La palette de Pierre

La palette de Pierre

Saison 1 Racines


Racines

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" Douce France " de Charles Trénet, violon/orchestre

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chronologie

 

 

 

 

 

 

 

 

Racines

 

 

 

 

Soulevant l’édredon du grand lit partagé,

Irena se saisit de la tiède briquette,

Et grattant la fenêtre en vue du potager

Ajuste son fichu recouvrant sa liquette.

 

 

Prenant soin d’assourdir son pas dans l’escalier

Pour laisser du sursis aux rêves de Florence

Elle rejoint son bol qui lui semble un allié

Dans les frimas certains de l’aube en délivrance.

 

 

Le sommeil qu’elle a fui sombrant dans le passé

De ce village en joie, de l’église et des peines,

S’invite au frais Vichy d’un torchon repassé

Laissant frémir le pain dans un bonheur sans gêne.

 

 

La cuisinière en fonte entrouvre ses anneaux

Laissant siffler l’odeur de chicorée fumante.

Mais voilà que Florence écartant le panneau,

Se verse un fond de lait en sa crème écumante.

 

 

Joséphine sourit au déjeuner joyeux

Des frileuses ravies des tièdes confitures,

Et tandis qu’elle crochète un des deux trous furieux 1

Leur parle d’Austerlitz 2, de sa progéniture.

 

 

— C’est dire qu’on est fier « d’Antonin-le-Hardi »

Dont la vie, c’est certain, offrit l’art en prouesse

Et l’amour en lumière aux gens d’ici, pardi !

Son cœur fut un flambeau pour ceux dans la détresse.

 

 

— Tenez, voici les croix blotties dans un coffret,

Qu’il gagna chez les Turcs, en Orient, en Crimée 3.

Il n’avait pas vingt ans quand ils se fit coffrer,

Mais sitôt s’échappa comme un Russe grimé.

 

 

— Mais je cause bien sotte à faire pâmer les oies !

— Non, non ! luirent leurs yeux, raconte-nous encore…

— C’est une longue histoire à dire une autre fois

Quand vous me reviendrez au printemps, c’est d’accord.

 

 

Laissant là son café, Joséphine s’en va

Donner l’herbe aux lapins, des graines aux pintades,

Betteraves au veau, celui qu’elle éleva,

Puis quignons au cochon, en guise d’incartade...

 

 

 

1 Les cuisinières à bois ou à charbon possédaient sur le dessus deux trous fermés par des anneaux de fonte qu’on crochetait.

Louis Weber  

3 Guerre de Crimée (oct 1853/mars 1856)

 

 

 

Pierre Barjonet

Octobre 2020

 

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10/11/2020
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Communion

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Le baptème de Clovis

 

 

 

 

 

Ave Maria de Jean Sébastien Bach, Charles Gounod

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Communion

 

 

 

 

 

Ayant fleuri la tombe de branches de houx

Donnant quelque bonheur aux parents de Florence

Partis un soir d’hiver d’une vilaine toux,

Elles griffent la neige en son manteau d’errance.

 

 

Refermant le portail du cimetière enfoui

Florence reconnaît une douce silhouette :

Elle était sa nounou d’un sourire épanoui,

Celle qui lui chantait les plumes d’alouettes.

 

 

S’étreignant en pleurant leur mémoire sans mots,

Florence et Joséphine au regard de tendresse

Observent Irena qu’adopte ce hameau

Communiant en silence et goûtant leurs caresses.

 

 

Joséphine les prie de la suivre aussitôt

À la petite église où se tient un baptême,

Et retrouvant son banc coincé sous l’écriteau

Florence émue se prend à songer au carême.

 

 

Enfant elle y venait fière de sa mission,

Portant le pain béni, les corbeilles d’offrandes,

Chantant en contemplant la nef en rémission

Mais craignant le curé quand elle enviait les grandes.

 

 

Saint-Martin de Bayel vient d’offrir à l’enfant

Son partage de foi dans les brumes de l’Aube

Et Florence étourdie par le froid se défend

De songer au passé en communiant sous l’aube.

 

 

Tout le pays joyeux les entraîne en riant

Chez la mère Francine au festin qui s’échauffe.

Et là, point de mousseux, mais des verres priant

Que les bulles soient fête en bouchons qui réchauffent.

 

 

Les habits du dimanche encombrent les fêtards

Mais non les tabliers des jeunettes voisines

Qui flottent sous le vent des plats presque en retard

Et des fournées de pain, galettes sarrasines.

 

 

Et les vieilles sourient tout comme le curé

Quand s’en viennent les tartes à la mirabelle,

Les bocaux au sirop, la brioche emmurée

Au moule des douceurs de Bayel et ses belles.

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Mai 2020

 

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30/10/2020
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Caisses de Bar

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"La danse du sabre" de Khatchatourian par les 100 violons tziganes

 

 

 

 

 

 

 

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Caisses de Bar

 

 

 

 

 

Décidées à fouiner aux abords de Clairvaux,

Malgré le froid mordant elles ont pris la route,

Essoufflant leur 4L1 par chemins et par vaux,

Avalant du café puis du pâté en croûte.

 

 

À Troyes se sont posées, chinant dans les tissus,

Dépensant affolées quelques métrées d’étoffes,

Mais riant de bon cœur sans redouter l’issue

De leurs deux jeans US cousus d’un Saint-Christophe.

 

 

Et tandis qu’Irena consultait des cahiers,

Des actes annotés en documents d’archives,

Florence s’enfonçait près des murs écaillés

De chaux et colombages aux lignes furtives.

 

 

Leur moisson terminée d’ouvrages et de plans,

D’emplettes de textile et de cartes postales,

Elles ont alourdi leur auto s’accouplant

  À des bœufs sacrifiés pour des dieux sans vestales.

 

 

Puis ce fut Bar-sur-Aube et ses « Caisses de Bar 2 »,

D’une exquise finesse en meringue d’amande

Aux souvenirs gourmands « se passant de bobards »

Comme le dit Florence en payant sa commande.

 

 

À Bayel sur le tard, nos gloutonnes ont pris

Le gîte et le couvert à l’Auberge-des-foires

Dégustant un potage aux pois de petit prix

Puis une truite au bleu servie sans étouffoir.

 

 

Sur les pas des anciens, leur chemin du matin,

Crissant sur le verglas, les guide dans l’hiver

De la rude campagne et de ses bois châtains

Vers quelques artisans ayant connu le verre.

 

 

Sirotant de la prune en écoutant conter

Les légendes perdues en bribes cristallines

Elles ont chevauché les siècles du Comté

En grattant le passé du verre d’opaline.

 

 

Ainsi Florence apprit qu’un certain Antonin

Enflamma les passions de cœur et de justice

Au creuset de Bayel en brûlant le venin

Des bonapartistes refusant l’armistice.

 

 

 

 

 

1 Renault 4L,

2 Les Caisses de Bar sont un fameux biscuit meringué aux amandes,

 

 

 

Pierre Barjonet

Mai 2020

 

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22/10/2020
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Colporteur

 

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" Le Boléro " (Maurice Ravel)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Colporteur

 

 

 

 

 

Soufflant dans son cornet, d’un coup il apparut

Épuisant son ânesse alourdie de sacoches

Encombrées d’un fatras de journaux disparus1,

Précédé des marmots comme mouches du coche.

 

 

Nicolas, Porte-balle2 habitué des chemins

Venait de s’abreuver près du parvis d’église

Que déjà le curé lui bénissait les mains

 Griffées par sa marmotte3 et le cuir des valises.

 

 

Le charron s’avança reluquant le moyeu

D’une roue mal cerclée dont l’âme faisait peine

Et les femmes lorgnant vers des rubans soyeux

 Se poussèrent du coude en soupesant la laine.

 

 

Mais il faisait tant froid sous le vent de Clairvaux,

Qu’on pria Nicolas de chauffer la chopine

Au Relais de l’Écu doté d’un grand caveau

De flacons de Champagne enfouis loin des rapines.

 

 

Au dîner de midi lui fut servi le lard

Qu’il trancha, figurant la fureur en réplique

Contre les émeutiers, Gants-jaunes4 et roublards,

Que la troupe brisa faisant fi des suppliques.

 

 

Et faute de journaux1 Bayel le supplia

De conter haut et fort le sort des barricades,

Et les arrestations que l’on multiplia

Contre les comploteurs nichés en embuscade.

 

 

Austerlitz était là, rouge comme bon sang,

Accompagnant de vin cette fière campagne

Fauchant des députés et bourgeois bien-pensants

Que l’Empereur sabrât comme fiole en Champagne !

 

 

Ses comparses verriers sirotaient le bon vin

Que la Suzon servait en buvant les paroles

D’un Nicolas ravi de son gruau divin

Accompagnant son pain en ragots de vérole

 

 

À l’écart, Antonin mâchouillait un quignon

En songeant aux forçats bannis sans République

Trompés par ce tyran, l’infâme maquignon,

Qu’il maudissait taiseux d’un châtiment biblique…

 

 

 

 

 

 

 

1 Suite au Coup d’État de Napoléon III, la presse fut largement censurée.

2Porte-Balle ou colporteur.

3 La marmotte du colporteur était une boîte en bois munie de caisses s’emboîtant chargées d’articles qu’il portait en bandoulière

4 On appelait Gants-jaunes les jeunes bourgeois émeutiers parisiens s’insurgeant contre Napoléon III.

 

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2020

 

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13/06/2020
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L'Empereur

 

Napoléon 3 Bayel

 

Buste de Napoléon III en cristal

 

 

 

" Marche funèbre pour les funérailles de l'Empereur " par Adolphe Adam (1803/1856)

le célèbre compositeur du ballet " Giselle " 

 

 

 

 

 

 

 

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L’Empereur

 

 

 

 

 

Pour sûr qu’il gèle à fendre un casque de Dragon

Proféra Maître Louis en rechargeant les bûches !

Le froid vif a mordu le portail sur ses gonds

Et le levain gémit, engourdi dans sa huche

 

 

En chemin son regard embrasse des glaçons

Qui dérivent sans bruit en s’accrochant à l’Aube

Tandis que ses sabots qui se font mollassons

Glissent en culbutant leur empreinte dès l’aube.

 

 

 Des corneilles enrouées saluent l’apparition

Du verrier ténébreux pénétrant dans l’usine,

Mais un profond silence et la disparition

Des ouvriers secouent son col de mélusine.

 

 

Figé face aux travées orphelines de feux,

Il ne perçoit des fours qu’un long souffle de plaintes,

Comme une armée vaincue qu’un piège à contre-feu

Aurait brisée soudain, l’aveuglant de sa feinte.

 

 

Alors Louis se redresse et fond sur Antonin

Qu’il vient d’apercevoir encadré par la porte,

Et le toisant, féroce en masque léonin,

Exige son rapport avant qu’il ne s’emporte !

 

 

Mais son fils lui sourit, et c’est sous les vivats

De tous ses compagnons qu’incrédule il regarde

Ses fidèles souffleurs, sa Garde qu’aviva

La presse nationale en phrases peu ringardes.

 

Pour son anniversaire, un Louis-Napoléon1,

Vida la République engluée par ses membres,

Et l’hiver d’Austerlitz ouvrant son Panthéon

Fit ressurgir la gloire en ce soir de décembre.

 

 

Et tous de s’écrier : « Que vive notre Louis,

Que vive l’Empereur ! » faisant luire une larme

Au vieux maître des lieux, à l’artisan réjoui

De ce nouveau régime en revanche de charme.

 

 

« Vitriers, à vos postes, et que donnent les fours,

Que sonne le cristal et creusets en surcharge

Sur leur diable de fer, et qu’à ce carrefour

Sur ma vie, mon honneur, de votre sort me charge ! »

 

 

 

 

1 Coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, le 2 décembre 1851

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2020

 

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06/06/2020
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Z...A

 

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Musique du film Z par Mikis Theodorakis "To gelasto Paidi - The smiling lad"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chronologie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Z…A

 

 

 

 

 

 

 

Un an déjà que Z1 a déroulé l’horreur

Qui naviguait stoïque au pays d’Aristote,

Et que Florence enfin, put convaincre sa « sœur »

De rejoindre l’écran du film meurtri de bottes.

 

 

Affrontant en sortant les frimas que relaye

L’assaut sur le Boul’mich2 des rafales de neige,

Elles s’engouffrent vite en un bar au soleil

Passant sous le café leurs larmes qui s’allègent.

 

 

S’imaginer la Grèce au sautoir d’assassins

Renforce leur dégoût d’infâmes dictatures

Et force leur passion pour le noble bassin

De la démocratie d’Athènes d’Épicure.

 

 

Reprenant l’ascension du boulevard glissant,

Toutes deux cramponnées à leurs manteaux de chèvre

Regardent sidérées ce titre ahurissant

De journaux annonçant l’Avalanche3 et sa fièvre.

 

 

Puis la semaine encra l’alphabet en comblant

De congères de mots les radios qui déchaînent

Le givre des tympans du triste souffle blanc

De la fatalité des drames qui s’enchaînent.

 

 

Venant briser la glace auprès de l’Odéon,4

Sinistre comédie d’un théâtre sans masques,

Dérapent les accords du vieil accordéon

De Mouna5 qui prédit le tourment des bourrasques.

 

 

Plus tard, en révisant tout près du Panthéon,

Irena chuchota dans la salle de fonte

De Sainte-Geneviève6 éclairée sans néons,

À Florence étourdie, que ses aïeux lui comptent.

 

 

Pour elle, elle a raclé la glace des bureaux,

L’immaculée copie d’actes et de registres,

Slalomant entre films et photos de ruraux,

Entre fonds paroissiaux et leurs archives bistre.

 

 

Désormais devinant pourquoi l’art de Bayel

Sonne au cœur de Florence comme un cristal de roche

Nourrissant ses racines de terre et de ciel,

Lui offre le sillon de l’arbre de ses proches.

 

 

 

 

 

 

 

1 « Z » film de Costa Gavras sorti en février 1969,

2 Boulevard Saint-Michel,

3 L’avalanche meurtrière de Val-d’Isère et de l’U.C.P.A. (10/02/1970

4 Théâtre de l’Odéon,

5 Aguigui Mouna était un clochard philosophe libertaire bien connu en 68 au Quartier latin.

6 Bibliothèque Sainte-Geneviève au Quartier latin

 

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2020

 

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26/05/2020
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L'apprenti

 

souffleur-de-verre

 

 

 

au piano, musique du film 1492 "conquest of paradise"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’apprenti

 

 

 

 

 

Le Prime1 ayant sonné, l’apprenti se hâta

Tant l’orage avait cœur d’affoler la jubine.2

Soudainement la grêle au jardin le gâta

Avant que d’estourbir du jeunot, la bobine.

 

 

Mais en doublant le porche Antonin ralentit

Car ici s’abreuvaient en rasades de flammes

Des fourneaux maçonnés ronflant du ressenti

Des autres fours nourris des creusets qui s’enflamment.

 

 

Régnait une atmosphère à vitrifier les Dieux,

Quand la canne cueillant cette fusion rebelle

Avant de la coucher sur le marbre radieux

Cherche à la toupiller au manège des belles.

 

 

 La taloche échauffa le lambin si peinard,

Et la fritte3 entamant son parcours de coulage

S’empourpra de la honte des joues du traînard

Qui, vexé du soufflet s’occupa du moulage.

 

 

Pour sûr que « bois tordu fait du feu droit4 » dit Louis !

Le tintamarre enfin, couvrit la remontrance,

Tandis que s’orchestra la quête d’art enfouie

Dans le geste irréel des ouvriers en transe.

 

 

 Puis quand midi survint, des femmes gorgées d’eau

Inondèrent les lieux laissant dehors l’orage,

Et fouillant leur panier livrèrent du pain chaud

Aux hommes amusés de leur tendre essorage.

 

 

Le verre n’attend pas, la soupe a ses bidons

Qu’un bout de lard partage et que le vin détrempe

En précédant la pomme aux jeux de Cupidon

 Que des galants chanceux troquent contre des crampes.

 

 

Un terrible fracas fit sursauter un sot

Lâchant tout aussitôt la canne5 et sa cueillette5

Dans une gerbe orange accompagnant l’assaut

De la foudre tombée dans le pré des œillettes.

 

 

Le juron d’“Austerlitz“ traversa l’atelier

Avant que d’exploser comme un boulet mitraille

La piétaille affolée, chevaux et bateliers,

Faisant taire les gueux en vidant leurs entrailles !

 

 

 

 

 

 

1 Le Prime ou la 1ère heure canoniale du matin après le lever du soleil sonné par des religieux.

2 Jubine ou jument en patois Aubois.

3 La Fritte correspond à la préparation de la pâte de verre faite d’un mélange de sable et de soude

4 Proverbe signifiant que certains défauts importent peu si le résultat est atteint.

5 La canne est la longue perche d’1m60, pleine ou creuse pour y souffler, qui retient en son extrémité (le « mors ») sa « cueillette » de pâte de verre en fusion

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2020

 

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11/05/2020
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Privilège

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Médaillon en bronze et cristal de Napoléon 1er

 

 

 

"La marche de Marengo" Musique militaire d'Empire

 

 

 

 

 

 

 

 

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Privilège

 

 

 

 

 

« Fils, un jour tu sauras – Si fait, serai verrier ! »

Il est tant de fierté dans le timbre du père

Encourageant l’enfant devenu son guerrier,

Qu’il se prend à souffler chacun de ses repères.

 

 

C’est que s’il n’est point riche en terres ni troupeaux,

Il est fort réputé le gentilhomme noble1,

Verrier de père en fils et souffleur sans pipeau,

Orfèvre faisant don de carafe aux vignobles.

 

 

Ailleurs on l’eut nommé « Weber2 graine de Louis »,

Mais ci-bas au pays, on lui donne du Maître,

Et son surnom3 flamboie par sa naissance inouïe

Quand l’astre d’Austerlitz3 voulut lui en promettre.

 

 

C’est qu’il lui fait honneur à l’illustre Empereur,

Quand bataillant au feu, refoulant le Bohème,4

“Austerlitz“3 en grognard décuplant sa fureur

Cueille dans le creuset la fusion d’un poème.

 

 

Il chante son labeur en vers soufflant l’ardeur

Inspirant l’aspirant façonnant la fournaise,

Fier de son Antonin sérieux point musardeur,

Rebrûlant carafon pour une Châlonnaise.

 

 

L’antique talisman de la pâte des Dieux

Brûlant de sable et nitre a des reflets de glace

Dont les hommes jalousent les secrets radieux

Gardés par Maître Louis en cette forte place.

 

 

Il est vrai que Bayel a gagné ses galons

De célèbre cité par sa manufacture,

Mais ce temps des cristaux décorant les salons

Semble se fissurer en sinistre fracture.

 

 

C’est la faute aux Lorrains, aux Prussiens, aux Anglais,

Et c’est là grand malheur d’observer la Fabrique

Laissant fuir ses commis vers l’horizon sanglé

Des gardiens de Clairvaux5 à l’emploi qui s’imbrique.

 

 

Profitant d’un instant entre deux rotations,

Antonin se redresse en fixant son ouvrage,

Un flacon déformé de basse cotation,

L’incitant à doubler sa peine et son courage.

 

 

 

 

 

 

 

1 Les « Gentilshommes nobles » étaient des Maîtres verriers jouissant de privilèges nobiliaires accordés aux verriers

2 Nom porté par de nombreuses familles de verriers nés à Bayel

3 Né le 2 décembre 1805, on le surnomme « Austerlitz » !

4 Le cristal de Bohème, concurrent…

5 Prison de force, actuellement Maison centrale de Clairvaux

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2020

 

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05/05/2020
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Florence

 

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"el condor pasa" flûte des Andes à la Kena

 

 

 

 

 

 

 

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Florence

 

 

 

 

 

 

Elle est rentrée plus tôt goûter ses quarante ans,

Rejoignant le patio de la rue Henri Pape1

Où Florence l’attend dans un décor hantant

Ce quartier préservé du bruit par ses soupapes.

 

 

Délicieuse maison couvant son jardinet

Débordant de massifs de dahlias qui s’embrassent,

Percée du miaulement d’un matou blondinet

Rampant sous les croisées de la cour en terrasse.

 

 

Elle a quinze ans de moins et des cheveux nattés,

Un rire qu’illuminent des pupilles vertes,

Et quand Florence a vu que le jour se hâtait,

Pour sa meilleure amie, de joie la recouverte.

 

 

Déracinée de Troyes, Bar-sur-Aube et Bayel2,

Elle est comme un cristal, si pure et transparente,

Qu’Irena la protège en la couvrant de miel,

S’imaginant sa sœur, devenue sa parente.

 

 

Florence a parfumé de volutes d’encens

Les colliers de lotus accrochés aux tentures

Et sur son canapé qui défie le bon sens

Feule une peau de tigre éveillant sa denture.

 

 

Un tapis de chevrette étouffe un guéridon

Qui ploie sous un plateau de loukoums au thé menthe,

Tandis qu’un magnéto perché sur un bidon

 Joue comme un perroquet des airs qui se lamentent.

 

 

C’est dans son havre hindou, marocain, tibétain

Et dans la paix des Andes que Florence accueille

La fête d’Irena, lui offrant des étains,

Un oiseau de cristal2 et son précieux recueil.

 

 

Pour son anniversaire elle a imaginé

La surprendre en swinguant avec ceux de Vincennes,

Ses potes de la crèche et ses fans de ciné,

Ses rancards d’la Huchette3 et du jazz bord de scène.

 

 

Et la nuit recouvrit les larmes d’Irena

Dans ce patio fleuri du quartier Maison-Blanche1,

En quarante bougies que rien ne réfréna,

Ni les chants des voisins ni les cernes qui flanchent.

 

 

 

 

 

1 Quartier de la « Maison-Blanche » (Paris 13e),

2 Verrerie de Bayel (Aube) et cristal taillé et signé de la « Manufacture Royale en cristaux de Bayel »,

3 Le Caveau de la Huchette (célèbre Club de jazz à Paris 5e)

 

 

 

Pierre Barjonet

Mars 2020

 

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28/04/2020
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Vincennes

 

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Disque introuvable... Evariste chantant "la révolution" en un 45t illustré par Wolinski en 68...

 

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N.B. Ne pas écouter la musique en même temps que la lecture du poème

pour ne pas en alterner la compréhension, du fait des paroles différentes...

 

 

 

 

 

 

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Lexique Antonin, Saison 1, Episode 1, Vincennes

 

ainsi que la rubrique SOMMAIRE avec un "résumé"

Sommaire de La passion d'Antonin

 

et la rubrique CHRONOLOGIE

Chronologie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vincennes

 

 

 

 

 

 

À quarante ans tout juste elle sort pour fumer,

Observant le ballet d’étudiants qu’enracine

Son horizon bâti de rêves parfumés

En lendemains chantant l’espoir qui la fascine.

 

 

Travaillant à la crèche elle étudie le soir,

Se disant que bientôt, pourtant non-bachelière,

Elle aura sa licence en symbole accessoire

De sa patience ouvrée comme une dentelière.

 

 

Elle a sculpté sa vie de passions, d’illusions,

Dénichant des boulots en passades méprises,

Délaissant ses amants d’amère réclusion,

Leur préférant l’enjeu de la révolte éprise.

 

 

La crèche de Vincennes illustre son campus

Ouvert aux salariés et leur progéniture ;

Et l’enjeu des marmots bien couverts et sans puces

Est de goûter demain de rouge garniture.

 

 

Rassemblant les petiots en bouffée de forêt,

Elle chantonne et mime une ronde gestuelle

En soufflant dans le bois de sa kena dorée

Acquise à la cafet’ en fièvre contextuelle.

 

 

Et la voici grimpant dans les baraquements

De sa fac emblavée de tracts et d’affichettes

Bousculant les Maos1, poussant physiquement

Des anars2 décorés de slogans en pochette.

 

 

Elle excelle à l’U.V.3 « d’Art urbain en socio4 »

Qu’elle suit tard le soir aux côtés de Florence,

Une Auboise de l’Est habitant un patio,

Travaillant à mi-temps comme agent d’assurances.

 

 

Elles ont en fierté leur université,

Pour sa célébrité nourrie de philosophes

Suscitant l’adhésion par la diversité

Des thèmes sans tabous que chacune apostrophe.

 

 

C’est un matin de mai que Florence a croisé

Le regard d’Irena bordé de franges d’ambre

Ondulant sous le vent des pelouses boisées

Servant d’amphithéâtre aux esprits qui se cambrent.

 

 

 

 

1Groupuscules Maoïstes, 2Anarchistes, 3Unité de Valeur (Sociologie), 4Sociologie

 

 

Pierre Barjonet

Mars 2020

 

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19/04/2020
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