La palette de Pierre

La palette de Pierre

Poème


Talents

 

 

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Talents

 

 

 

 

Je suis fervent de ces talents

Qui n’ont aucun équivalent,

 

Tels, Léonard sculptant l’hélice

Depuis son jardin des délices,

 

Canaletto sans farandole

Teintant le masque des gondoles,

 

Les opéras de Rossini

Représentés en Virginie,

 

Le clair-obscur non sans ravage

Plombant l’exil du Caravage,

 

L’acteur de la Sérénissime

Masquant sa vertu rarissime,

 

De Dante l’Antepurgatoire,

Sellette en interrogatoire,

 

Murs en trompe-l’œil sur la genèse

Pigmentés de vert Véronèse,

 

Les crescendo de Vivaldi

Aux crins d’archet qui rebondit,

 

Sainte Pietà de Michel-Ange

Artisan du marbre d’archanges,

 

Rome en sa Villa Médicis

D’albâtre que les temps noircissent,

 

Je suis épris de l’Italie

Portée par la Muse Thalie.

 

 

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Janvier 2019


09/01/2019
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Brisures

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Brisures

 

 

 

 

J’avais rêvé de Perceval,

De la forêt de Brocéliande,

Et de la quête du Saint Graal,

En m’enfouissant dessous la Lande.

Mais ce n’était que noble songe,

Noyé dans l’onde des brisures

 

 

J’avais emprunté le décor

De Roncevaux brisant la foudre,

Soufflant avec Roland du cor,

Par son destin couvert de poudre.

Mais ce n’était que preux qui songe,

Perdu dans l’écho des brisures.

 

 

J’étais tombé sous l’acacia

Perlant de sang l’or de ses gemmes,

En condamné que l’on gracia

Devant la Vierge que l’on aime.

Mais ce n’était que trop pieux songe,

Priant dans l’ombre des brisures.

 

 

J’étais allé sur le Delta

Rechercher la double couronne

Que Cléopâtre récolta

Avant que la mort ne résonne.

Mais ce n’était que trop vil songe

Enseveli sous les brisures.

 

 

J’avais gravi l’Himalaya

Grâce à ma canne en sycomore,

Sacrifiant comme les Mayas

Le cœur d’amour qui n’est pas mort.

Mais ce n’était qu’un triste songe

Désespéré par les brisures.

 

 

J’avais recouvert mon chemin

D’un mandala fleuri de poudres,

Cueillant l’encre des parchemins

Que la pluie ne puisse dissoudre.

Mais ce n’était qu’un de mes songes

Non de sommeil, que de brisures.

 

 

 

Pierre Barjonet

Janvier 2019


08/01/2019
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Une fleur

 

 

 

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08/01/2019
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Tendresse bleutée

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Mon amie Laurence "Ofildelo" ( https://ofildelo.blog4ever.com ) 

m'ayant suggéré d'écrire un poème s'inspirant de cette toile réalisée tout récemment

" Fleurs au vase bleu " 

je me suis donc mis à l'ouvrage en le lui dédiant

avec ses mots fort justes que je reprends dans la 7ème strophe.

 

 

 

 

À Laurence, avec ma reconnaissance,

Pierre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tendresse bleutée

 

 

 

 

 

Suffoquant sous le plomb d’un ciel pavé de nuages,

Nageant sous les soieries d’un ouvrage crissant

A chaque mouvement d’un buste attendrissant,

Dodelinant du chef, s’éventant sous l’orage,

Jade n’en pouvait mais, sans air étoufferait.

 

 

Par les rideaux tirés laissant perler la brise,

Retroussant la tiédeur assombrie du couloir,

Forçant l’écume morne des parfums d’un soir,

Découvrant la moiteur d’une coupe à cerises,

L’air enfin délivré sans un bruit s’engouffrait.

 

 

Le jardin s’était pris au jeu du crépuscule,

Le parterre enfilait ses atours de valeur,

Escaladant la vigne en quête de fraîcheur,

Contournant le bosquet cloîtré de canicule,

Jade encore étourdie, près des fleurs, se rongeait.

 

 

Lors, la lune engageait son onde de lumière

Coulant sur la façade en un reflet d’ivoire,

Chevauchant l’ombre fine sans tain d’un miroir,

Bleuissant les volets, brusquant rose trémière,

Puis aux lèvres de Jade en douceur s’y plongeait.

 

 

Son kimono bleu nuit glissait par l’harmonie

Des perles de flagrance embaumant le satin,

D’un tabouret précieux d’illustre palatin,

D’un paravent chinois mû sans cérémonie,

Porcelaine en bougeoir, Jade s’en saisissait.

 

 

Levant sa flamme d’huile entamant le silence,

Des yeux accompagnant l’intime vase bleu,

De ses joues trop poudrées d’un rose  fabuleux,

Des ongles au vert brillant en signe d’insolence,

Jade s’abandonnait aux fleurs qu’elle chérissait.

 

 

Et la nuit contemplant l’errance de son encre,

Rosace sans soleil, se figea dans l’instant, 

Donnant à son bouquet, le souvenir distant

De l’aurore troublante immobile sous l’ancre,

Déclinant l’ornement des teintes de douleur,

Révélant à la belle, sa passion des couleurs.

 

 

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Juillet 2018


20/07/2018
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Neige

 

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Neige

 

 

 

Le jour bruissait par les abeilles

Perlées de sourdes illusions,

Perdues dans des cristaux sans veille

En suffoquant sous l’effusion

Et me revient la Dame blanche

Qui fredonnait aux vieilles planches:

« Flocons que nous avions cueillis,

Noyaient leur âme en vil taillis »

 

 

La nuit frisait l’écorce mate

Des volets clos du vieil aïeul,

D’un ciel si bas que ne colmate

L’azur perdu sous le linceul

Et me revient la Dame blanche

Qui fredonnait aux vieilles planches:

« Flocons que nous avions cueillis,

Noyaient leur âme en vil taillis »

 

 

Le temps plongeait sous les racines

Sans la chaleur de la splendeur

Du bois givré qui me fascine,

Offrant ses fibres de candeur

Et me revient la Dame blanche

Qui fredonnait aux vieilles planches:

« Flocons que nous avions cueillis,

Noyaient leur âme en vil taillis »

 

 

La vie figée par l’agonie

Des fusains gelés en bosquets,

Parés de jais sans harmonie,

Contemplait l’horizon frisquet

Et me revient la Dame blanche

Qui fredonnait aux vieilles planches:

« Flocons que nous avions cueillis,

Noyaient leur âme en vil taillis »

 

 

C’était l’hiver, tapi de neige

Que s’enhardit son chant d’un jour,

Ou cet été devant la Meije

Que se rompit son bel amour

Et me revient la Dame blanche

Qui fredonnait aux vieilles planches:

« Flocons que nous avions cueillis,

Noyaient leur âme en vil taillis »

 

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Juillet 2018

 


18/07/2018
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Guerlédan

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Le lac de Guerlédan vient d'être vidé, pour entretien.

La dernière fois, c'était en 1985, la prochaine le sera dans une quarantaine d'années...

Ce spectacle insolite, lunaire, pour lequel se bousculent des milliers de visiteurs m'a inspiré ce poème, face à la nostalgie des pierres et poutres de la masure surgie des flots.

Je le dédie à ces gens de la vallée du Blavet inondée en 1930, à ces éclusiers, ces carriers de schistes, ces pâtres, ces hommes et ces femmes qui virent leur horizon se noyer...

 

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Guerlédan

 

  

 

Elle abritait mon âme et ma flamme et ma reine,

Au creux de la vallée se nichant non sans peine,

Plus fière que jolie, ma chaumière aux moutons.

En consumant mon cœur, elle embrasait son âtre,

Fumant sous le labeur elle invitait les pâtres,

Se moquant bien des cieux et des nuages moutons.

   

 

Belle et triste masure, à jamais disparue

Toi qui ne reconnais ni le froid de la rue,

Ni les pleurs de la suie quand nous te ravalons,

Je te vois emmurée sous un sort de froidure

Et je te sais noyée sous la pente qu’endure

La chute des ardoises au tréfonds du vallon. 

 

 

Si loin qu’il m’en souvienne, à l’aube couleur aube,

Quand l’eau prit le moulin puis fracassa son aube,

S’attaquant aux reliefs elle engloutit les sols.

Bondissant du Blavet, la voici qui régale

Les plis de ma contrée submergée sans égal,

Inondant nos prairies, l’onde en perd la boussole. 

 

 

Puis le silence offert aux sentiers que nous fîmes,

S’étonnant de l’écho disparu dans l’abîme,

Guerlédan s’assoupit dans la voile du lac.

Miroir du souvenir plombé de lombalgie,

Langueur du clapotis, vigie de nostalgie

La flaque a pris les fards de l’azur en sa laque. 

 

 

*   *   *

 

 

Ainsi contait l’aïeul, le roman de sa vie

Naufragée d’amertume ancrée dans Pontivy,

Jamais ne la revit, sa vallée du Blavet.

C’est elle mise à nu qu’aujourd’hui je savoure

Prolongeant mon regard en son sein, par bravoure

Partageant ses pensées d’un ultime duvet.

 

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Mai 2015

 

 

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Extrait du site :  Lac de Guerlédan

Un peu d’histoire…

C’est en 1921 que Joseph Ratier, sous-préfet de Pontivy, imagine de barrer le Blavet au niveau de l’écluse de Guerlédan, sur le canal de Nantes à Brest, pour installer une grande usine électrique. L’idée fait peu à peu son chemin et les travaux commencent en 1924. 
Cette construction gigantesque constitue, à l’époque, un réel défi pour les ingénieurs. En effet, avant la Seconde Guerre Mondiale, il existe quatre barrages de cette importance en France mais ces derniers ne produisent pas d’électricité, une gageure qu’il faut relever !
Il fallut l'audace du sous-préfet de Pontivy et la force d'action de l'ingénieur Auguste Leson pour que malgré nombre de problèmes financiers et techniques imprévus, le barrage et l’usine hydroélectrique soient inaugurés le 12 octobre 1930. Ils seront réquisitionnés par les Allemands sous l’Occupation. Ce projet initié par la Société générale d’entreprises a rapidement été transféré à la société Union hydroélectrique Armoricaine. EDF a repris l’exploitation de ce barrage en 1946, lors de la nationalisation du gaz et de l’électricité.

Une vallée engloutie…

La création du barrage entraîne l’immersion d’abris de carriers, de carrières de schistes, de 17 écluses et de plusieurs maisons éclusières. L'ouvrage coupe irrémédiablement le canal de Nantes à Brest en deux, interrompant définitivement la navigation fluviale.

Guerlédan, 1er barrage construit en béton en France.

Le barrage de Guerlédan est de type poids-béton d’une hauteur de 45 mètres et d’une longueur totale de 206 mètres. Il permet de constituer un lac d’une superficie de 304 ha, 12 km de long, 40m de profondeur au plus bas, 51 millions m3 d’eau… . 

Le complexe hydroélectrique de Guerlédan-Saint Aignan produit une énergie renouvelable de 15 MW par an soit l’équivalent de la consommation annuelle des habitants d’une ville de 15000 habitants. L’aménagement hydroélectrique de Guerlédan est constitué d’un barrage et d’une centrale hydroélectrique. Le lac artificiel formé par le barrage a 3 fonctions : produire de l’électricité, contribuer à l’alimentation en eau potable et permettre la pratique d’activités nautiques.

 

 

 


28/05/2015
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Calendaire

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Calendaire

 

 

Tentations qui longent ma treille Vendémiaire,

 Souvenirs qui me rongent en approchant Brumaire,

Mon vieux calendrier m’assaille d’émotions.

Je me souviens du temps me plongeant en Frimaire,

Devant la cheminée, le buste de Voltaire,

Quand jeune écervelé, j’en perdais la notion.

 

Je buvais mes passions de rêves légendaires,

Me roulant dans ses yeux, tressaillant en Frimaire,

Étourdi sous le froid d’un impossible amour.

J’enviais jolie Marianne n’en soufflant que j’ose

Du châle l’alléger, la livrer à Nivôse,

Et du givre expiré, fondre de désamour.

 

Quand les boues du tourment ont fait glisser Pluviôse,

Affolant mon émoi du souffle de Ventôse,

Je me suis couché, las, abandonné, vaincu.

Et mes mains ont creusé l’antre de Germinal,

Arrachant au destin l’aube de Floréal,

Fleurissant mon aimée de promesses d’écus.

 

Coroles de bleuets, jonquilles de Prairial,

Pavots de nos prairies par touches impériales,

Fièvres de la Saint-Jean, brûlent de renouveau.

Que dansent les épis ! Que fauche Messidor !

Que vienne le désir chauffé par Thermidor

Et tienne le plaisir chanté par monts et vaux.

 

Reste au vieil almanach bloqué sur Fructidor,

D’oublier la moisson des songes que j’adore,

D’étreindre la corbeille aux fruits de la passion.

S’effritent les vertus d’ancienne République,

S’irrite des pêchés son buste vu d’oblique,

Marianne calendaire, aimée sans compassion.

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Mai 2015

 

 


21/05/2015
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Pivoine

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Pivoines blanches et roses par Henri Fantin-Latour

 

 

 

 

 

 

 

Pivoine

 

 

 

Blottie par clair de lune, en bouquets la pivoine

 S’offre pieuse de jour aux prières des moines.

On la dirait taillée pour affronter le temps.

Des jardins de curé, aux toiles hollandaises,

Des parterres murés, aux joutes irlandaises,

On la tiendrait cloitrée d’un amour à mi-temps.

 

Ses jupons nés de pourpre ont fleuri l’incunable,

Embelli de pelisse l’albâtre imprenable,

Inondé le calice aux délices envoûtants.

Mais la nuit ses parfums refusant le partage,

Ni la mort du cueilleur ni celle de Carthage,

N’auraient imaginé de sort plus redoutant.   

 

Médecine sacrée de la fière orientale,

La fleur idolâtrée, parure ornementale

Est un bouton de Yin refermant la douleur.

D’étoffe de velours, la vestale se pare

En déployant sa toge aux vertus dont s’empare

L’antique praticien distillant sa couleur.

 

Arbuste déployant l’argent de son feuillage,

La pivoine séduit le lys dans son sillage,

En se moquant des roses à l’accent blasphémé.

Insidieuse en tournois au goût chevaleresque,

Elle est saveur d’amour à l’esprit romanesque,

Et courtise à l’envi le printemps bien-aimé.

 

 

  

 

Pierre Barjonet

Mai 2015


12/05/2015
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