russe le 23 octobre 1853, elle se place en attente dans le Détroit du Bosphore tandis que la flotte de la Mer Noire russe détruit la flotte ottomane (turque) à la bataille de Sinope le 30 novembre 1853. De fait, la flotte franco-britannique entre en Mer Noire le 3 janvier 1854.

 

C'est l'escalade...

 

Après de vaines sommations d'évacuer les territoires occupés par les russes, des démarches de l'Empereur Napoléon III auprès du Tsar Nicolas 1er tout aussi inutiles, l'Armée française d'Orient est constituée le 11 mars.

 

Puis le 19 mars 1854, l'armada navale française s'organise au départ de Toulon (avec notre Antonin) et fait voile vers la base navale turque de Gallipoli.

 

Mais le 23 mars les russes franchissent le Danube et le 27 mars la France et l'Angleterre déclarent la guerre à la Russie. Le 15 avril 1854, les navires de guerre franco-britanniques de la Mer Noire, arborent leur pavillon de guerre.

 

Lorsqu'on parle de l'escadre, il faut bien voir qu'elle disposait de vaisseaux dits de 1er, 2ème, 3ème et 4ème rang, de deux à trois ponts, deux et trois mats, armés de 50 à 124 canons, manoeuvrés par 300 à 900 hommes d'équipage, complétés par des frégates et des corvettes plus légères de 5ème et 6ème rang.

 

À quoi il faut ajouter les troupes embarquées (différentes des matelots, mais pouvant leur donner la main) comprenant les fusiliers marins au titre de l'infanterie de marine, les cavaliers et leurs chevaux ainsi que leurs armes, la poudre et les nombreux équipements de campagne, d'intendance et les vivres... Leurs effectifs se montaient de 100 à 400 hommes. 

 

 

 

Carte situant mieux le débarquement à Gallipoli puis ensuite à Varna, ainsi que la défaite turque par la flotte russe à la bataille de Sinope

 

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Débarquement franco-anglais le 14 septembre 1854

 

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Vaisseaux de 1er au 4ème rang

 

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Vaisseaux de 5ème au 6ème rang

 

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la flotte russe en 1846 à Sébastopol

 

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Le Valmy (Vaisseau français de 1er rang)

 

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Lien vers un article que j'ai publié

sur une maquette d'un trois mats que j'ai restaurée :

ICI

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2/ " LE NAPOLÉON " : PREMIER NAVIRE À VOILE ET À VAPEUR CONÇU PAR HENRI DUPUY DE LÔME

 

Construit par le célèbre ingénieur du génie maritime, le polytechnicien Henri Dupuy de Lôme (1816/1885), le Napoléon, construit dès 1847 fut lancé en 1850 et retiré du service en 1876.

 

Ce navire de ligne (dans lequel embarqua Antonin) participa à l'expédition française d'Orient en Mer Noire.

 

Il fut le premier vaisseau de ligne à propulsion par hélice mue grâce à la vapeur (et au charbon), en sus de son gréement traditionnel de voilure répartie sur trois mats.

 

Son armement traditionnel de 90 canons répartis sur deux ponts pour une longueur de 77,8 m, une largeur de 17 m, un tirant d'eau de 8,4 m, et 5.120 tonnes  le faisait ressembler à un vaisseau de 2ème rang traditionnel, mais le choix hybride (comme l'on dirait aujourd'hui) de lui adjoindre la puissance de la vapeur pour une vitesse remarquable de 13,8 noeuds (25,5 km/heure) le transforma en redoutable navire de guerre des "temps modernes".

 

C'est grâce à sa puissance se moquant de l'absence de vent ou des vents contraires, qu'il rendit des services insignes durant la guerre de Crimée en remorquant d'autres navires au long des Détroits des Dardanelles et du Bosphore. Il ne manqua pas d'être admiré, notamment par les anglais, pour ses prouesses durant ce conflit.

 

En 1861, l'ingénieur Dupuy de Lôme construisit le premier vaisseau cuirassé  muni d'un éperon de l'histoire de la marine fonctionnant également à la vapeur grâce à 9 chaudières et recouvert de tôles d'acier, le " Solférino ", venant parfaire l'essai du " La Gloire " lancé en 1860. 

 

Inventeur hors normes, il créa plus tard en 1870 un aérostat dirigeable, des canons de marine montés sur wagons de chemin de fer et même un sous-marin électrique, le " Gymnote " lancé après sa mort en 1888 !

 

Fait Grand-Officier de la Légion d'Honneur, Dupuy de Lôme fut également membre de l'Académie des Sciences, conseiller d'État, Député du Morbihan et Sénateur inamovible.

 

 

 

Le " Napoléon "

 

 

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Le " Solférino "

 

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L'aérostat dirigeable durant la Commune de Paris en 1870

 

 

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Le sous-marin " Le Gymnote " en 1889

 

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Buste d'Henri Dupuy de Lôme inauguré à Ploemeur

pour son bicentenaire en 2016 par le sculpteur Pierre Ogé

 

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Grand-Officier de la Légion d'Honneur

 

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05/01/2021
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Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 4, tourments

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 4 " TOURMENTS " 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Tourments 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE MAUVAIS NUMÉRO TIRÉ LORS DE LA CONSCRIPTION (Tourments)

 

 

Durant la 1ère République, pour endiguer la démobilisation de soldats en 1794, le Général Jourdan obtint le vote par le Conseil des Cinq-Cents d'une Loi relative au mode de formation de l'armée de terre, le 19 fructidor, an VI de la République une et indivisible (le 5 septembre 1798).

 

Celle-ci instaurait pour la première fois la " conscription militaire universelle et  obligatoire " pour tous les Français* âgés de 20 ans d'une durée de 5 ans donc jusqu'à 25 ans. Auparavant, les armées de l'Ancien Régime étaient constituées de milices provinciales, de mercenaires et de volontaires. Notons qu'avec cette Loi Jourdan/Delbrel, le volontariat était également maintenu de 18 à 30 ans avec un certificat de bonne conduite signé du maire de la commune du jeune volontaire et du juge de paix.

 

  • Les femmes étaient également concernées, mais seuls les hommes devaient une conscription obligatoire.

 

 

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Depuis 1798, la conscription évolua, tant dans sa durée que dans son mode opératoire (tirage au sort, par exemple) ou par son intitulé devenant service militaire puis service national (1965), avant que d'être " suspendue " près de 200 ans plus tard en 1997 par le Président Jacques Chirac.

 

On imagine sans mal combien Napoléon 1er utilisa largement la conscription pour accroître et renouveler ses armées jusqu'en 1815 !

 

Durant un siècle, de 1804 à 1903, les conscrits devaient tirer un numéro d'affectation ou d'exemption puis de durée militaire. Ainsi en 1872, les numéros inférieurs sont les plus mauvais avec un service de cinq ans quand le plus élevés n'imposent qu'un an. Plus tard en 1889 la durée sera de trois ans pour tous, seule changeant l'affectation d'arme géographique.

 

 

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Pour en revenir à l'époque qui nous intéresse, Dès le Consulat, puis sous le Second Empire, il était également possible de pourvoir au remplacement d'un conscrit. Cette disposition changea selon les époques. À l'origine, c'était le conscrit lui-même ayant tiré un "mauvais numéro" (l'affectant) qui se chargeait de trouver son remplaçant, prêt à donner à sa place cinq ans de sa vie à la Nation, contre rémunération bien entendu fixée au minimum à 1200 franc et plus généralement à 2000 francs (une fortune alors).

 

Il est clair que cette disposition de remplacement n'était ni juste ni égalitaire, faisant peser sur les plus démunis le poids des armes !

 

Et comme toujours en pareil cas, une véritable "institution" de "marchands d'hommes" s'organisa. Naturellement, des contrats de remplacement étaient fixés devant notaire (car le versement des sommes était répercuté sur les cinq années de service) et outre la somme versée au remplaçant, le bénéficiaire de l'exemption devait s'acquiter des frais de notaire et de la bourse donnée au "marchand d'hommes".

 

Enfin, ces marchands d'hommes ayant tôt fait de flairer la bonne affaire, ils s'installèrent à proximité des casernes, à l'instar des maisons closes à soldats et des "marchands de femmes", afin de proposer à nouveau leurs services aux soldats ayant terminé leur temps, mais anxieux de reprendre sans le moindre sou vaillant la vie civile et qui, appâtés par le gain en reprenaient pour 5 à 7 ans...

 

Le remplacement des conscrits fut supprimé en 1872 sous la 3ème République, mais auparavant, des modifications furent apportées au système de remplacement. Ainsi en 1855 (juste un an après qu'Antonin fut incorporé N.D.L.R.), on ne versera plus la somme requise pour être exonéré à un remplaçant, mais à l'État ! Somme fixée entre 1800 francs et 3000 francs. Pour information, un instituteur gagnait 700 francs par an...

 

 

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Fondé sur un contingent d'appelés fixé par chaque Canton, les futurs conscrits âgés de 20 ans (correspondant à leur "classe") étaient convoqués (avec pli remis par les gendarmes, le vaguemestre ou le garde champêtre) au chef-lieu de leur Canton. Chacun tirait alors dans une urne un billet portant un numéro. De fait, il y avait moins de billets imprimés portant numéro que de conscrits potentiels et ceux qui avaient la chance (ou pas, c'est selon...) de tirer un numéro élevé se voyaient exemptés de la conscription militaire ou pour un numéro un peu plus faible affectés à la réserve ; à ne pas confondre avec les réformés physiques.

 

 

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Les conscrits retenus par leur numéro inférieur, étaient dès lors convoqués au Conseil de Révision les déclarant aptes ou inaptes après un examen médical approfondi (mis à nu) mettant notamment en évidence leur descrition physique. Comme il n'y avait pas de photos à l'époque d'Antonin, on décrivait scrupuleusement leur taille, poid, couleur des cheveux, vue et couleur des yeux, traits du visage, de la bouche et du nez, apparence des défauts physiques, dentition, pieds plats, etc. 

 

Ils défilaient tout nus devant une Commission officielle (habillée ;-) composée du Conseiller Général, des maires, d'un sous-officier de gendarmerie et d'un médecin.

 

Pour ces jeunes appelés, c'était une étape très importante de leur nouvelle " vie d'homme ", devenus " bon pour les filles " et fêtant le " passage de leur Classe " à force boissons et défilés dans leur commune, arborant la fameuse cocarde des conscrits portant leur numéro de tirage au sort ainsi que des rubans, souvent un tablier brodé  et un chapeau de reconnaissance.

 

En effet, cette étape essentielle de leur vie d'homme les séparant de l'adolescence, leur permettait, une fois leur attribution de " bon pour le Service " obtenue (avec en quelque sorte leur passeport de virilité vérifiée) d'envisager ensuite, après leur " temps sous les drapeaux " de se marier et d'exercer un métier. C'était tellement important que de véritables " Comités des fêtes " gérés par les meneurs de " leur  classe " déclarés en Préfecture et avec un Bureau se réunissaient dans une auberge durant un an (celle de leurs vingt ans) pour organiser diverses manifestations, défilés, soirées, et autres... beuveries en costume de circonstance.

 

 

 

 

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Mais les cocardes, donnaient également ça...

 

 

Champ de cocardes 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


20/12/2020
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Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 3, Pitié

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 3 " PITIÉ " 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème :  Pitié 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE SORT DES ENFANTS ABANDONNÉS (Pitié)...

 

 

...était terrible. À la moitié du XIXe siècle, le sort des petits orphelins, souvent bébés abandonnés sur le parvis d'une église, les "sans famille" comme l'on disait alors, était impitoyable. Et encore, en progrès sur les siècles passés ! On estime leur nombre à trois millions en 1800 sur une population totale en France de vingt sept millions.

 

Les enfants abandonnés étaient issus de familles misérables, pauvres ou modestes, mais pas uniquement, car le rejet des "filles mères" par la société touchait toute conception d'enfant hors mariage ; aussi bien des servantes "engrossées" malgré elles par leur maître, que des domestiques séduites et abusées, que des maîtresses abandonnées ou des épouses infidèles. Les abandons d'enfants illégitimes donc hors mariage se chiffraient à 60% du total.

 

Non seulement ces enfants ne connaîtraient jamais leurs parents ni leurs origines, mais ils feraient l'objet de spéculations sur des gains potentiels obtenus par des nourrices peu scrupuleuses détournant des indemnités versées l'Administration nouvellement créée de l'Assistance publique, par des hospices, des bienfaiteurs ou même les œuvres de charité de l'Église. 

 

En effet, à chaque fois que l'État concevait des solutions pour éviter ou limiter l'abandon d'enfants, des profiteurs de toutes sortes, dont leurs propres parents   imaginaient aussitôt des subterfuges pour les contourner. 

 

Par exemple, lorsque pour réduire les abandons "sauvages" sur le parvis des églises ou devant les mairies, on supprima les fameux "tours" * tout en versant une aide financière aux filles mères, assortie souvent d'une période de placement transitoire de l'enfant pouvant être ensuite repris par sa mère, certaines familles conçurent ce moyen " d'abandon, placement transitoire, reprise " comme étant une façon facilement lucrative d'améliorer leur vie...

 

De même, pour le dédommagement détourné de fait par des familles nourricières qui firent un véritable commerce des sans famille avec dans certains cas, l'idée d'abandonner son enfant pour venir ensuite le recueillir en touchant la prime !

 

* Les "tours" (nom masculin) construits au début du XVIIIe consistaient en une sorte de cylindre pivotant placé dans les murs d'églises, de couvents ou d'hospices facilitant  ainsi le dépôt de nourrissons abandonnés dans l'anonymat absolu en le manœuvrant de l'extérieur avant qu'une Sœur ne le récupère de l'intérieur du bâtiment.

 

Face à ces problèmes de détournement d'aides, l'administration décida en 1860 d'éloigner obligatoirement ces enfants abandonnés d'au moins 150 km de l'endroit où ils furent trouvés. Malheureusement, les transports épouvantables d'enfants et de bébés entassés dans d'horribles chariots à peine bâchés sur les routes qu'on imagine à l'époque se transformèrent en hécatombe aux allures de convois funéraires...

 

Enfin, n'oublions pas qu'en ces temps durs, les enfants travaillaient très tôt ; les familles nourricières ne se gênant pas pour "échanger" un petiot non productif contre un autre auprès de l'administration ! 

 

Les enfants, dès 8 ans, étaient corvéables à merci, travaillant dans des conditions de pénibilité et d'absence totale d'hygiène et de sécurité durant 15 heures par jour au moins, pour une seule maigre soupe et au mieux un salaire de misère. Alors qu'un bon ouvrier pouvait espérer 2 francs par jour en 1850, un enfant gagnait de 45 à 75 centimes.

 

Vers 1840, on ne comptait pas moins de 140.000 enfants utilisés dans la seule industrie, dont les mines (où les wagonnets qu'ils poussaient pouvaient les écraser) et les terribles filatures (où ils se noyaient en récupérant la laine des bassins à moins qu'ils ne soient entraînés par les métiers à tisser sous lesquels ils se glissaient pour renouer des bobines de fil). 

 

Quant aux campagnes, elles multipliaient les situations périlleuses liées à leur petite taille leur permettant de se glisser aussi bien dans  les conduits étroits des mines, dans ceux des cheminées (ramoneurs) que dans la trappe de visite  des foudres de vin pour les curer, les asphyxiant trop souvent...

 

Souvenez-vous mon poème qui évoque avec Laurine, les petits ramoneurs savoyards...

 

Ce n'est pas par hasard que la littérature et les contes abordèrent largement la question des enfants exploités, dévorés, abandonnés, de prostituées ou misérables comme Le petit Poucet, la Complainte de Saint-Nicolas (ci-après), le Petit chose, Poil de carotte ou Gavroche...

 

Mais ce n'est pas tout ! Le sort des enfants fuyant leur exploitation en se sauvant pour se retrouver vagabondant sur les chemins, marodeurs mendiant leur pain dans la rue ou le volant, chapardant des poules ou braconnant, voire s'organisant en bandes écumant villes et chemins, sans parler de la prostitution, était effroyable : signalement puis chasse à l'homme et arrestation, enfermement, détention en "colonies agricoles" (comme celle de Bayel gérée par la prison de Clairvaux) ou bagne (Rochefort, Brest ou Toulon) puis Bataillons disciplinaires. Des institutions religieuses s'occupaient des filles détenues dans des asiles voués au silence.

 

 

 

LA COMPLAINTE DE SAINT-NICOLAS

Chanson recueillie par Gérard de Nerval (1842)

 


Il était trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

S'en vont au soir chez un boucher.
« Boucher, voudrais-tu nous loger ?
Entrez, entrez, petits enfants,
Il y a de la place assurément.»

Ils n'étaient pas sitôt entrés,
Que le boucher les a tués,
Les a coupés en petits morceaux,
Mis au saloir comme pourceaux.

Saint Nicolas au bout d'sept ans,
Saint Nicolas vint dans ce champ.
Il s'en alla chez le boucher :
« Boucher, voudrais-tu me loger ? »

« Entrez, entrez, saint Nicolas,
Il y a d'la place, il n'en manque pas. »
Il n'était pas sitôt entré,
Qu'il a demandé à souper.

« Voulez-vous un morceau d'jambon ?
Je n'en veux pas, il n'est pas bon.
Voulez vous un morceau de veau ?
Je n'en veux pas, il n'est pas beau !

Du p'tit salé je veux avoir,
Qu'il y a sept ans qu'est dans l'saloir.
Quand le boucher entendit cela,
Hors de sa porte il s'enfuya.

« Boucher, boucher, ne t'enfuis pas,
Repens-toi, Dieu te pardonn'ra. »
Saint Nicolas posa trois doigts.
Dessus le bord de ce saloir :

Le premier dit: « J'ai bien dormi ! »
Le second dit: « Et moi aussi ! »
Et le troisième répondit :
« Je croyais être en paradis ! »

 

 

 

 

 

Les Tours d'abandon ou "Boîtes à bébés"...

 

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Effectifs d'enfants détenus en "colonie agricole" à la Maison d'arrêt de Clairvaux près Bayel, en 1843/1844

 

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10/12/2020
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Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 2, L'Aube

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 2 " L'AUBE " 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : L'Aube

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA RÉCOLTE DES FOINS, LE REBOUTEUX (L'Aube)

 

 

 

 

 

1/ LA RÉCOLTE DES FOINS

 

se pratiquait autrefois durant trois à quatre semaines à partir de la mi-mai. ou plus souvent de la mi-juin. Tout dépendait du temps. Les foins sont constitués d'herbes de prairies comme la luzerne fauchées dans de bonnes conditions de temps sec, puis conservées également dans de bonnes conditions de fourrage pour alimenter les animaux durant l'hiver. Les "foins de regain" sont ceux de septembre, notamment en montagne.

 

Autant dire que les fenaisons étaient un temps fort de la vie des campagnes et que si malheureusement l'on attendait trop longtemps pour faucher et, ou que le mauvais temps se mette de la partie, la catastrophe pouvait être au rendez-vous !

 

C'est à la faux que se pratiquait la moisson, tout comme pour les céréales. Mais selon le terrain, la faucille était également employée. De fait, un faucheur adroit pouvait abattre une vingtaine d'ares à la journée avec une faucille et jusqu'à 60 ares avec une faux !

 

Dans mon poème, la fenaison se pratique encore à la faux, mais très bientôt, vers 1860, surgiront les premières faucheuses mécaniques !

 

Les fenaisons se déroulaient en quatre temps :

  • la fauche (par les hommes surtout),
  • le fanage réservé aux femmes et aux enfants (consistant à étendre l'herbe fauchée en de longs sillons - les andains - en la retournant régulièrement à la fourche et au rateau afin de sécher au soleil)
  • le ramassage puis remisage en meule
  • avant son transport en char bien "peigné" (pour éviter de perdre du foin en route) vers le grenier à foins (le fenil) où celui-ci était bien tassé (smouté) par les enfants avant que d'être salé contre la fermentation.

 

Tout le village (et parfois alentours) s'y mettait, mais les paysans les plus riches se faisaient parfois aider par des journaliers.

 

Toutes les demi-heures, il fallait aiguiser sa faux, avec une pierre humide  (lombarde) portée à la ceinture dans un récipient de bois (coffin) rempli d'eau complétée de vinaigre.

 

Nombre de peintres ont représenté ces scènes animalières et champêtres, tels Rosa Bonheur (1822/1899), Jean-François Millet (1814/1875) ou Jules Breton (1827/1906) dont les toiles ont souvent illustré nos manuels scolaires...

 

 

 

 

Photo prise au Lac du Salagou par votre serviteur

 

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Rosa Bonheur "Labourage"

 

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Louis Breton "les glaneuses"

 

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Jean-François Millet "L'angelus"

 

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2/ LE REBOUTEUX

 

était respecté et recherché. C'était un guérisseur aux multiples dons reconnu pour les soins extraordinaires prodigués par ses mains, au fluide autant chargé de mystères que d'hérédité opaque, depuis la nuit des temps...

 

Il parcourait la campagne, tel un colporteur. Mais il était décrit comme un vagabond à l'instar des charlatan ambulans vendant des potions miraculeuses, par les médecins voyant en lui un concurrent ignare et déloyal.

 

Mais auprès des paysans, c'était bien lui qu'on appelait lors d'un accident car il connnaissait empiriquement l'anatomie et l'art de remettre une épaule en place, un membre démis, voire une vertèbre déplacée ou d'immobiliser une fracture. Il soulageait la douleur par son magnétisme et ses gestes mécaniques et physiques précis.

 

De fait, on peut considérer qu'il avait un talent réel pour la kinésithérapie, l'ostéopathie ou la chiropraxie, avant l'heure !

 

Il savait également faire "passer le feu" (d'où son surnom de passeur de feu) d'une brûlure et de ses souffrances par l'application des ses mains, qu'attestent un grand nombre de témoignages d'hier et... d'aujourd'hui !

 

Inutile d'ajouter que ses guérisons attestées devenues légendaires pour certaines lui donnaient une aura populaire attestant d'un don "venu de Dieu".

 

 

 

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29/11/2020
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Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 1, L'enclume

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 1 " L'ENCLUME " 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : L'enclume

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE MARÉCHAL-FERRANT DES CAMPAGNES,   LES FEUX DE LA SAINT-JEAN (L'enclume)

 

 

 

 

 

1/ LE MARÉCHAL-FERRANT DES CAMPAGNES

 

 

avait un rôle indispensable ! Il intervenait non seulement auprès des chevaux, des vaches et des boeufs, mais également dans la fabrication de nombreux outils et accessoires, ainsi que dans leur réparation.

 

Il en existait pratiquement dans chaque village. À partir de son atelier et selon le cas d'une forge mobile, il ferrait bien entendu les chevaux (principalement), mais s'occupait aussi de conseiller les paysans sur la conduite à tenir avec leurs bêtes de somme. Un peu comme le rebouteux pour les humains, il exerçait ses talents de "vétérinaire" avant l'heure.

 

À partir de sa forge, il se chargeait de la conception et de la réparation d'un grand nombre d'outils agricoles et d'instruments du jardin (attelages, charrues, socs, herses, faux, pelles, binnettes, rateaux, pics, pioches, etc.) et l'on pouvait savoir quelles étaient ses priorités en fonction des saisons (semis, serclage, labours, moissons...).

 

Mais pas seulement ! Son métier le conduisait aussi à forger les ustensiles de la vie quotidienne et de la cuisine tels les trépiers, les anses de marmites, les crémaillères, les grils, etc.

 

D'une manière générale, cet artisan, bien souvent compagnon du Devoir du Tour de France portant des boucles d'oreilles symbolisant des fers à cheval comme le voulait la coutume, faisait la joie craintive des enfants par le côté mystérieux de son antre avec le feu, l'âcre odeur de la fumée de corne brûlée, le grand soufflet et le son du marteau frappant le fer porté au rouge sur l'enclume, toujours en cadence, notamment par le travail à deux avec l'apprenti. Et quand d'aventure un marmot était plus attentif que les autres, il se voyait parfois offrir un fer à cheval portant chance...

 

On le payait deux fois l'an, mais plus souvent, on préférait échanger avec lui des victuailles, du grain ou mieux de la farine, de la marchandise, du cidre ou de la bière et du bois contre ses services. Le troc avait largement cours dans nos campagnes.

 

Sa disparition progressive s'accéléra avec l'apparition des engins agricoles dont les tracteurs, remplaçant les boeufs et les chevaux, mais il en reste encore un peu plus d'un millier aujourd'hui, itinérant de fait de haras en écuries et  de carrières en manèges.

 

 

 

 

 

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2/ LES FEUX DE LA SAINT-JEAN

 

 

sont une tradition ancestrale de nos campagnes.

 

Le 21 ou le 22 juin, au solstice d'été avec le jour le plus long de l'année, cette fête mi-païenne, mi-carrillonée (lors de la Saint-Jean en la nuit du 23 au 24 juin), "garantissait" d'ouvrir les prochaines moissons en les préservant des intempéries, des démons, des orages et de la foudre...

 

Au village, tous l'attendaient avec impatience, car elle permettait de se mettre en valeur en revêtant ses plus beaux atours (dont les fameux rubans), pour festoyer en buvant plus que de coutume, veiller tard pour les petits, danser autour du feu et pour les plus intrépides, montrer son audace en sautant par dessus les braises tard dans la soirée, alimentant de fait de prochains commentaires et ragots à la veillée, au four de village, à la meunerie ou naturellement au lavoir...

 

La légende voulait que les tourtereaux qui sauteraient ensemble par dessus le feu rencontreraient l'amour dans l'année et se marieraient avant la prochaine Saint-Jean. Les feux de la Saint-Jean offraient donc là, l'occasion de trouver fortune auprès de l'âme soeur... 

 

Dans la tradition populaire, la fête de la Saint-Jean tient une grande place en témoignage de notre héritage culturel des campagnes. Aujourd'hui, la fête de la musique l'a remplacée

 

et pour votre serviteur, son anniversaire, né un 21 juin ;-)

 

 

 

 

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19/11/2020
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