La palette de Pierre

La palette de Pierre

SAISONS D'ANTONIN


Anne

Pontivy_-_Basilique_Notre-Dame-de-la-Joie_20200906-25_statue_Notre-Dame_de_Joie

 

Pontivy (Napoléonville dans mon poème)

" Notre-Dame-de-la-joie " en sa basilique du même nom

 

 

 

 

Charles Gounod " Ave Maria " d'après J.S. Bach

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chronologie

 

 

 

 

 

 

 

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Anne

 

 

 

 

 

Quittant la malle-poste1 aux relents d’inconfort

Antonin surprend Jean dans la brume légère

Qui dissipe l’écho des malheurs du Bosphore,

Puis l’étreint brusquement, offusquant les mégères.

 

 

Ah, qu’ils se sont manqués ces complices de sang,

Frères d’armes meurtris, parangons intrépides,

Subissant chaque nuit les fantômes dansants

 De visions éventrées de soldats qu’on lapide !

 

 

Les embruns de Bretagne offrent au revenant

Des flocons attachants caressant sa pelisse2

Comme un signe des cieux tranquille et prévenant

Gommant la solitude au loin du temps qui glisse.

 

 

La ville3 attend Noël dans la paix, dans la joie,

Et les parents de Jean, guettant ce « fils » prodige

Dont ils savent combien de la mort il se joua,

Ouvrent leur gîte en cœur à l’ami qui s’oblige.

 

 

Minuit sonne déjà Notre-Dame-de-Joie4

Et c’est en procession que la lueur des fidèles

Embrase leur église en échauffant leur foi

Puis en saluant Marie, ravive leurs chandelles.

 

 

Recueillis côte à côte, Antonin comme Jean

Prient la Vierge dorée par sa lampe éternelle5,

Et vibrent tout à coup quand l’étoile-d’argent

Semble figer la paix comme un bien fraternel.

 

 

L’orgue éblouit l’envol des prières du chœur,

Puis après un silence annonçant la chorale,

Les « Filles de Jésus6 » bénissent les vainqueurs

En chantant le pardon7 pour tout le littoral.

 

 

Sœur Elen8 a poussé sa sœur Anne devant,

Exalter de sa voix d’une portée céleste

Un Ave9 si troublant que le vitrail levant

Vint colorer l’autel des péchés qu’on déleste.

 

 

Antonin s’est figé, pétrifié, foudroyé,

N’ayant d’yeux que pour Anne et son teint angélique.

S’affolant sous le feu de sa candeur broyée

Par l’assaut de son cœur, il devient sa relique.

 

 

 

 

 

 

1 La malle-poste était une grosse diligence, cependant plus rapide grâce au « privilège du galop », transportant en sus du courrier, des passagers.

 

2 La pelisse d’Antonin est le manteau d’hermine que lui offrit en Crimée le Grand-Duc Nicolaï (voir mon poème « Le manteau »).

 

3 « Napoléonville » (Pontivy)

 

4 « Notre-Dame-de (ou de la) Joie » est l’une des plus anciennes églises de Pontivy (Morbihan). Actuellement Basilique, elle fut édifiée dès 1533.

 

5 « La lampe éternelle » correspond à une lampe d’argent offerte par les paroissiens en 1696 dans la chapelle consacrée à Saint-Ivy, pour remercier la Sainte-Vierge, patronne de la ville (Notre-Dame-de-la-Joie) qui stoppa la grande épidémie de peste et de dysenterie qui sévissait alors.

 

6 « Les Filles de Jésus » ou « Sœurs de Kermaria » composaient une congrégation religieuse hébergée dans le « château des Rohan » dont je parle dans mon poème précédent « Napoléonville ».

 

7 Le Pardon ou Grand-Pardon de Notre-Dame-de-la-Joie a tenu sa 325ème édition le 11 septembre 2021. Fondé sur un vœu fait à la Vierge Marie en 1696, il trouve ses origines dans la grande épidémie de peste noire de 1695.

 

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8 « Sœur Elen » de la congrégation des « Filles de Jésus » visite les parents de Jean (voir mon poème Napoléonville). Âgée de 27 ans en 1857, elle a pour jeune sœur, Anne (21 ans, comme Antonin).

 

9 Le musicien Charles GOUNOD a écrit son célèbre « Ave Maria » en 1859 (deux ans après mon poème...) en se fondant sur une partition du 1er prélude du « Clavecin bien tempéré » de Jean-Sébastien BACH.

 

 

Pierre Barjonet

Juillet 2021

 

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18/10/2021
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Napoléonville

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Jean, dans mon poème, rentrant chez lui à Napoléonville, en uniforme du 1er Régiment de Hussards

 

 

 

Marche de la garde consulaire à Marengo

(musique du 1er Empire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Napoléonville1

 

 

 

 

Le château des Rohan2 qui surplombe les toits

Bruisse d’un air nouveau priant la Sainte Vierge.

Il abrite les vœux de nonnes que côtoient

Les nobles descendants d’un passé fait de cierges.

 

 

Les « Sœurs de Kermaria3 » font l’école au château

Que leur confia le Duc2, instruisant les fillettes

En éclairant leur foi modeste en ce plateau

 Pour s’ouvrir au dehors, bien loin des oubliettes.

 

 

Une nonnette aimée de sa congrégation

S’offrit au réconfort d’une famille en peine,

De malheureux parents dans la dénégation

D’un enfant naufragé victime de déveine.

 

 

Chaque jeudi s’en vient les trouver rue du Fil4

Leur offrir l’évasion de sa foi pétillante,

Consolant les sanglots d’un chagrin qui défile

Quand Aubin5 disparut avec La Sémillante5.

 

 

C’est un jeudi que Jean, précédé de gamins,

Cogna l’huis du logis dans son fier équipage.

Embrassant sa demeure en rapide examen,

Son retour s’annonçait comme un heureux tapage.

 

 

Sortant à cet instant, Elen6 croisa ses yeux.

  Il redressa son buste aux brandebourgs féroces

Mais son regard lointain semblait perdu de Dieu,

Le souvenir d’Aubin l’agrippant de sa crosse.

 

 

Puis ses parents brassèrent des flots de baisers,

De pleurs qui l’étouffèrent en nommant son frère,

Tandis qu’Elen priait cherchant à l’apaiser,

Mais ses pensées pesaient des siècles de misère...

 

 

Enfin, la mère prit le sabre de son fils,

Son shako de hussard, sa lourde sabretache,

Sa veste rutilante aux festons d’artifice,

Et sa douce pelisse en dégrafant l’attache.

 

 

Lors, Elen murmurant le bénédicité

Chacun rompit son pain puis buvant ses paroles,

Dévora tout de Jean, sa véridicité,

Laissant tiédir la soupe et flétrir la scarole.

 

 

 

 

 

 

 

1 L’actuelle ville de Pontivy en Bretagne (Morbihan) avait été rebaptisée Napoléonville par Napoléon 1er en 1805, puis à nouveau débaptisée en 1815, Pontivy redevint Napoléonville en 1852 sous le règne de Napoléon III, avant que de recouvrer son nom d’origine en 1870.

 

2 Le château féodal de Pontivy fut à l’origine au IXe siècle la propriété des Comtes de Porhöet avant que d’appartenir plus tard au XVe aux Vicomtes de Rohan, puis au Duché de Rohan.

 

3 La congrégation des « Filles de Jésus » ou « Sœurs de Kermaria » louèrent le château des Rohan en 1841 avant de l’acheter en 1857, et de le revendre en 1876, en vue d’y aménager une école de filles.

 

4 La rue du Fil qui monte à partir de la rue Nationale, anciennement rue Impériale puis Royale, est une ancienne rue pittoresque bordée de maisons moyenâgeuses à encorbellement.

 

5 Aubin est le frère cadet de Jean, mort à 20 ans dans le naufrage de la Sémillante en février 1855 (voir mon poème « Naufrages »).

 

6 Elen est, dans mon poème de fiction, une jeune religieuse de la congrégation des « Sœurs de Kermaria ou Sœurs de Jésus » enseignant dans les locaux du château des Rohan.

 

 

 

Pierre Barjonet

Mai 2021

 

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30/09/2021
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Marbre

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andante de la sonate n°29 (extrait) " Hammerklavier " de L.V. Beethoven

 

Maman au piano dans les années 1990... (enregistrement sur son piano)

 

 

 

 

 

 

 

N.B. Après une 2ème interruption estivale, nous retrouvons " La passion d'Antonin " qui reprend sa saga suite au retour d'Antonin de Crimée à Bayel durant l'hiver 1856...

 

Bonne rentrée avec Antonin et bonne reprise de son épopée à suivre toutes les deux semaines environ !

 

Pour mémoire, les poèmes précédents étaient :

 

Pierre

 

 

 

 

 

 

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Marbre

 

 

 

 

 

Pesant fort sur le marbre aux veines en fusion,

Antonin se retrouve en veine d’étincelles,

Enroulant son ballon1 piqué de perfusions

Que sa canne2 a cueilli, fort la sueur qui ruisselle.

 

 

 Depuis qu’il est rentré, ses pas fuient le matin,

Le portant avant l’aube à la manufacture3,

Prévenant les rayons d’une aurore catin

Se grimant de Crimée, ravivant la fracture.

 

 

Il loge chez Bertrand, le maréchal-ferrant

Évitant « Austerlitz4 » et son regard de marbre,

Puis chaque jour s’en vient besogner, s’affairant

À la cristallerie, centrer l’art sur son arbre5.

 

 

Au village on le sait, s’il se tait si souvent,

C’est qu’il souffre l’enfer de sa guerre et du père,

Alors on se résigne à le laisser couvant

Son bestiaire en cristal qu’il souffle et taille en paire.

 

 

 C’est à nouveau l’hiver et bien qu’un chat feula,

Le silence escortant Antonin ne se grêle

Qu’au marbre de Bayel que Bertrand émeula,

Quand il se sent gagné d’une frénésie frêle.

 

 

 Il a conçu deux vases de près de trois pieds6,

D’un cristal aussi pur que son cœur ne moissonne

Des paraisons7 de feu que l’encre du papier

Coucha dans le secret du verre qu’il façonne.

 

 

Leur sommet suggérant une rose des vents

Donne à l’anglais le lion, comme à la France un aigle,

À la Russie son ours menaçant le levant,

Mais à la paix l’amour d’une colombe espiègle.

 

 

L’un sera pour la Reine, aucun pour l’Empereur,

L’autre aura pour destin de remercier Florence8

En la couvrant de fleurs s’ouvrant loin des terreurs

Distillant le parfum de leur même endurance.

 

 

Comme le forgeron martèle ses remords,

Les songes d’Antonin le mènent au supplice

Sous des flocons furieux lui rappelant les Maures

Blanchissant dans la steppe en guise de pelisse9.

 

 

 

 

 

 

1 On roule le « ballon » de verre en fusion qui vient d’être soufflé sur une table de marbre juste à côté du four, afin de pouvoir le travailler sans qu’il ne s’affaisse, tandis qu’il refroidit déjà

 

2 La canne est constituée d’un long tube de métal creux à travers lequel le souffleur « cueille » par un embout évasé la pâte de verre (paraison) en soufflant à l’autre bout pour lui donner sa forme.

 

3 La manufacture de Bayel dans l’Aube ou Cristallerie Royale de Champagne  

 

4 « Austerlitz » est le surnom de Jean, le père d’Antonin dans ma romance

 

5 Trois pieds correspondent en cette très ancienne mesure (ou mesure anglaise) à 0,9144 mètre.

 

6 On centre sur un banc de verrier ainsi que sur le marbre la paraison de verre en fusion, tout comme on centre sur l’arbre du tour, la pièce de cristal pour la graver.

 

7 La paraison (voir §2) est la boule de verre fondu cueillie au sortir du four.

 

8 Florence Nightingale, l’infirmière britannique partie en Crimée avec qui, dans ma saga romancée Antonin géra l’hôpital de Scutari, mais à ne pas confondre avec Florence, la meilleure amie d’Irena, toujours dans ma saga (voir mes poèmes « Naufrages », « Victoria », « Rencontres »).

 

9 Antonin ne quitte plus son manteau d’Hermine offert par Le Grand-Duc Nicolaï (voir mon poème « Le manteau »).

 

 

 

Pierre Barjonet

Mai 2021

 

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18/09/2021
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Le manteau

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Folklore traditionnel Russe : " Un troupeau passait "

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le manteau

 

 

 

 

 

Le Grand-Duc Nicolaï1 que l’on disait perdu

À Scutari2 l’hiver, reclus dans sa détresse,

Réchappant d’un combat, sans replis, éperdu,

Fut pris vif, égorgé, mais sauvé par ses tresses.

 

 

Ne pouvant plus parler, ne vivant que des yeux,

Sa vaillance troqua sa rage inopportune

Pour l’épreuve du cœur que lui demandait Dieu ;

Acceptant désormais son brancard d’infortune.

 

 

Et le printemps passa, puis l’été d’Antonin

Qui le soigna si bien, malgré l’ombre du bagne

Où ces Russes maudits s’enivraient de venin,

Et perclus de vengeance offraient du knout3 en poigne...

 

 

Ce Boyard4 repenti sut se faire estimer

Des soldats étrangers, des Turcs et puis des nonnes,

Tant grande était l’épreuve au calvaire imprimé,

S’en remettant aux mains qui soulagent l’automne.

 

 

Aux adieux d’Antonin regagnant l’occident,

Il lui remit son bien, d’un blanc manteau d’hermine

Qui, depuis son martyre était son confident,

 Lui réchauffant la foi d’un monde sans vermine.

 

 

Observant l’horizon que façonne la mer,

Antonin se confie contre Jean, l’âme en peine,

Léguant à sa Crimée cette Odyssée d’Homère

En songeant au retour qui s’annonce sans haine.

 

 

Il serre son manteau dont frissonnent les poils

Électrisant le vent de brûlantes épices

S’en venant murmurer au gonflement des voiles

L’abandon du fracas des combats de l’hospice.

 

 

La France enfin leur tend son étole de soie

Aux vibrantes couleurs faisant valser les mouettes

Sur des airs de vivats « avé l’accent niçois »

Gazouillant des discours et des chants d’alouettes.

 

 

Le retour au pays déchire leur bonheur,

Séparant les amis, camarades sans armes.

Craignant leur destinée dégoulinant d’honneurs,

Ils tremblent d’embrasser leurs familles en larmes...

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Personnage russe inventé pour mon récit.

 

2 Hôpital de Scutari à Constantinople.

 

3 Le Knout ou le fouet russe étaient un terrible supplice arrachant des lambeaux de chair de la taille à la nuque du dos de malheureux condamnés à une mort certaine après « seulement » dix à quinze coups.

 

4 Un Boyard était un aristocrate russe.

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2021

 

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16/07/2021
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Le souper

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Émile Waldteufel  " Amour et printemps " (valse)

 

N.B. Émile WALDTEUFEL était LE compositeur qui faisait valser les foules sous le second empire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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N.B. Après une 1ère interruption estivale, nous retrouvons " La passion d'Antonin " qui reprend sa saga en août 1855...

Bonne reprise et pardon pour l'interruption, cependant nécessaire pour me ressourcer !

Pierre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le souper

 

 

 

 

Le faste a recouvré ses parures d’antan

Nimbant les souverains de manières galantes,

Anesthésiant le cours des fantômes hantant

Cet Opéra Royal aux traînes nonchalantes.

 

 

C’est qu’elle a déserté ces loges la terreur

D’une Révolution ternie depuis des lustres

Alors que chacun trinque en vantant l’Empereur

D’avoir offert aux cieux des lauriers sous ces lustres.

 

 

Les Cours1 sont réunies dans un preux tourbillon

De garance2 éclatante ayant franchi la Manche

Et d’indigo3 flottant sur le sang des sillons,

Dans une frénésie de dorures de manches.

 

 

Le souper de gala passe en revue les vins

Se présentant offerts aux crinolines vierges,

Irradiant de rosée les visages divins

Qu’émoustille l’appât des bijoux par les cierges.

 

 

Les robes en détresse endossent les tourments

Des œillades frivoles sucrant les pupilles

Perdues dans leurs corsets aux mamelons gourmands,

Que pressent des Dragons salivant des papilles.

 

 

Victoria, fort ravie de l’aimable souper,

Goûte avec Eugénie la pompe de Versailles.

Et la voici soudain, lors d’un propos coupé,

S’enquérant d’un soldat, dont le destin l’assaille.

 

 

Elle conte l’exploit d’Antonin, ce français,

Ne manquant ni de cœur, ni non plus de hardiesse,

Ayant pris à rebours les veules qui dansaient

Quand la mort s’invitait en écho de leur liesse.

 

 

Eugénie, fascinée par le portrait vertueux

Que dresse Victoria, du cavalier agile

Secourant les damnés d’un essor impétueux,

Lui promet d’éclairer cette quête fragile.

 

 

La ronde des desserts et du champagne fin

Interrompt l’éventail des combats d’escadrille

Que servent les marins avec un dédain feint

Pour le flirt mesuré qui se danse en quadrille.

 

 

 

 

 

 

 

1 Les deux cours de l’Empereur Napoléon III et de la Reine Victoria, ainsi rassemblées pour cet évènement exceptionnel du banquet de gala offert par l’Empire français à l’Empire britannique à l’Opéra royal du château de Versailles le 25 août 1855.

 

2 Couleur des uniformes anglais.

 

3 Couleur des uniformes français.

 

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2021

 

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07/07/2021
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Moisson

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" Vierge de pitié " par le Maître de Chaource à l'église Saint-Martin de Bayel (Aube)

 

 

Andante du Trio n°2 de Franz Schubert

 

 

 

 

 

 

 

 

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Moisson

 

 

 

 

 

Joséphine est en joie d’accueillir au logis

La mère d’Irena Valentine la douce,

Moissonnant quelques jours en pieuse trilogie1

Les secrets de Bayel en cet été sans mousses2.

 

 

Le parcours d’Antonin se livre en cheminant

Au rythme des murets dont le mortier fissure

Sous un soleil de plomb forçant les ruminants

À s’ancrer à l’abri des sèches meurtrissures.

 

 

La clarté du décor n’aveugle que leur joie

Quand elles percent l’ombre d’un des pans du voile

En découvrant soudain qu’un parchemin bourgeois

Rangé par les curés, pour elles se dévoile.

 

 

C’est en Bretagne, et non dans ces terres de l’Est

Que furent adoptés les orphelins fragiles

Rose et petit Cédric3, qu’un des feuillets atteste,

Placés à Pontivy4 près des Sœurs d’Évangile5.

 

 

Et que penser du mur aux ex-voto d’antan

De la petite église abritant la clémence

D’un certain Austerlitz6 aux péchés repentants ?

Lui, qui avait vendu son fils par sa démence !

 

 

Montrant à Valentine son coffret précieux,

Joséphine déroule les rubans dociles

Qui lient jalousement dans des étuis gracieux

Les gerbes de l’histoire en puzzle difficile.

 

 

Elle vide l’écrin sans une hésitation,

Baisse la suspension vers la toile cirée,

Puis étale ce plan d’un vase aux cotations

Alignant quatre vues d’animaux inspirés.

 

 

Tout est répertorié de la main d’Antonin :

La pâte et sa fusion, le soufflage et la taille,

La gravure aux motifs de drapés féminins

Et la rose des vents orientant les batailles.

 

 

Pour qui fut donc créé ce bestiaire en cristal :

Le lion, l’aigle et puis l’ours qu’ignore la colombe ?

Demeure-t-il encore en quelque piédestal ?

Face à tant de questions, le mystère surplombe...

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Il s’agit bien évidemment d’Irena accompagnant sa mère Valentine, et de son amie Florence.

 

2 L’été 1976 fut marqué par une terrible sécheresse doublée d’une canicule historique dans toute la France causant de graves préjudices aux éleveurs de bétail.

 

3 Rappelez-vous les deux orphelins sauvés de la noyade dans l’Aube par Antonin qui les confia au Père Clément, Curé de Bayel, puis à sa servante Marie. Voir mes poèmes « L’Aube » et « Pitié ».

 

4 Pour plus de simplicité dans la lecture du poème, j’évoque la ville de Pontivy située dans le Morbihan, mais à l’époque de Napoléon 1er puis de Napoléon III, elle avait été rebaptisée « Napoléonville ». N.B. L’un de mes prochains poèmes en parlera.

 

5 La congrégation des Sœurs de Kermaria, dites des « filles de Jésus », occupa le château des Rohan de Pontivy de 1841 à 1876 et y installa une école.

 

6 Souvenez-vous de Jean, surnommé « Austerlitz » pour être né le 2 décembre 1805, le père d’Antonin.

 

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2021

 

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20/05/2021
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Sécheresse

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A. Vivaldi " Les quatre saisons - concerto n°2  presto  l'été "

 

 

 

 

 

 

 

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Sécheresse

 

 

 

 

 

Quittant le Grand Palais, les yeux pailletés d’or,

Irena, sa Florence et Valentine en nage

Suffoquent dans le four d’un Paris1 presque mort

Recevant Ramsès II que les savants ménagent2.

 

 

La Seine est assoiffée comme le fut le Nil,

Et le grand pharaon s’exposant aux oracles

Momifie les flâneurs et leurs gestes séniles,

En cet été trop chaud, trop sec et sans miracle.

 

 

Effondrées en terrasse au café sur les Champs,

Nos amies font frémir la menthe de leurs verres,

Et se noyant enfin dans ce cadre attachant,

Les voici regrettant les frimas de l’hiver.

 

 

Antonin leur revient entre deux diabolos,

Ravivant leur propos sur le roi des Deux Terres3,

Chevauchant les époques, négligeant les os

Des Hittites4 vaincus et des steppes austères.

 

 

Brassant la sueur des temps, l’ardent ventilateur

Rafraîchit le trésor qu’extirpa Valentine,

Exhumant du passé tel un compilateur,

Le chemin d’Antonin, légende byzantine.

 

 

Il fut pour Victoria, puis Napoléon III,

L’exemple du héros délaissant les frontières,

Leur préférant le sort des mourants du Détroit5,

Relevant fort l’honneur, leur clinique côtière.

 

 

La Reine l’honora, répondant à son pli,

Approuvant sa requête à sauver les malades,

Lui donnant les moyens de gagner sans repli

Ses galons de Baron que chante sa ballade.

 

 

Succombant au bonheur de goûter ces secrets

Trouvés par Valentine à l’aune des recherches,

Elles coulent le bain reflétant les décrets,

Les brevets médaillés et lettres qu’elles cherchent.

 

 

Les belles enflammées par ce Maître verrier

Soufflent d’un cœur brûlant la ferveur de leur âme,

Succombent à sa fièvre en vidant leur Perrier,

Et rêvent de tracer l’horizon de sa Dame.

 

 

 

 

 

 

 

1 L’été 1976 fut parmi les plus chauds avec une canicule record et l’invention d’un « Impôt sécheresse ».

 

2 Le Grand Palais de Paris reçut du 12 mai au 17 octobre 1976 l’exposition Ramsès II, avec un joli succès de 360.000 visiteurs. Ce fut également l’occasion de procéder à la restauration de sa momie par des spécialistes français.

 

3 Pharaon portait la double couronne des Deux Terres, la mitre blanche du royaume du Sud et la rouge du royaume du Nord.

 

4 Ramsès II vainquit les Hittites (peuple d’Asie Mineure ; la Turquie actuelle) à la bataille de Qadesh en 1286 av J.C.

 

5 Le Détroit du Bosphore avec Constantinople (aujourd’hui Istanbul) dont l’hôpital de Scutari.

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2021

 

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11/05/2021
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Rencontres

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W.A. Mozart " La marche Turque " Sonate 11 A

 

 

 

 

 

 

 

 

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donnant des précisions indispensables de vocabulaire, sites et dates historiques :

Lexique Antonin, Saison 3 , Episode 4, Rencontres

 

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Chronologie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rencontres

 

 

 

 

 

Florence est repartie pour le pays du Lion1,

Laissant à Antonin le lot de l’ambulance

Administrée depuis sans la loi du Talion

Sacrifiant les mourants par dédain d’insolence.

 

 

C’est qu’ils ont détalé, ces tristes charognards

Quand a rugi le feu du courroux de la Reine,

Alors qu’ils ont tenté de geindre en vieux grognards

 S’excusant du dégoût que cette place draine !

 

 

Enfin, l’amour relaie les drogues et les soins,

Rengainant le mépris et le fracas des armes,

Consolant l’abandon par les gestes conjoints

De Jean comme Antonin désinfectant les larmes.

 

 

Scutari sert d’exemple et devient « l’Hôpital »

Illuminant d’espoir le destin de ses braves

En blanchissant de chaux la vermine des stalles,

Multipliant les lits pour les cas les plus graves.

 

 

Les visiteurs affluent, parmi les plus en Cour,

 Affichant sobriquet en vogue d’Angleterre,

Et se targuant d’aider comme en dernier recours,

Soulagent leur conscience en briquant ce parterre.

 

 

Mais il est, loin des sots, flatteurs et courtisans,

Des personnes de bien s’écartant des rapaces,

Luttant de leurs deux mains, de leur cœur d’artisan,

Et risquant leur fortune à sortir de l’impasse.

 

 

Ainsi le Sieur Cochard2 un ancien lieutenant,

Se prenant d’intérêt pour bâtir des prodiges

Vient mouler sa passion d’hier et maintenant

Pour l’Orient éternel, en palais qu’il érige.

 

 

Il invite Antonin, « son cher » concitoyen,

À le suivre plus tard visiter loin des morts

L’outremer délirant de son béton païen,

Sa villa Grenobloise en vue : « la Casamaures »2

 

 

Faut-il que le destin cimente ainsi la voie

Des soldats sacrifiés, des reines courroucées,

Des nonnes épuisées, infirmières sans voix,

Originaux en paix aux manches retroussées ?

 

 

 

 

 

 

 

1 En fait, Florence Nightingale, responsable des soins infirmiers à l’hôpital de Scutari n’avait pas été rappelée en Angleterre. Mais l’opinion publique britannique alertée par les correspondants de guerre relayant ses rapports sur l’état épouvantable de l’absence d’hygiène favorisant les maladies dix fois plus mortelles que les combats, amplifia l’accélération d’un processus d’assainissement des hôpitaux de campagne ; d’autant plus que ceux des Français, mieux dotés, ne souffraient pas la comparaison ! 

 

2 Un Grenoblois passionné d’art mauresque, Joseph JULLIEN dit COCHARD, fit bâtir en 1855 une villa de style néo-mauresque, « la Casamaures » à Saint-Martin-le-Vinoux, près de Grenoble.

N.B. Je l’évoque dans mon petit lexique au § « Lexique Antonin, Saison 3, Épisode 4, Rencontres ».

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2021

 

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29/04/2021
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Victoria

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" Londonderry air "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Victoria

 

 

 

 

 

Les drames qui se jouent loin des carnets de bal1,

Donnent ci-bas le la qui vibre sans conquêtes,

Chantant le désespoir d’un vague honneur tribal

Frappé de maladies terrifiant les coquettes.

 

 

Le parvis des mourants donne à cet hôpital

Des airs de Bonaparte excommuniant la peste

Des héros moribonds sans combat capital

Comme à Jaffa2 sinon comme ici qui empeste.

 

 

Florence3 n’a de cesse à vaincre les tourments

De ces hommes brisés aux fiévreuses prunelles

Égarées sur les rives des miasmes gourmands

Repus des choléras et typhus criminels.

 

 

Mais la besogne est vaine en butte aux tombereaux

De blessés évacués du Malakoff4 funeste ;

Et sans médicaments tombent ces passereaux

Aux shakos5 déplumés, grelottant sans leur veste.

 

 

La vermine est partout, le gin n’y suffit pas,

Même en brûlant de poudre enflammant les paillasses,

Même en piégeant les rats d’appétissants appâts,

Les vers et les punaises se rient des caillasses.

 

 

Lors, Antonin furieux de voir ces galonnés

Se moquer tant du sort des soldats d’infortune,

S’enquit d’un fort dessein visant à talonner

Ces gradés arrogants que l’hygiène importune.

 

 

Il convainquit Florence un soir de désespoir,

De s’adresser à Dieu plutôt qu’aux saintes ouailles,

D’écrire à Victoria6 la honte de sa gloire,

Lui conter leurs sanglots que ses généraux gouaillent.

 

 

C’est ainsi que leur pli fut porté dans les airs

En relais messagers sous des vents qui frémissent

Et qu’un jour à Windsor, Victoria crut sa chair

Perler d’amères larmes d’hommes qui gémissent.

 

 

Lors, la foudre frappa puis l’on diligenta

Des légats éminents scruter la médecine

En vigueur en Crimée tandis qu’on régenta

Approuvant Antonin, Florence en l’officine.

 

 

 

 

 

 

1 Il faut bien voir que tous les officiers, notamment ceux de la cavalerie anglaise, ne songeaient qu’à conter leurs exploits guerriers au cours de grands bals donnés par les princes galonnés avant leur départ en campagne comme à leur retour, plus hypothétique il est vrai !

 

2 Ce temps fort de la Campagne d’Égypte où en 1799 le général Napoléon Bonaparte rendit visite à ses soldats victimes de la peste bubonique en n’hésitant pas à les réconforter physiquement, fut immortalisé par le peintre Antoine-Jean GROS par son tableau célèbre : « Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa ».

 

3 Florence Nightingale l’infirmière ; voir mon lexique : ICI

 

4 De très nombreuses attaques précédées de bombardements, liées au siège de Sébastopol, ville protégée par la colline et les « mamelons » de Malakoff eurent lieu au printemps comme à l’été puis à l’automne 1855.

 

5 Le shako était un couvre-chef militaire décoré d’un plumet la plupart du temps.

 

6 Il s’agit bien entendu d’Alexandrina Victoria (1819/1901), Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, Reine du Canada, Impératrice des Indes et Reine d’Australie, qui régna durant 63 ans et 7 mois.

 

 

 

Pierre Barjonet

Avril 2021

 

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16/04/2021
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Naufrages

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"Melancholy Man" The Moody Blues

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chronologie

 

 

 

 

 

 

 

Parvenant au terme de leur longue cavale, Antonin et Jean arrivent à Constantinople...

 

 

 

 

 

Naufrages

 

 

 

 

 

Quand enfin leur chemin s’embrasa dans la nuit

Par la Tour de Léandre1 enflammant le Bosphore,

Ils surent que le sort les gardait de l’ennui

En exigeant sitôt leur courage en renfort.

 

 

À Scutari2 les morts que l’on trie puis qu’on biffe,

Noircissant la portée de leur triste ballade,

Voisinent les maudits que l’on ampute à vif

Hurlant dans les tourments leurs prières malades.

 

 

L’hôpital assommé de brassées de blessés,

De naufragés du Front pleurant miséricorde,

Bataille en soupirant tant leurs cœurs délaissés

Croupissent d’abandon sans la moindre concorde.

 

 

Mais tous deux retrempés par leur devoir hardi

Consolèrent les fous en assistant Florence3,

L’infirmière engagée qui vous ragaillardit

D’un sourire apaisant guérissant l’ignorance.

 

 

Et les jours épuisant leur dévouement puisant

Sa force en la ferveur de Florence vaillante,

N’épargnent point les maux de ce courrier luisant

Du désespoir de Jean, pleurant La Sémillante4.

 

 

Aubin son jeune frère, à bord de ce vaisseau,

Venait de se noyer happé par la frégate

Brisée sur les récifs frappés par les assauts

D’une mer démontée par l’onde renégate.

 

 

Il s’était engagé, téméraire recours   

D’un nouveau contingent se moquant des embûches,

Laissant sa mère en larmes privée du secours

De son père accablé fendant du bois en bûches.

 

 

Les îles Lavezzi5 dans la nuit ont broyé

Soldats et matelots sous le vent de la Corse,

Engloutissant l’appel de partir guerroyer

Vers le soleil levant façonnant leur écorce.

 

 

Jean pleure son petiot Aubin le benjamin,

Et longeant son passé qu’hypnotise le phare1

Il songe à sa Bretagne et leurs jeux de gamins,

Puis étreint Antonin, puis Florence en cafard.

 

 

 

 

 

 

 

1 La Tour de Léandre ou « tour de la fille », dont l’origine remonte à l’an 408, fut longtemps un phare (aujourd’hui un restaurant) auréolé de légendes et ancré sur un îlot du Détroit du Bosphore, face à Istanbul.

 

2 Scutari ou « Üsküdar » est l’un des 39 districts ou quartiers d’Istanbul. À l’époque de Constantinople, l’hôpital militaire où exerçait l’infirmière Florence Nightingale s’y tenait.

 

3 Florence Nightingale fut une héroïne de la Guerre de Crimée, infirmière portée volontaire au secours des anglais et des français engagés dans ce conflit et véritable pionnière des soins infirmiers modernes.

N.B. Je l’évoque dans mon petit lexique au § « Lexique Antonin, Saison 3, Épisode 3, Victoria ».

 

4 La Sémillante était une frégate de la marine française affrétée d’un équipage de marins et de soldats embarqués en renforts pour l’Expédition de Crimée, qui, victime d’une tempête, coula corps et biens dans la nuit du 15 au 16 février 1855 au large de Bonifacio et des îles Lavezzi, en Corse.

N.B. Je l’évoque dans mon petit lexique au § « Lexique Antonin, Saison 3, Épisode 2, Naufrages ».

 

5 Les îles Lavezzi sont constituées d’un archipel de 23 îles, récifs et îlots situés à 10 kilomètres au sud-est de Bonifacio (Les Bouches de Bonifacio) entre la Corse et la Sardaigne.

 

 

 

Pierre Barjonet

Février 2021

 

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05/04/2021
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