La palette de Pierre

La palette de Pierre

Lexique saison 6


Lexique Saison 6 Episode 3 Madeleines

 

 

 Saison 6, Épisode 3, Madeleines

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème Madeleines :  ICI 

 

 

 

 

 

 

 

- DÉCÈS D'AUGUSTE RENOIR, MARCEL PROUST (Madeleines, Goncourt et scandale, " À l'ombre des jeunes filles en fleurs "), LA PART DES ANGES (Madeleines)

 

 

 

 

 

1/ DÉCÈS D'AUGUSTE RENOIR survenu à Cannes-Sur-Mer le 3 décembre 1919 au domaine des Collettes (dont j'ai déjà parlé).

 

 

 

 

2/ MARCEL PROUST (Madeleines, Goncourt et scandale :  " À l'ombre des jeunes filles en fleurs ") fait l'objet de ce nouvel opus de ma Romance de Laurine.

 

 

Madeleines :

 

Les fameuses madeleines de l'écrivain Marcel Proust (1871/1922) n'évoquent pas seulement son goût pour ce gâteau Lorrain ( de Commercy) symbolisant un coquillage qu'il aimât tremper dans sa tasse de thé, mais par la réminiscence d'un souvenir provoquée par un élément de la vie quotidienne, comme l'odeur d'une madeleine. Ainsi, notre mémoire fait-elle ressurgir un souvenir enfoui, de l'enfance généralement, au contact d'un geste, d'une impression ou d'un objet, comme Proust l'évoqua dans le premier tome Du côté de chez Swan " de son roman " À la recherche du temps perdu  "

 

En voici le passage cité : « Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin, à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »

 

Ainsi, l'expression " Madeleine de Proust " figure au registre des expressions françaises.

 

Enfin, pour dire un mot sur ce succulent gâteau/biscuit, en voici l'histoire ou la légende :

 

Le roi de Lorraine, Stanislas, recevant des hôtes à l'occasion d'un repas festif, en 1755, apprend soudain que son pâtissier vient de quitter l'office suite à une dispute en cuisine. De fait, il n'y aura pas de dessert, ce qui est inconcevable ! Mais en cuisine, on s'affaire afin de relever ce défi de dernière heure et l'on apporte enfin non pas un gâteau, mais plusieurs petits gâteaux ambrés d'une forme surprenante imitant le dos d'un coquillage, et d'un parfum comme d'un goût laissant fondre de plaisir. Enchanté, le roi demande quel est l'auteur de ce prodige. On lui présente alors une serveuse rougissant de confusion qui en bafouille d'émotion, tentant de cacher ses mains pleines de farine. Et lorsque le roi lui demanda quel était le nom de cette pâtisserie, elle ne sut que répondre, lui disant qu'il s'agissait simplement d'un dessert que l'on préparait chez elle à Commercy les jours de fête. Alors, le roi lui demanda quel était son petit nom. Madeleine, lui répondit-elle. en récompense, le roi décida que ce gâteau prendrait désormais son nom " Madeleine de Commercy ".

 

 

 Marcel Proust

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Goncourt et scandale

" À l'ombre des jeunes filles en fleurs " :

 

L'attribution du Prix Goncourt de 1919 revint à Marcel Proust pour son roman " À l'ombre des jeunes filles en fleurs ", occasionnant par là même, un véritable scandale. En effet, le " candidat officiel désigné " était plutôt Roland Dorgelès qui, avec son roman " Les croix de bois " plébiscité par l'opinion patriotique  était normalement assuré de l'emporter. 

 

Imaginez plutôt. La guerre tout juste terminée avec son lot d'écrivains disparus, puis les terribles pages des combats dans les tranchées racontées par des acteurs combattants de cette tragédie tels Maurice Genevoix ou Roland Dorgelès, et c'est un homme écrivant en robe de chambre bien à l'écart des tranchées narrant des amours balnéaires qui remporte l'illustre prix au nez et à la barbe des poilus (sans jeu de mots déplacé) et de Roland Dorgelès par six voix contre quatre, il y a de quoi crier au scandale ! 

 

De fait, les attaques de tous bords et principalement dans la presse ne vont pas manquer de vilipender ce " planqué " qui se voit affubler de qualificatifs désobligeants comme " proustitution " ou " Goncourtisans ". Le tonnerre de protestations venant d'anciens combattants, mais pas seulement, allant même jusqu'à menacer Proust, dura plusieurs semaines. 

 

Ce long roman, publié en 1919, est le deuxième tome d' " À la recherche du temps perdu ". Il est une oeuvre majeure de l'écrivain disséquant sentiments, émotions et souvenirs en de longues phrases magistralement rédigées avec des références artistiques et littéraires. Il se lit comme il s'écrivit probablement : hors du temps...

 

 

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3/ LA PART DES ANGES est une expression bien connue dans le monde du vin et des spiritueux, désignant les gaz et éléments volatils du cognac. Ce phénomène naturel de l'évaporation en rapport avec le vieillissement de l'alcool dans les fûts de bois touche environ 2 % de la production générale du cognac, soit l'équivalent de vingt millions de bouteilles...

 

C'est donc un peu de ce breuvage des dieux que l'on servit au Salon de Laurine à la gloire de Proust (voir mon poème).

 

 

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19/11/2019
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Lexique Saison 6 Episode 2 L'escapade

 

 

 Saison 6, Épisode 2, L'escapade

 

 

 

 

 

Lien vers le poème L'escapade : ICI

 

 

 

 

 

 

 

- LA MODE DES CITÉS BALNÉAIRES SUR LA CÔTE D'ÉMERAUDE, LE DÉFILÉ DE LA VICTOIRE, LES FRÈRES RUELLAN, COLETTE ET RAVEL, LA MALOUINIÈRE DE LA BARONNIE À SAINT-SERVAN (L'escapade)

 

 

 

 

1/ LA MODE DES CITÉS BALNÉAIRES SUR LA CÔTE D'ÉMERAUDE est apparue dans l'Ouest Armoricain dès 1850 sous l'influence de l'impératrice Eugénie, à l'instar des réseaux de loisirs et de villégiature ainsi que des stations thermales de santé, puis elle n'a pas cessé de se développer. Le chemin de fer a d'ailleurs grandement favorisé ces "migrations touristiques" avant l'heure de gens aisés et de la "bonne société", il est vrai.

 

Ainsi, le littoral Breton vit-il à son tour de profonds bouleversements (après Biarritz, Dieppe, Le Touquet, Monte Carlo ou Deauville) amenant l'édification de splendides villas, de casinos, de digues-promenade, de plages disposant de location de cabines, de cafés et dès le XXè siècle de cinémas *. Les trains desservaient ces villes ainsi qu'un tramway à vapeur entre Paramé, Saint-Servan et Saint-Malo inauguré dès 1889.

 

* Les frères Lumière avaient tourné à trois reprises à Dinard et Saint-Malo. Puis au début du XXè des films muets en noir et blanc furent largement projetés dans des salles de cinéma qui s'édifièrent très vite, et même en plein-air ! Plus tard, dans les années 1920/1930, cette éclosion des cinémas se propagea sur toute la Côte d'émeraude. Enfin, l'âge d'or des salles obscures s'empara des années 1950/1960 (jusqu'à 9 cinémas rien qu'à Saint-Malo) sachant que la télévision n'existait pour ainsi dire pas.

 

De riches anglaises acquirent certaines villas, quand d'autres célébrités prirent l'habitude d'y séjourner pour s'isoler de la vie trépidante des villes et y composer musique, peinture, poèmes ou littérature (comme Ravel et Colette dans mon poème).

 

Outre les bains de mer, l'accès parfois à des thermes, les loisirs offraient l'avantage pour les enfants de faire voler des cerfs-volants et pour les adultes de galoper sur les plages ou les dunes quand ils ne s'essayaient pas à la voile.

 

Quant à la désignation poétique de "la Côte d'émeraude", on la doit à un notable malouin qui en popularisa l'expression à la fin du XIXè. Eugène Herpin, avocat, historien et peintre, membre de la bonne société de Saint-Malo, ayant achevé un ouvrage sur la Cité Corsaire en forme de guide touristique, et qui cherchait désespérément le titre de son livre, le trouva soudain lors d'une promenade sur les remparts de la ville quand l'une de ses soeurs s'exclamant devant le vert intense de la mer, il eut l'idée de la comparer à l'émeraude. Mais pour en accentuer le côté romanesque, il eut également l'idée de créer une légende en s'inspirant de mythes célèbres.

 

Légende d'une jeune femme de grande beauté portant au doigt une incroyable bague d'émeraude et qui, à la pointe du Moulinet de Dinard, faisait de grands signes aux marins pour qu'ils s'approchent de son promontoire afin de l'admirer. Mais les malheureux se brisaient contre les récifs pour le plus grand plaisir de la belle... Lorsqu'un moine se promenant sur le chemin côtier, découvrit un jour son odieux manège, il la sermonna "vertement" ! Rongée par le remord, la belle cessa ses agissements et jeta sa bague à la mer, laquelle qui était d'un bleu d'azur se changea aussitôt en vert émeraude... donnant son nom à toute cette côte bretonne qui ne cesse d'ailleurs de briller de ces feux magnifiques lorsque la mer (et la bague) rencontre les rayons du soleil...

 

 

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2/ LE DÉFILÉ DE LA VICTOIRE. C'est à cette date du 14 juillet 1919 que fait référence mon poème. Inutile de dire que ce premier défilé militaire survenant après l'armistice du 11 novembre 1918 et les pourparlers du traité de Versailles signé le 28 juin 1919 (en référence à l'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914), fut d'une ampleur sans précédent !

 

Pour la première fois de son histoire, il se déroula aux Champs Elysées (il se faisait auparavant à l'hippodrome de Longchamp), 

 

Un gigantesque cénotaphe honorant les morts fut érigé à côté de l'Arc de triomphe. Après l'ouverture conduite par mille mutilés, et l'accueil du Président de la République Raymons Poincaré, les deux maréchaux Foch et Joffre ouvrirent le défilé ,suivis ensuite par le maréchal Pétain et les troupes des différentes armes, sous une forêt de drapeaux, depuis la Porte Maillot,  chevauchant sous l'Arc de triomphe place de l'étoile, descendant les champs Élysées jusqu'à la place de la Concorde puis se prolongeant dans Paris sur les grands boulevards jusqu'à la place de la République !

 

La foule gigantesque qui avait attendu patiemment les festivités de la journée historique (plus de 100.000 personnes à 3 heures du matin !) n'économisa ni ses acclamations, ses vivats, ses saluts chapeau en main, ses jets de fleurs, ni ses applaudissements.

 

Je vous invite à visionner ce petit film d'époque littéralement historique qui présente non seulement le défilé des troupes françaises dont les coloniales, mais également celui de toutes les unités alliées conduites par leurs maréchaux et généraux ! 

 

Un superbe feu d'artifice clôtura cette journée fameuse, tout comme la Tour Eiffel illuminée pour la première fois depuis cinq ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peinture de Charles Duvent

 

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3/ LES FRÈRES RUELLAN de Paramé sont  issus d'une famille de dix-huit enfants. La mortalité était forte à cette époque dans les grandes familles et lors de la mobilisation générale, sur dix-huit enfants, il en restait treize dont dix garçons et trois filles.

 

Ainsi, dix d'entre-eux furent envoyés au front durant la Grande-Guerre. Et le sort frappa six frères tués au combat et morts pour la France, plus deux autres gravement blessés, des suites de la guerre !

 

Cette famille martyrisée est donc celle qui, de toutes les familles françaises, a payé le plus lourd tribu à la France. Du reste, deux des trois soeurs servirent durant ce conflit comme infirmières et sur les deux frères survivants, l'un comme sous-lieutenant, l'autre comme capitaine, ce dernier sera élu comme Député D'Ille-et-Vilaine de 1919 à 1924.

 

Le journal "l'Illustration" leur a rendu hommage en 1919 par un article intitulé " Les neuf frères Ruellan : une héroïque famille française ".

 

 

 

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4/ COLETTE ET RAVEL ont travaillé ensemble, notamment dans la villa bretonne de Colette de Roz-Ven à Saint-Coulomb (proche de Saint-Malo), respectivement à la partition et au livret de l'opéra lyrique " L'enfant et les sortilèges ", entre 1919 et 1925.

 

Mélomane avertie, Colette qui fréquentait les mercredis littéraires et musicaux de dîners donnés avant guerre par Madame de Saint-Marceaux avait accepté d'écrire un livret pour une fantaisie de féérie-ballet d'opéra pour  Jacques Rouché, le célèbre mécène qui dirigea entre autre le théâtre des arts et l'Opéra de Paris ; lequel lui suggéra un peu plus tard le nom de Maurice Ravel pour sa partition musicale. Mais la guerre suspendit cette entreprise, jusqu'en 1919.

 

La villa de Roz-Ven surplombe la plage de la Touesse dans un décor magnifique qualifié par Colette du "plus beau paysage de la terre", dans lequel elle passa des étés de 1910 à 1924, lui inspirant entre autres romans, " Le blé en herbe ".

 

En fait, cette villa fut achetée par la marquise de Belboeuf, Mathilde de Morny, fille du Duc de Morny frère de Napoléon III, dite Missy, connue comme une personnalité extravagante de la Belle-époque affichant ouvertement ses préférences sexuelles pour les femmes dont Colette avec qui elle entretenait une liaison. Mais son propriétaire, refusant de la lui vendre car elle était habillée en homme, elle chargea Colette de l'acheter pour elle. 

 

 

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Maurice Ravel

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La villa de Roz-Ven

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Colette en égyptienne au théâtre

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Colette et "Missy"

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5/ LA MALOUINIÈRE DE LA BARONNIE À SAINT-SERVAN me rappelle bien des souvenirs pour y avoir été moniteur de colonie de vacances à 19 ans... En effet, cette demeure a connu au fil du temps, bien des transformations...

 

Il s'agit d'une authentique malouinière située à Saint-Servan dans la "banlieue" de Saint-Malo, c'est à dire une ancienne demeure spacieuse de riches négociants et d'armateurs malouins des XVIIè et XVIIIè.   Il s'en trouve 112 dans cette région.

 

Des corsaires, tel le grand Robert Surcouf, leur fortune faite, s'y installèrent.

 

La télévision vient récemment de diffuser deux émissions concernant cette malouinière, aujourd'hui appelée " Le manoir de la Baronnie " :

 

- Il s'agit de France 5 qui lui consacra le premier épisode de sa nouvelle série " Nos maisons ont une histoire " réalisée par Laure Leibovitz avec Stéphane Thébaut le 5 juillet 2019,

 

- et " Bienvenue en famille " diffusé sur TF1 le 23 octobre 2019, en présence à chaque fois de son actuel propriétaire Benoît, gérant d'une Maison d'hôtes dont je donne le lien du site ci-après.

 

Celle-ci, très caractéristique avec son parc (moins vaste qu'autrefois) avec pièce d'eau, sa forme légèrement arrondie avec ses cheminées sur pignons, et son incroyable balustre d'escalier formant une tête de lion sculptée, ne pouvait pas mieux servir dans mon poème (l'escapade) la rencontre entre Valentine et... allez, je vous donne son nom : Nicolas !

 

 

 

" La Baronnie " du temps de mes premières colos d'animateur en 1971

 

 

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et... votre serviteur, à l'époque !

 

 

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Le Manoir de la Baronnie aujourd'hui

 

 

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Et le lien vers le site de cette Maison d’hôtes et gîtes de charme : ICI

 

 

 


09/11/2019
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Lexique Saison 6 Episode 1 Valentine

 

 

 

 Saison 6, Épisode 1, Valentine

 

 

 

 

 

Lien vers le poème " Valentine " : ICI

 

 

 

 

 

 

 

- STATUAIRE FÉMININE ET MONUMENTS AUX MORTS, (Valentine)

 

 

Les monuments aux morts porteurs massivement de ce qu'il est convenu d'appeler la statuaire féminine, ont représenté au sortir de la Grande-Guerre, une activité de premier plan.

 

Imaginez plutôt, chacune des 36.000 communes de France a voulu son ou selon le cas, ses monuments aux morts, inaugurés à chaque fois en grande pompe  Et pas seulement les villes, villages et bourgs, les administrations et services publics aussi, avec les Ministères, les casernes, les entreprises, les écoles, lycées et facultés, les églises aussi, les gares de chemin de fer ou la poste...

 

  

Sur un total de 150.000 inaugurations patriotiques de monuments aux morts entre 1919 et 1935, seule une douzaine de communes s'en dispensa ! Il faut dire que cette terrible guerre fit pas moins de 1.450.000 soldats français morts ou disparus (sur la dizaine de millions au total des pays belligérants) et sans compter les victimes civiles ni les blessés...

 

Ce fut donc, malgré la crise économique, l'absence de tout et de nourriture, LE marché du siècle ! Une manne incroyable pour toute une série de professions couvrant principalement les sculpteurs (peu de sculptrices) dont les statuaires (spécialisés dans les statues), mais aussi les marbriers, fondeurs, graveurs, architectes, etc. qui ont réalisé selon le cas des monuments uniques, mais plus généralement, les mêmes sculptures d'ailleurs proposées dans des catalogues aussitôt imprimés.

 

Si les femmes n'étaient que très peu, parmi les sculpteurs,  bien que certaines étaient des sculptrices réputées telles Anna Bass (1876/1961), Strasbourgeoise, de la Société Nationale des Beaux-Arts qui réalisa le mémorial de Bastélica (Corse-du-Sud) ou Raymonde Martin (1887/1977) des Beaux-Arts de Marseille qui fut infirmière sur le Front, et sculpta le monument aux morts de Néris-les-Bains (Allier), la modélisation féminine des sculptures et des monuments aux morts fut en revanche, légion.

 

Ainsi, la "statuaire féminine" eut ses lettres de noblesse avec la représentation de la femme de diverses façons, dans des attitudes bien souvent pieuses, agenouillées, ou au contraire levant les bras vers les cieux dans une posture en partie dénudée.

 

La femme fut donc élevée en :

  

- figure allégorique (guerrière, glorieuse, France victorieuse, porteuse de drapeau, victoire ailée portant le glaive et casquée, Marianne, Déesse antique symbolisant la Liberté, pleureuse en douleur, vierge éclairant le Monde...),

- mère, femme ou fille de soldat le berçant, protégeant, pleurant, voire le vengeant..., 

- figure réaliste (paysanne, bergère, religieuse...),

- groupe.

 

La représentation académique fort réaliste l'emporte naturellement sur toute autre forme d'expression. Les matériaux utilisés mettent en avant la fonte de fer ou le bronze, le marbre, le calcaire ou les pierres locales dont le granite, la lave ou le grès.

 

Parmi les hommes, le sculpteur Maxime Real del Sartre (1888/1954), de l'école des Beaux-Arts de Paris, blessé aux Éparges (comme beaucoup de sculpteurs), amputé du bras gauche, modela et sculpta plus d'une centaine d'ouvrages.

 

Il y eut également un autre sculpteur, Émile Derré (1867/1938), se définissant lui-même comme artiste engagé "militant pour un art fraternel et largement humain" qui provoqua un immense scandale, un peu plus tard en 1923 au Salon d'automne, en y exposant une sculpture mettant en scène un "couple" d'un soldat français et d'un soldat allemand enlacés et dénudés comme des amants !

 

Cette oeuvre nommée "Réconciliation, tu ne tueras plus" en tant que "plus grand monument à la paix qui soit", déclencha les foudres des patriotes revanchards qui souillèrent la statue du soldat allemand reconnaissable à son casque, avant que cette sculpture ne fut retirée du Salon. Laquelle a disparu.

 

Émile Derré représente d'une certaine façon notre saga de Laurine puisque deux de ses oeuvres sont encore présentes dans le square Louise Michel de Montmartre : " La grotte de l'amour " et " La fontaine des innocents ".

 

 

 

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Maxime Real del Sartre

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Emile Derré photographié par Nadar

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et sa fameuse sculpture " Réconciliation "

 

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25/10/2019
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