La palette de Pierre

La palette de Pierre

LEXIQUES d'Antonin


Lexique Antonin, Saison 3, Episode 10, Napoléonville

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 10 " NAPOLÉONVILLE " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Napoléonville 

 

 

 

 

 

 

 

 

1/ DE PONTIVY À NAPOLÉONVILLE (Napoléonville)

 

 

L'actuelle ville de Pontivy fut une première fois rebaptisée " Napoléonville " sous le 1er empire, puis ayant repris son nom de Pontivy à la restauration (Louis XVIII en 1815), fut à nouveau baptisée Napoléonville sous le second empire, avant que de retrouver définitivement son appellation initiale en 1870.

 

En effet, Napoléon 1er voulut donner une importance majeure à la ville de Pontivy qui s'était illustrée durant la Révolution française en prenant le parti des "bleus" en opposition aux chouans des communes alentours, en lui conférant un statut de place forte militaire et cité de commerce stratégique contre la menace anglaise de blocus des ports bretons.

 

Par sa situation centrale, le premier consul Bonaparte devenu ensuite Napoléon 1er, décréta à différentes reprises d'importants travaux de bâtiments administratifs (caserne, lycée, sous-préfecture, tribunal, prison...), de casernement et de raccordement de la ville aux trois grands ports bretons de Nantes, Brest et Lorient par le tout nouveau canal de Nantes à Brest en canalisant Le Blavet coulant à Pontivy.

 

De la même façon, il reprit en main les destinées de la Vendée en créant la cité militaire de La Roche-sur-Yon rebaptisée "Napoléon-Vendée". Cette ville fut d'ailleurs débaptisée et rebaptisée à... huit reprises ! Il alla même jusqu'à en faire la préfecture de la Vendée en remplacement de la ville historique de Fontenay-le-comte. Tout comme Pontivy, Napoléon III ne manqua pas de la rebaptiser "Napoléon-Vendée".

 

Ayant réorganisé également les routes d'accès à et en Vendée, avec des tracés rectilignes favorisant le déplacement de ses troupes, Napoléon 1er concentra des garnisons efficaces en les disposant de façon centrale avec de larges places propices à leurs manoeuvres dans ces villes.

 

C'est actuellement une ville ouverte sur l'avenir avec environ 15.000 habitants, chef-lieu du Morbihan.

 

Mais son passé historique en fait une cité touristique agréable avec notamment le château féodal majestueux des Rohan ou sur un autre plan, sa gare construite par Napoléon III qui dispose encore de l'inscription de "Napoléonville".

 

 

 

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Plan de la ville voulue par Napoléon 1er avec sa large place et ses rues perpendiculaires

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Hier...

 

 

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Aujourd'hui...

 

 

 

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la gare construite sous Napoléon III avec sa fameuse inscription de

Napoléonville

 

 

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2/ LE CHÂTEAU DES ROHAN (Napoléonville)

 

 

Ce magnifique témoignage de l'art militaire féodal remonte à la fin du XVè siècle et constitue un patrimoine remarquable comptant parmi les rares châteaux-forts bretons, avec Josselin par exemple, encore en bon état.

 

Il fut édifié en domination Nord de la vieille ville pour les vicomtes de Rohan dont Jean II de Rohan seigneur et maître de Pontivy en 1396. Par la suite il devint propriété du Duché de Rohan (1603).

 

Ayant maintes fois changé de "propriétaire", notamment pendant la Révolution Française quand il fut saisi comme "bien national", il abrita une sous-préfecture, un tribunal révolutionnaire et les soeurs de Kermaria, filles de Jésus (dont je parle dans mon poème "Napoléonville") au titre d'une école de filles de 1841 à 1884. Lesquelles, après l'avoir loué, et obtenant l'autorisation de Napoléon III, achetèrent en 1857 ce château au Duc Fernand de Rohan Chabot pour la somme de 18.000 francs, avant que de le revendre plus tard à nouveau à la famille Rohan.

 

Durant la seconde guerre mondiale, il fut réquisitionné pour abriter des troupes militaires. Classé aux monuments historiques en 1853, il est depuis 1951 loué par la Duchesse de Rohan à la ville de Pontivy pour le franc symbolique et s'ouvre à la visite.

 

 

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30/09/2021
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Lexique Antonin, Saison 3, Episode 8, Le manteau

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 8 " LE MANTEAU " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Le manteau

 

 

 

 

 

 

 

 

PELISSES ET FOURRURES RUSSES (Le manteau)

 

 

N.B. Comme toujours, j'utilise différentes sources d'informations puisées dans différentes encyclopédies personnelles comme l'Encyclopaedia Universalis, dictionnaires, ouvrages historiques ainsi que sur Internet. Dans le cas présent, je me suis documenté auprès de l'excellent site Russe consacré à la Russie, "Russia Beyond" que je vous invite vivement à consulter ici : https://fr.rbth.com

 

 

 

Contrairement à ce que l'on pense, les fourrures russes coûtaient extrêmement cher, et pas seulement à l'époque Soviétique.

 

Posséder un manteau de fourrure ou plus exactement une Chouba (littéralement : un " par-dessus à longues manches ") n'était pas donné, mais cela restait pourtant indispensable dans cet immense pays connaissant des hivers très rudes pouvant dépasser les - 40, - 50 voire - 60° comme dans certaines contrées reculées de Sibérie Orientale...

 

À l'époque des Tsars, les pauvres et bien plus rarement les serfs pouvaient, à force d'économies, se confectionner ou acheter d'occasion un manteau de peaux fourrées de lièvre des prairies ou de mouton, voire de la loutre, de chien ou de loup. En général, ils le portaient avec la fourrure à l'extérieur, ce qui nous semble évident aujourd'hui, mais tel n'était pas le cas des notables à l'époque.

 

En effet, afin de parader et par effet de mode, les Boyards (les nobles) la portaient à l'envers, mais après avoir fait teindre et broder de somptueux motifs colorés folkloriques, la peau visible. Certaines choubas étaient également incrustées d'or, d'argent et de pierres précieuses. Dans certains cas, ils en portaient deux ou trois l'une sur l'autre, et tenez vous bien, même en plein été ! 

 

De fait, et notamment quand ils s'en dévêtaient entrant dans une datcha, un palais, bref à l'intérieur d'une propriété lors d'une réception par exemple, leurs laquais qui s'allongeaient dessus en attendant leur retour les leur rendaient chaudement garnies de... poux !

 

Les bourgeois et bien entendu les nobles Boyards possédaient plusieurs choubas de qualité, faites de fourrures précieuses ou plus rares telles  le renard argenté, l'écureuil, l'astrakan (mouton noir), l'ours, la martre, la belette de sibérie, le vison, la zibeline ou l'hermine.

 

Une autre façon curieuse de porter la chouba consistait à  distinguer la nature des fourrures selon l'âge et la condition maritale de la femme. Ainsi, une jeune demoiselle riche ne devait pas porter de fourrures luxueuses, mais  au contraire des choubas plus modestes, à l'inverse d'une femme mariée.

 

Dans tout l'hémisphère Nordique et Nord-Oriental, les habitations comme les moyens de transport prévoient de larges espaces pour entreposer son manteau l'hiver quand on entre à l'intérieur. Je me souviens avoir été impressionné lorsque voyageant en train dans ma jeunesse en Scandinavie, par la taille réservée dans chaque wagon à une sorte de compartiment réservé uniquement aux manteaux et fourrures.

 

Pour confectionner un long manteau descendant largement sous les genoux, il ne fallait pas moins de 60 peaux, d'où un prix tellement élevé qu'autrefois, il servait de monnaie d'échange contre des métaux précieux. Notez que dans le continent Nord-Américain, la situation était assez comparable avec le commerce de fourrures produites par des pionniers, des trappeurs, et le trafic de peaux prises aux indiens.

 

Pour se faire une idée, disons qu'une chouba en simple mouton naturel coûtait 4000 roubles en 1960 dans l'Union Soviétique alors que les salaires modestes et ouvriers allaient de 30 à 200 roubles par mois ! Vous imaginez ! Même une chouba en fourrure artificielle synthétique pouvait coûter jusqu'à 1000 roubles. Alors, une chouba en zibeline coûtait une petite fortune. Aujourd'hui où la fourrure n'est plus à la mode, du moins officiellement, un manteau de star en zibeline peut valoir 23.000 dollars.

 

Précisons que la Russie reste toujours un grand producteur exportateur de fourrures, même si la Chine la dépassée. Et quand on parle de fourrures, il s'agit de peaux d'animaux en captivité, de fourrures dites d'élevage, pour 85 % du total. La fourrure sauvage représente 15 % de la production mondiale.

 

Aujourd'hui, les seuls manteaux que les stars achètent encore sous des griffes prestigieuses (c'est le cas de le dire), sont des pièces authentiques de vison ou de zibeline, mais...  comble de snobisme ahurissant, teintées en rouge, bleu ou vert vif !

 

Enfin, il n'y a pas que les manteaux, les vestes ou les blousons, les étoles, les chapkas (les légendaires ouchankas) conservent le devant de la scène et plus récemment, les pourtours de capuches des vestes polaires, les bottes fourrées, voire les plaids, couvertures et coussins "revisités".

 

Pour mémoire, la zibeline a selon le cas un pelage brun (sable chaud), bleu (gris, bleu), chocolat (chocolat au lait clair, miel beige) ou lilas (gris rosé pâle).

 

À ne pas confondre avec l'hermine (du manteau blanc de mon poème) qui a un pelage également brun, comme le vison, mais qui devient blanc (sauf le bout de la queue, noir) l'hiver.

 

L'hermine est symbolique de pouvoir dont les monarques s'en sont vêtus lors de leur sacre. Les magistrats portent toujours une robe bordée de rangs d'hermine, enfin en synthétique aujourd'hui, dit-on... Elle figure aussi dans de nombreuses représentations héraldiques dont l'emblème de la Bretagne.

 

 

 

 

Anciennement...

 

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Boyard

 

 

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Nobles Boyards attablés lors d'une noce (conservant leur chouba sur leur siège)

 

 

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chouba d'hermine russe

 

 

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manteau actuel de renard roux

 

 

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manteau actuel de zibeline de Sibérie

 

 

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veste d'hermine

 

 

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manteau d'hermine

 

 

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manteau (années 1960) de mouton

 

 

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Chouba de l'époque Soviétique

 

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... et la chouba du peuple...

 

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la zibeline

 

 

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l'hermine (l'été)

 

 

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l'hermine l'hiver

 

 

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magistrats en hermine

 

 

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Napoléon III en costume de sacre et manteau d'hermine

 

 

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armoiries de la Bretagne (hermine)

 

 

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16/07/2021
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Lexique Antonin, Saison 3, Episode 7, Le souper

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 7 " LE SOUPER " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Le souper

 

 

 

 

 

 

 

 

LE SOUPER À VERSAILLES EN L'HONNEUR DE LA REINE VICTORIA (Le souper)

 

 

La politique impériale de Napoléon III avait considérablement changé la donne avec ses prédécesseurs, notamment son illustre ancètre, Napoléon 1er. En effet, l'heure n'était plus à guerroyer contre la perfide Albion, mais bien au contraire de se faire un allié durable de l'Angleterre.

 

Le conflit en Crimée ayant vu l'efficacité de la coalition alliée des deux empires français et britannique contre la Russie consolida ce voeu récent. De plus, la reine d'Angleterre Victoria se prit de sympathie pour Napoléon III et même d'amitié pour son épouse, l'impératrice Eugénie. Attirance réciproque, s'il en fut !  

 

Elle fut reçue en grande pompe en France lors d'une visite officielle répondant à l'invitation lancée au printemps 1855 par la reine Victoria conviant alors au château de Windsor le couple impérial français.

 

En effet, du 16 au 22 avril 1855 Victoria avait reçu avec faste Napoléon III et l’impératrice Eugénie à Windsor, allant même jusqu'à le décorer de l'ordre de la Jarretière !

 

Devant le succès de cette première invitation à traverser la Manche, et conquise par l'aspect anglophile de Napoléon III en rupture totale avec son illustre prédécesseur... l'alliance franco-britannique ne pouvait que se consolider !

 

De fait, le cadre parisien de l'Exposition Universelle allait servir de prétexte au lancement d'une invitation protocolaire de retour qui se déroula du 18 au 27 août 1855 en France.

 

Tout fut fait pour que la reine Victoria et son entourage furent mis à l'aise, fêtés, acclamés, reçus avec honneur et débauche de luxe, sans omettre le soin particulier que l'impératrice Eugénie mit à décorer à la mode anglaise (...) les appartements réservés pour Victoria dans le palais de Saint-Cloud lui servant alors de résidence.

 

Dès son débarquement au port de Boulogne le 18 août 1855, la Reine eut droit aux honneurs de l'Empire français : salve d'artillerie navale, navires pavoisés, garde d'honneur, troupes d'élite en grande tenue, fanfare, landaus d'apparat pour rejoindre un train de luxe (de Boulogne à Paris)...

 

Son séjour fut émaillé de visites diplomatiques, de réceptions protocolaires, de discours officiels, mais aussi de visites "touristiques" et culturelles sans omettre les divertissements gastronomiques, culturels, récréatifs et les soirées de gala : Salon des Beaux-Arts, Exposition universelle, château de Versailles, le Louvre, le palais des Tuileries, château de Saint-Germain-en-Laye, réception et banquet à l’hôtel de ville de Paris, soirée au tout nouvel Opéra de Paris (Garnier), fête nocturne et illuminations des jardins de Versailles, souper et bal au château de Versailles…

 

Et pour comble d'enthousiasme, La reine Victoria alla s’incliner devant le tombeau de Napoléon 1er aux Invalides !

 

Pour en revenir au " souper " alimentant mon poème... disons encore qu'il fut fastueux, gastronomique, succulent, raffiné et servi comme il se devait à l'époque entre la première et la deuxième partie du grand bal organisé dans la vaste salle de l'opéra du château de Versailles.

 

Ce furent pas moins de 400 convives formant en bonne partie les deux cours des souverains alliés (voir mon poème) qui se pressèrent sur les parquets rutilants du parterre, de la scène et des loges de l'opéra au son d'un orchestre caché.

 

Le luxe du décor, des compositions florales, des candélabres, des tables dressées et des miroirs donnait la réplique aux toilettes incroyables des dames en robes de crinoline piquées de bijoux et de diadème en cheveux, ainsi que des uniformes flamboyants de rouge, de bleu et d'or des officiers attachés selon le cas à l'une ou l'autre des deux couronnes (voir mon poème).

 

De nombreux peintres immortalisèrent cette fresque vivante d'une autre époque, mais de notre histoire commune : Eugène Lami (1800-1890), Charles-Louis Müller (1815-1892), Louis Armand...

 

 

 

 

Eugène Lami (1800-1890)

" Souper à Versailles en l'honneur de la reine Victoria "

 

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Louis Armand

" Réception de la reine Victoria dans le port de Boulogne "

 

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07/07/2021
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Lexique Antonin, Saison 3, Episode 5, Sécheresse

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 5 " SÉCHERESSE " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Sécheresse

 

 

 

 

 

 

 

 

LA CANICULE DE L'ÉTÉ 1976 (Sécheresse)

 

 

La dernière forte canicule toujours présente à l'esprit compte tenu de ses conséquences meutrières est celle qui frappa notre pays en 2003, avec un été considéré comme étant le plus chaud depuis 1950.

 

Mais la canicule de 1976 (mentionnée dans mon poème " Sécheresse ") figure elle aussi parmi les plus intenses. Elle toucha la France de fin juin à mi-juillet avec des températures diurnes et nocturnes ne déscendant pas et donnant le sentiment de vivre dans une fournaise, notamment dans les grandes villes !

 

De fait, près de vingt départements eurent à déplorer une élévation de leur taux habituel de mortalité de l'ordre de 10 %

 

La définition de " canicule " suppose qu'un certain nombre de facteurs soient réunis parmi lesquels figurent à la fois un dépassement de température excessif par rapport aux observations passées, aussi bien de jour comme de nuit donc sans vraiment redescendre en accentuant de différences diurnes et nocturnes, et se prolongeant durant plus de trois jours consécutifs sur une surface étendue.

 

Cela dit, les variables diffèrent selon les régions. Ainsi à Paris, on parlera de canicule au dessus de 31° C le jour et 21° C la nuit, tandis qu'à Marseille ce sera 36° et 24°.

 

La vague de chaleur de 1976 s'accompagna dès le printemps, avec des températures très élevées dès le mois de mai, d'une sécheresse due à une pluviométrie nulle accentuant la baisse du niveau, déjà trop bas, des nappes phréatiques et parallèlement, une élévation inédite de la température de l'eau de mer (22° en mai dans les Landes).

 

Les médias répercutèrent très tôt l'inquiétude grandissante des agriculteurs, en précisant par exemple (journal Le Monde du 13/14 juin 1976) que " la récolte des céréales serait inférieure de 20 millions de quintaux sur les prévisions les plus optimistes ".

 

En conséquence, les prix grimpèrent en flèche : Le Monde cite l'augmentation du kilo de tomates passant de 4,30 francs à 7,20 francs en une semaine. Par la suite, il y eut des suicides d'agriculteurs et drames économiques frappant des exploitations agricoles.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, des incendies de forêts se mirent de la partie , dont le fameux incendie de La Palmyre en Charente, pour un total de 90.000 hectares brûlés en France pour le seul été 1976 contre 32.000 hectares/an durant les quinze années précédentes.

 

Face à cette catastrophe climatique et économique, le gouvernement fit intervenir l'armée pour aider les éleveurs et les communes sinistrées manquant d'eau (transport de paille, de fourrage, et de citernes d'eau potable).

 

Il faut se rappeler cet épisode sans précédent de sécheresse qui n'en finissait pas avec des sources taries, le sol craquelé, 500 km de rivières à sec s'accompagnant de milliers de poissons morts, les feuilles des arbres que l'on coupa pour nourrir du bétail déjà famélique... et des mesures inédites pour l'époque comme l'interdiction du lavage des voiltures ou du remplissage des piscines.

 

Après trois mois sans pluie, le président Giscard d'Estaing décide à fin août 1976 une aide de 2,2 milliards de francs en solidarité aux agriculteurs et éleveurs, financée par une majoration de 4 à 8 % de l'impôt au dessus d'une certaine tranche. Cette installation du fameux " impôt sécheresse " provoquera le départ de Jacques Chirac.

 

 

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Lien vers une vidéo (INA) d'un journal télévisé de l'été 1976

ICI

 

 

 

 

 

et cliquez directement sur celle-ci : 

 

 

 

 

 

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L'armée au secours des agriculteurs

 

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11/05/2021
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Lexique Antonin, Saison 3, Episode 4, Rencontres

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 4 " RENCONTRES " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Rencontres

 

 

 

 

 

 

 

 

LA VILLA CASAMAURES DU SIEUR COCHARD (Rencontres)

 

 

C'est une bien étrange bâtisse que cette villa de style Mauresque qui frappe le visiteur stupéfait se rendant à Grenoble en passant par Saint-Martin-Le-Vinoux...

 

Véritable palais des mille et une nuits, planté au saut d'un tapis magique l'ayant transporté depuis les confins de l'Orient, ce chef d'oeuvre de l'art néo-mauresque fut en effet édifié par un couple de Grenoblois à partir de 1855.

 

Son concepteur, Joseph JULLIEN dit COCHARD (que j'évoque donc dans mon poème " Rencontres ") se ruina pour bâtir cette incroyable villa imaginée pour les yeux de sa belle... Il acquit donc un terrain de 25 ares situé en bordure de l'Isère, sur la route impériale de Chalon-sur-Saône aux contreforts du massif de la Chartreuse.

 

Élevée sur quatre niveaux grâce à une superposition astucieuse de terrasses dominant un magnifique parc exotique, cette villa ne surprend pas que par son style, mais aussi par son aspect architectural révolutionnaire pour l'époque puisqu'il consistait à façonner artificiellement des blocs de pierre factices en ciment moulé, avant que de les assembler ensuite sur place en " habillage " d'une structure porteuse de poutrelles métalliques ou de bois.

 

Ce procédé de ciment moulé préfabriqué, bientôt connu sous le vocable de " l'or gris " fut facilité par la proximité d'une cimenterie renommée jouxtant la propriété, " La porte de France ". En effet, ce site regroupe les trois composantes requises pour l'exploitation des cimenteries : l'eau vive fournissant l'énergie hydraulique, les mines de charbon de La Mure et sur site également, un fameux gisement souterrain de ciment prompt naturel.

 

L'ensemble de la villa jouit de décorations en " or gris " teinté de couleurs vives dont un fameux bleu outremer, mais aussi de stucs enchevétrés, de boiseries, de vitraux, de céramiques et de moulures entrelacées, de mobilier oriental, sans omettre le fastueux parc boisé d'essences rares, agrémenté de terrasses et de plusieurs fontaines.

 

De fait, la mode était à l'orientalisme initié sous le 1er Empire suite à l'expédition d'Égypte de Napoléon Bonaparte, puis au Second Empire avec l'expédition d'Orient et la guerre de Crimée.

 

Cet engouement pour l'Orient fut largement entretenu par les savants de l'expédition (Champollion), des écrivains célèbres comme Victor Hugo (Les orientales), Flaubert, Lamartine, Nerval, des peintres de renom comme Cogniet, Ingres (Le bain Turc), Delacroix, des musiciens inspirés comme Franck, Berlioz et même plus tôt Mozart (La marche Turque), et des botanistes tels Jussieu ou Magnol (qui importa le magnolia)...

 

Le Sieur Cochard n'échappa pas à cet enthousiasme collectif, d'autant que la ville de Grenoble accueillait dans ses murs l'armée d'Orient en partance dont une garnison de Zouaves à l'apparence singulière très remarquée dans les Alpes !

 

Cet ancien lieutenant de cavalerie dans la Garde Nationale,  maréchal-ferrant, expert vétérinaire, entrepreneur de bois, entrepreneur de messageries et j'en passe... fut veuf en 1846. Il épousa en secondes noces une couturière modiste, puis il se lança dans le négoce des peaux et enfin, dans la spéculation immobilière avant que de bénéficier de ses rentes...

 

Par amour de sa femme Jeanne-Marie, il lui fit élever cette villa de plaisance rappelant ses rêves orientaux, dès janvier 1855, qu'il aménagera au gré de ses fantaisies et de ses moyens durant 23 ans.

 

À nouveau veuf en 1873, il ne touchera cependant rien de l'héritage de " sa belle Schéhérazade ", laquelle préférant léguer toute sa fortune à des oeuvres de bienfaisance... Remarié, mais ruiné et devant céder sa villa à ses créanciers en 1878, il terminera sa vie dans... un appartement de location du quartier de l'île verte de Grenoble !

 

De nombreuses fois rachetée, délaissée, transformée, puis laissée à l'abandon (squatée par des clochards), servant aussi d'entrepôt, la ville Casamaures fut restaurée à diverses reprises, puis obtenant le prix télévisuel de " Chef d'oeuvre en péril ", elle fut finalement classée à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1985. Son magnolia âgé de 160 ans en 2007 reçut alors le label " Arbre remarquable de France ". Elle accueille aujourd'hui trois associations et bénéficie de visites organisées.

 

 

Voir son site : ICI

 

 

 

 

 

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Le magnolia jouxtant à gauche la villa

 

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29/04/2021
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Lexique Antonin, Saison 3, Episode 3, Victoria

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 3 " VICTORIA " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Victoria

 

 

 

 

 

 

 

 

L'INFIRMIÈRE BRITANNIQUE FLORENCE NIGHTINGALE, (Victoria)

 

 

 

Je reprends ici, puis complète la brève information que j'avais donnée s'agissant de Florence NIGHTINGALE...

 

 

Florence Nightingale (1820/1910) fut une héroïne de la Guerre de Crimée, infirmière portée volontaire au secours des anglais et des français engagés dans ce conflit et considérée comme la véritable pionnière des soins infirmiers modernes.

 

 

 

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Issue de la haute société britannique, rien ne la destinait à embrasser sa passion pour les soins médicaux. Se découvrant enfant une véritable empathie pour les autres, pour les plus démunis et les conditions de vie des miséreux, mais aussi les malades, comme ceux de la grippe (épidémie de 1937). Elle ne cesse de répéter qu'elle veut devenir infirmière au grand dam de ses parents qui s'y opposent.

 

Scandalisée par l'attitude générale de cette société qui estime qu'une jeune fille de bonne famille doit savoir tenir son rang et sa place, et qu'il est purement inconvenant qu'elle travaille, surtout comme infirmière dans un hôpital (alors réservé aux pauvres quand les riches se faisaient soigner à domicile) elle se forge des convictions bien ancrées pour se donner tous les moyens de participer puis d'améliorer la nature des soins prodigués à son époque. Divers drames comme la mort d'un patient mal soigné finissent de la convaincre dans cette voie.

 

Ce n'est qu'en 1852, donc à l'âge de 32 ans, que ses parents, de guerre lasse, finissent par accepter sa décision de devenir infirmière et de la pensionner largement, sans quoi elle n'aurait pu s'investir avec autant d'aisance.

 

Passons sur les débuts de sa carrière révélant des talents certains d'organisatrice réformatrice des soins dans un institut réputé, la conduisant à devenir rapidement infirmière en chef à l'hôpital King's college de Londres.

 

Et c'est la guerre de Crimée qui lui donnera l'occasion de révéler pleinement ses capacités.

 

Elle obtient en effet en octobre 1854, l'autorisation de partir rejoindre l'expédition d'Orient à la tête d'une mission sanitaire et humanitaire composée de 38 infirmières volontaires en Crimée. Rejoignant bientôt le camp de Scutari (la caserne Selimiye), elle est confrontée à un désordre total de ce qui s'apparente vaguement à un hôpital où les malheureux blessés, mais surtout malades du choléra, du typhus et de la dysentrie, sont littéralement délaissés et laissés pour compte dans des conditions effroyables d'absence d'hygiène et de soins réels (voir mes poèmes " Naufrages ", " Victoria " et " Rencontres ").

 

Confrontée à un taux de mortalité de dix fois supérieur par les maladies aux blessures des combats, elle n'a alors de cesse de récurer, désinfecter, nettoyer l'hôpital, d'en réorganiser le fonctionnement et d'en articuler autrement les soins, avec un souci d'hygiène permanent doublé d'une compassion humaine admirable.

 

Ne comptant ni son énergie, ni son temps, elle déploie tous azimuts sa force de conviction en écrivant tant à l'administration britannique, à ses contacts anglais qu'aux autorités turques pour améliorer le sort des moribonds de son hôpital de Scutari. Elle obtient des résultats puisqu'une commission britannique sanitaire se déplace en Crimée lui donnant alors les moyens de récurer les égoûts, de nettoyer les systèmes de ventilation et de désinfecter efficacement l'infrastructure opérationnelle de l'hôpital.

 

En outre, elle accorde une place importante à l'amélioration de la nourriture , à l'agencement des réserves de vivres, à l'administration régulière des médicaments, comme au confort des soins portés par du personnel reposé et en bonne santé. Très vite, l'abaissement significatif du taux de mortalité lui donnera raison contre l'avis d'officiers aux méthodes brutales et rétrogrades.

 

 

N.B. Dans mes poèmes pré-cités, j'avoque avec une faible marge de libertés son rôle dans cette affaire, aidée par mes personnages de fiction que sont Antonin et Jean.

 

 

À son retour en Angleterre, la paix obtenue en 1856, elle est accueillie en véritable héroïne nationale par ses concitoyens, vénérant son courage, son abnégation et surtout la pertinence de sa réforme des soins.

 

La Reine Victoria la visitera malgré son confinement volontaire suite à une maladie contractée en Crimée (fièvre brucellose). 

 

Ne pouvant participer en tant que femme à la Commission Royale pour la Santé des Armées, elle n'en rédige pas moins un mémoire de mille pages aidant à réformer la médecine de guerre et à créer une École de médecins militaires.

 

Un Fonds Nightingale est créé que préside le Duc de Cambridge. Lequel fonds servira notamment à monter une école d'infirmières et de sage-femmes, toujours en vigueur aujourd'hui (Florence Nightingale School of Nursing and Midwifery).

 

Puis elle écrit, forme, intervient auprès d'étudiants, de médecins et d'infirmières en consacrant le reste de sa vie à améliorer et peaufiner le métier d'infirmière, ouvrant la voie à la conception moderne de cette profession, notamment en Amérique et même au Japon. Ses travaux atteindront une réputation internationale à tel point que les États-Unis (les Nordistes) la consulteront durant la Guerre de Sécession !

 

Largement fétée, honorée et décorée, notamment de la Royal Red Cross par la Reine Victoria puis de l'Ordre du Mérite (seule femme ayant obtenu cette distinction), elle termine sa vie le 13 août 1910 auprès des siens à Londres.

 

Les hommages du Monde entier comme de la Croix-Rouge (le C.I.C.R. a créé la Médaille Florence Nightingale) ne cessent depuis plus d'un siècle d'affluer en reconnaissance de sa contribution à la profession moderne d'infirmière. La postérité la mentionne dans nombres de monuments, de statues, de musées, par son nom donné à des écoles, hôpiteaux, places et rues, par des médailles à son effigie, journées, mais aussi en littérature, au cinéma, à la télévision et même comme modèle de mouvements féministes.

 

 

 

Florence Nightingale à l'hôpital de Scutari

 

 

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Le quartier Scutari à Istambul

 

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Extrait d'étude de F. N. diagramme sur la mortalité durant la guerre de Crimée

 

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La médaille Florence Nightingale

 

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Sa statue à Londres (Waterloo Place)

 

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16/04/2021
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Lexique Antonin, Saison 3, Episode 2, Naufrages

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 2 " NAUFRAGES " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Naufrages

 

 

 

 

 

 

 

 

FLORENCE NIGHTINGALE, LE NAUFRAGE DE LA SÉMILLANTE (Naufrages)

 

 

 

1/ FLORENCE NIGHTINGALE 

 

N.B. Afin de ne pas trop alourdir ce lexique, j'évoquerai l'action de cette héroïne, l'infirmière Britannique Florence Nightingale dans un prochain lexique où nous la retrouverons également confrontée à la Guerre de Crimée auprès d'Antonin et de Jean, lors d'un prochain poème : " Victoria".

 

 

 

Florence Nightingale fut une héroïne de la Guerre de Crimée, infirmière portée volontaire au secours des anglais et des français engagés dans ce conflit et considérée comme la véritable pionnière des soins infirmiers modernes.

 

 

 

Florence_Nightingale

 

 

 

 

 

 

2/ LE NAUFRAGE DE LA SÉMILLANTE

 

 

La Sémillante était un vaisseau de guerre français basé à Toulon, une frégate de 1er rang à trois-mâts à voile de 54 mètres, 60 canons, jaugeant 700 tonneaux affrétée spécialement pour se porter en renfort de l'Expédition de Crimée.

 

 

 

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Elle apportait, outre un détachement de 480 fantassins en sus de son équipage, un impressionnant matériel de 400 tonnes, constitué de canons, mortiers de campagne, munitions, vivres et équipements divers.

 

Prise dans une terrible tempête avec des vents d'Ouest terribles  au large de la Sardaigne, son Commandant décida de contourner sa route rendue impossible par l'ouragan qui menaçait, en s'engouffrant dans les "Bouches de Bonifacio", hélas, truffées de récifs, de brisants et d'écueils mortels, et formant dès lors entre les deux côtes de la Corse et de la Sardaigne, un effroyable entonnoir interdisant toute maîtrise du bâtiment filant à vitesse devenue incontrôlable.

 

La Sémillante fit naufrage en se fracassant violemment à la vitesse de 12 noeuds (22,2 km/h) sur ces récifs et hauts-fonds des îles Lavezzi dans la nuit du 15 au 16 février 1855, à peine deux jours après son appareillage du port de Toulon, en disparaissant corps et biens avec ses 773 hommes, dont 293 hommes d'équipage. 

 

Les corps de tous ces malheureux furent repêchés disloqués, dans un état effroyable les jours suivants, pour un total de 560 corps dès lors ensevelis dans deux cimetières de l'île. Très peu d'entre-eux ont pu être identifiés grâce à leurs effets personnels, comme le Capitaine Jugan commandant la frégate et l'aumônier du bord.

 

En hommage à ces marins et soldats, le " Ministère de la Guerre et de la Marine " fit élever à l'époque, un monument de granite commémoratif reconnaissable à sa forme pyramidale au sommet de l'îlot sur lequel s'est brisée La Sémillante. Ce cimetière fait régulièrement l'objet de cérémonies commémoratives rendues par le Gouvernement et la Marine française.

 

Ce fut, et c'est toujours, la plus grande catastrophe maritime survenue en Méditerranée.

 

Inutile de dire combien ce drame frappa les esprits tant l'incompréhension et la douleur l'emportèrent. On chargea des navires à vapeur de sillonner les parages afin d'obtenir des informations sur les circonstances du naufrage à défaut de sauver des rescapés, et de procéder à l'inhumation des victimes repêchées jusqu'en Corse (rendue fort difficile tant les cadavres étaient affreusement mutilés).

 

On acquit la certitude que l'ouragan qui dévasta la région (des toitures furent emportées à Bonifacio) ne laissa que peu de chances à l'infortuné commandant, pourtant expérimenté qui jusqu'au bout, lutta pour sauver son navire privé de gouvernail et devenu incontrolable.

 

On lança une souscription publique en faveur des familles des victimes qui se monta à 60.000 francs plus 10.000 francs remis par Napoléon III et l'Impératrice Eugénie.

 

Faisant suite à ce naufrage, lui-même rapproché de celui de 38 navires également engagés en Crimée, un an plus tôt le 14 novembre 1854, le Directeur de l'Observatoire de Paris, Urbain Le Verrier, calcula l'évidente portée de l'ouragan, tout comme de celui qui traversa l'Europe en 1854, à l'appui du recueil d'un réseau de 250 observations d'astronomes et météorologistes.

 

Ainsi, il démontra que de tels drames auraient pu être évités en les prévenant scientifiquement. Il proposa la mise en place d'un vaste réseau de météorologie télégraphique (progrès spectaculaire du moment) visant à avertir les marins de la proximité et de la survenance des tempêtes. Les bases de la météorologie moderne étaient jetées !

 

Enfin, ce " drame de la mer " comme on le surnomma à l'époque, connut également un grand retentissement grâce au récit qu'en fit le célèbre écrivain Alphonse DAUDET dans ses " Lettres de mon moulin " (Voir le texte ci-après).

 

 

 

Les îles Lavezzi (on voit très nettement la difficulté de les traverser par temps de tempête !)

 

 

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"Réclame" de l'époque pour des chocolats "Louis" de la série " Les drames de la mer "...

 

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Fragments de l'épave

 

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Le monument en forme de pyramide sur le lieu du naufrage

 

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Cérémonies récentes

 

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Missive envoyée par le ministère de l'empereur Napoléon III

accordant à la veuve d'un matelot de la sémillante, une pension annuelle.

 

 

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Voici le texte tiré des " Lettres de mon moulin " D'Alphonse DAUDET

intitulé

 

" L'agonie de la Sémillante "

 

 

"" Puisque le mistral de l'autre nuit nous a jetés sur la côte corse, laissez-moi vous raconter une terrible histoire de mer dont les pêcheurs de là-bas parlent souvent à la veillée, et sur laquelle le hasard m'a fourni des renseignements fort curieux.
... Il y a deux ou trois ans de cela.
Je courais la mer de Sardaigne en compagnie de sept ou huit matelots douaniers. Rude voyage pour un novice ! De tout le mois de mars, nous n'eûmes pas un jour de bon. Le vent d'est s'était acharné après nous, et la mer ne décolérait pas.
Un soir que nous fuyions devant la tempête, notre bateau vint se réfugier à l'entrée du détroit de Bonifacio, au milieu d'un massif de petites îles... Leur aspect n'avait rien d'engageant : grands rocs pelés, couverts d'oiseaux, quelques touffes d'absinthe, des maquis de lentisques, et, çà et là, dans la vase, des pièces de bois en train de pourrir ; mais, ma foi, pour passer la nuit, ces roches sinistres valaient encore mieux que le rouf d'une vieille barque à demi pontée, où la lame entrait comme chez elle, et nous nous en contentâmes.
À peine débarqués, tandis que les matelots allumaient du feu pour la bouillabaisse, le patron m'appela, et, me montrant un petit enclos de maçonnerie blanche perdu dans la brume au bout de l'île :
- Venez-vous au cimetière ? me dit-il.
- Un cimetière, patron Lionetti ! Où sommes-nous donc ?
- Aux îles Lavezzi, monsieur. C'est ici que sont enterrés les six cents hommes de la Sémillante, à l'endroit même où leur frégate s'est perdue, il y a dix ans... Pauvres gens ! Ils ne reçoivent pas beaucoup de visites ; c'est bien le moins que nous allions leur dire bonjour, puisque nous voilà...
- De tout mon coeur, patron.
Qu'il était triste, le cimetière de la Sémillante !... Je le vois encore avec sa petite muraille basse, sa porte de fer rouillée, dure à ouvrir, sa chapelle silencieuse, et des centaines de croix noires cachées par l'herbe... Pas une couronne d'immortelles, pas un souvenir ! rien... Ah ! les pauvres morts abandonnés, comme ils doivent avoir froid dans leur tombe de hasard !
Nous restâmes là un moment agenouillés. Le patron priait à haute voix. D'énormes goélands, seuls gardiens du cimetière, tournoyaient sur nos têtes et mêlaient leurs cris rauques aux lamentations de la mer.
La prière finie, nous revînmes tristement vers le coin de l'île où la barque était amarrée. En notre absence, les matelots n'avaient pas perdu leur temps. Nous trouvâmes un grand feu flambant à l'abri d'une roche, et la marmite qui fumait. On s'assit en rond, les pieds à la flamme, et bientôt chacun eut sur ses genoux, dans une écuelle de terre rouge, deux tranches de pain noir arrosées largement. Le repas fut silencieux : nous étions mouillés, nous avions faim, et puis le voisinage du cimetière... Pourtant, quand les écuelles furent vidées, on alluma les pipes et on se mit à causer un peu. Naturellement, on parlait de la Sémillante.
- Mais enfin, comment la chose s'est-elle passée ? demandai-je au patron qui, la tête dans ses mains, regardait la flamme d'un air pensif.
- Comment la chose s'est passée ? me répondit le bon Lionetti avec un gros soupir. Hélas! monsieur, personne au monde ne pourrait le dire. Tout ce que nous savons, c'est que la Sémillante, chargée de troupes pour la Crimée, était partie de Toulon, la veille au soir avec le mauvais temps.
La nuit, ça se gâta encore. Du vent, de la pluie, la mer énorme comme on ne l'avait jamais vue... Le matin, le vent tomba un peu, mais la mer était toujours dans tous ses états, et avec cela une sacrée brume du diable à ne pas distinguer un fanal à quatre pas... Ces brumes-là, monsieur, on ne se doute pas comme c'est traître... Ça ne fait rien, j'ai idée que la Sémillante a dû perdre son gouvernail dans la matinée ; car, il n'y a pas de brume qui tienne, sans une avarie, jamais le capitaine ne serait venu s'aplatir ici contre. C'était un rude marin, que nous connaissions tous.
Il avait commandé la station en Corse pendant trois ans, et savait sa côte aussi bien que moi, qui ne sais pas autre chose.
- Et à quelle heure pense-t-on que la Sémillante a péri ?
- Ce doit être à midi ; oui, monsieur, en plein midi... Mais dame ! avec la brume de mer ce plein midi-là ne valait guère mieux qu'une nuit noire comme la gueule d'un loup... Un douanier de la côte m'a raconté que ce jour-là, vers onze heures et demie, étant sorti de sa maisonnette pour rattacher ses volets, il avait eu sa casquette emportée d'un coup de vent, et qu'au risque d'être enlevé lui-même par la lame, il s'était mis à courir après, le long du rivage,à quatre pattes. Vous comprenez ! les douaniers ne sont pas riches, et une casquette, ça coûte cher. Or il paraîtrait qu'à un moment notre homme, en relevant la tête, aurait aperçu tout près de lui, dans la brume, un gros navire à sec de toiles qui fuyait sous le vent du côté des îles Lavezzi. Ce navire allait si vite, si vite, que le douanier n'eut guère le temps de bien voir Tout fait croire cependant que c'était la Sémillante, puisque une demi-heure après le berger des îles a entendu sur ces roches... Mais précisément voici le berger dont je vous parle, monsieur ; il va vous conter la chose lui-même... Bonjour Palombo !... viens te chauffer un peu ; n'aie pas peur.
Un homme encapuchonné, que je voyais rôder depuis un moment autour de notre feu et que j'avais pris pour quelqu'un de l'équipage, car j'ignorais qu'il y eût un berger dans l'île, s'approcha de nous craintivement.
C'était un vieux lépreux, aux trois quarts idiot, atteint de je ne sais quel mal scorbutique qui lui faisait de grosses lèvres lippues, horribles à voir. On lui expliqua à grand-peine de quoi il s'agissait. Alors, soulevant du doigt sa lèvre malade, le vieux nous raconta qu'en effet, le jour en question, vers midi, il entendit de sa cabane un craquement effroyable sur les roches. Comme l'île était toute couverte d'eau, il n'avait pas pu sortir, et ce fut le lendemain seulement qu'en ouvrant sa porte il avait vu le rivage encombré de débris et de cadavres laissés là par la mer. Epouvanté, il s'était enfui en courant vers sa barque, pour aller à Bonifacio chercher du monde.
Fatigué d'en avoir tant dit, le berger s'assit, et le patron reprit la parole :
- Oui, monsieur, c'est ce pauvre vieux qui est venu nous prévenir. Il était presque fou de peur ; et, de l'affaire, sa cervelle en est restée détraquée. Le fait est qu'il y avait de quoi... Figurez-vous six cents cadavres en tas sur le sable, pêle-mêle avec les éclats de bois et les lambeaux de toile...
Pauvre Sémillante !... La mer l'avait broyée du coup, et si bien mise en miettes que dans tous ses débris le berger Palombo n'a trouvé qu'à grand-peine de quoi faire une palissade autour de sa hutte... Quant aux hommes, presque tous défigurés, mutilés affreusement... C'était pitié de les voir accrochés les uns aux autres, par grappes...
Nous trouvâmes le capitaine en grand costume, l'aumônier son étole au cou ; dans un coin, entre deux roches, un petit mousse, les yeux ouverts... on aurait cru qu'il vivait encore; mais non ! il était dit que pas un n'en réchapperait...
Ici le patron s'interrompit :
- Attention, Nardi ! cria-t-il, le feu s'éteint.
Nardi jeta sur la braise deux ou trois morceaux de planches goudronnées qui s'enflammèrent, et Lionetti continua :
- Ce qu'il y a de plus triste dans cette histoire, le voici...
Trois semaines avant le sinistre, une petite corvette, qui allait en Crimée comme la Sémillante, avait fait naufrage de la même façon, presque au même endroit ; seulement, cette fois-là, nous étions parvenus à sauver l'équipage et vingt soldats du train qui se trouvaient à bord... Ces pauvres tringlots n'étaient pas à leur affaire, vous pensez !
On les emmena à Bonifacio et nous les gardâmes pendant deux jours avec nous, à la marine... Une fois bien secs et remis sur pied, bonsoir ! bonne chance ! ils retournèrent à Toulon, où, quelque temps après, on les embarqua de nouveau pour la Crimée... Devinez sur quel navire !... Sur la Sémillante, monsieur.. Nous les avons retrouvés tous, tous les vingt, couchés parmi les morts, à la place où nous sommes... Je relevai moi-même un joli brigadier à fines moustaches, un blondin de Paris, que j'avais couché à la maison et qui nous avait fait rire tout le temps avec ses histoires... De le voir, là, ça me creva le coeur... Ah ! Santa Madre !...
Là-dessus, le brave Lionetti, tout ému, secoua les cendres de sa pipe et se roula dans son caban en me souhaitant la bonne nuit... Pendant quelque temps encore, les matelots causèrent entre eux à demi-voix... Puis, l'une après l'autre, les pipes s'éteignirent... On ne parla plus... Le vieux berger s'en alla... Et je restai seul à rêver au milieu de l'équipage endormi.
Encore sous l'impression du lugubre récit que je venais d'entendre, j'essayais de reconstruire dans ma pensée le pauvre navire défunt et l'histoire de cette agonie dont les goélands ont été seuls témoins. Quelques détails qui m'avaient frappé, le capitaine en grand costume, l'étole de l'aumônier les vingt soldats du train, m'aidaient à deviner toutes les péripéties du drame... Je voyais la frégate partant de Toulon dans la nuit... Elle sort du port. La mer est mauvaise, le vent terrible ; mais on a pour capitaine un vaillant marin, et tout le monde est tranquille à bord...
Le matin, la brume de mer se lève. On commence à être inquiet. Tout l'équipage est en haut. Le capitaine ne quitte pas la dunette... Dans l'entrepont, où les soldats sont renfermés, il fait noir ; l'atmosphère est chaude. Quelques-uns sont malades, couchés sur leurs sacs. Le navire tangue horriblement ; impossible de se tenir debout. On cause assis à terre, par groupes, en se cramponnant aux bancs ; il faut crier pour s'entendre. Il y en a qui commencent à avoir peur... Écoutez donc ! les naufrages sont fréquents dans ces parages-ci ; les tringlots sont là pour le dire, et ce qu'ils racontent n'est pas rassurant. Leur brigadier surtout, un Parisien qui blague toujours, vous donne la chair de poule avec ses plaisanteries :
- Un naufrage !... mais c'est très amusant, un naufrage. Nous en serons quittes pour un bain à la glace, et puis on nous mènera à Bonifacio, histoire de manger des merles chez le patron Lionetti.
Et les tringlots de rire...
Tout à coup, un craquement... Qu'est-ce que c'est ? Qu'arrive-t-il ?...
- Le gouvernail vient de partir, dit un matelot tout mouillé qui traverse l'entrepont en courant.
- Bon voyage ! crie cet enragé de brigadier ; mais cela ne fait plus rire personne.
Grand tumulte sur le pont. La brume empêche de se voir. Les matelots vont et viennent effrayés, à tâtons... Plus de gouvernail ! La manoeuvre est impossible... La Sémillante, en dérive, file comme le vent... C'est à ce moment que le douanier la voit passer; il est onze heures et demie.
À l'avant de la frégate, on entend comme un coup de canon... Les brisants ! les brisants !... C'est fini, il n'y a plus d'espoir, on va droit à la côte... Le capitaine descend dans sa cabine...
Au bout d'un moment, il vient reprendre sa place sur la dunette, en grand costume... Il a voulu se faire beau pour mourir.
Dans l'entrepont, les soldats, anxieux, se regardent, sans rien dire... Les malades essaient de se redresser... le petit brigadier ne rit plus... C'est alors que la porte s'ouvre et que l'aumônier paraît sur le seuil avec son étole :
- À genoux, mes enfants !
Tout le monde obéit. D'une voix retentissante, le prêtre commence la prière des agonisants.
Soudain, un choc formidable, un cri, un seul cri, un cri immense, des bras tendus, des mains qui se cramponnent, des regards effarés où la vision de la mort passe comme un éclair...
Miséricorde !...
C'est ainsi que je passai toute la nuit à rêver, évoquant, à dix ans de distance, l'âme du pauvre navire dont les débris m'entouraient... Au loin, dans le détroit, la tempête faisait rage; la flamme du bivouac se courbait sous la rafale ; et j'entendais notre barque danser au pied des roches en faisant crier son amarre. ""

 

 

 

 


05/04/2021
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Lexique Antonin, Saison 3 , Episode 1, Katorga

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 3 " ESPOIRS "

ÉPISODE 1 " KATORGA " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Katorga

 

 

 

 

 

 

 

 

LES BAGNES RUSSES " KATORGA " PUIS " GOULAG " (Katorga)

 

 

De tous temps, ces bagnes (traduction de Katorga) ont existé. Les Tsars, tout comme nous d'ailleurs, avaient une panoplie aussi variée qu'imaginative de sévices, tortures et autres tourments aussi cruels qu'expéditifs envers leurs adversaires. Mais, la déportation dans des provinces éloignées, toujours plus à l'Est et au Nord, en Sibérie orientale comme aux confins de l'Empire du Milieu (la Chine), était l'une de leurs spécialités.

 

De nos jours encore, même si ces Katorga, devenus Goulag au XXè siècle en U.R.S.S. n'existent plus, les "camps de travail" et autres prisons délocalisées sous la forme de "colonies pénitentiaires" poursuivent plus discrètement cette "tradition".

 

Le système du katorga que le Tsar Pierre le Grand porta à son paroxysme en 1722, consistait à expédier des criminels, mais le plus souvent de simples indigents, mendiants ou malheureux voleurs de pain dans des steppes infernales accompagnés de toute leur famille où ils allaient sitôt mourir de froid, de faim et de maladies. Ses opposants "politiques" connaissaient bien évidemment le même sort où ces "camps" se chargeaient de les oublier radicalement. Mais ils ne partaient pas "en voyage"... Ils partaient pour " contribuer à la gloire du pays " en creusant le sol pour construire des routes, voies de chemin de fer ou même un lac, mais surtout dans des mines d'argent, de fer ou de sel, voire d'uranium sans aucune protection et par des températures atteignant jusqu'à - 50°.

 

Plus près de nous, Anton Tchekhov, le grand écrivain Russe, fut emprisonné dans des conditions épouvantables dans l'île de Sakhaline dont ils fit le récit en  1893, tout comme son prédécesseur Fiodor Dostoïevski condamné aux travaux forcés à la forteresse d'Omsk en 1849 qui publia en 1854 "Souvenirs de la maison des morts".

 

Puis fidèle à ces bagnes d'un autre temps, à compter de 1930, Staline remit au goût du jour en Artique, dans l'Oural et en Sibérie, ces milliers de "camps correctionnels de travail" regroupés en 476 complexes, tels que décomptés à sa mort en 1953...

 

Il n'est qu'à se souvenir des ouvrages du célèbre dissident Alexandre Soljenytsine comme " Une journée d'Ivan Denissovitch " (1962) ou " l 'archipel du goulag " (1973) dénonçant pour la première fois sous la forme de romans les goulags de la " terreur rouge " où tant d'innocents furent déportés dans des conditions effroyables banalisant l'horreur dans l'espoir quotidien de leur survie. Entre 1939 et 1953, on compta... douze millions de morts, au rythme de 855.000 par an ! Ces goulags n'avaient rien à envier aux camps de concentration nazis.

 

Sous l'ère Soviétique, un adulte sur six avait fait " l'expérience du goulag ", estime Madeleine Leroyer, réalisatrice et ancienne correspondante de la RTS en Russie .

 

" Assouplis " lors de la déstalinisation, les goulags furent fermés par Gorbatchev, mais... 

 

 

N.B. 1

Le site Russe " Russia Beyond " LIEN ICI qui regorge d'informations passionnantes sur la Russie, rassemble des dizaines de textes et reportages évoquant cette tragédie du goulag, LIEN ICI. L'un des articles " La route des os " en est particulièrement atroce : LIEN ICI.

 

N.B. 2

Chanson populaire russe " Le port de Varino " considérée comme l'hymne du Goulag, l'un des plus affreux, celui de la Kolyma avec sa terrible R504 ou " route des os " : ceux des prisonniers morts en la construisant et incorporés dans la route. La chanson fut écrite en 1946/47 dans ce bagne de la Taïga balayée par un froid atteignant - 60° à - 70°.

 

Je la publie avec mon poème Katorga, dont voici les paroles :

 

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En rouge, la " route des os " n° R-504

 

Capture d’écran 2021-03-16 à 16

 

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Des chiffres terribles

 

 

Capture d’écran 2021-03-16 à 12

 

 

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Katorga

 

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Les fers...

 

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Goulag 

 

 

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Alexandre Soljenytsine " Une journée d'Ivan Denissovitch " (1962) 

 

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Alexandre Soljenytsine " l 'archipel du goulag " (1973)

 

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Fiodor Dostoïevski publia en 1854 "Souvenirs de la maison des morts".

 

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Anton Tchekhov fut emprisonné dans l'île de Sakhaline

 

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Le mémorial russe dans le Parc Loubianka de Moscou

en hommage aux victimes du Goulag

 

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16/03/2021
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Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 10, La charge

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 10 " LA CHARGE " 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : La charge

 

 

 

 

 

 

 

LA CHARGE DE LA BRIGADE LÉGÈRE, LES HUSSARDS BERCHENY (La charge)

 

 

 

 

 

1/ LA CHARGE DE LA BRIGADE LÉGÈRE

 

 

 

Il s'agit d'un épisode tragique de la guerre de Crimée au cours de la bataille de la Balaklava le 25 octobre 1854 où une Brigade de cavalerie légère anglaise composée de hussards et de lanciers fut littéralement décimée.

 

Le titre du poème de Tennyson publié dans le journal britannique The Examiner en décembre 1854 et glorifiant cette charge de cavalerie insensée, fut ensuite repris sous la houlette cinématographique hollywoodienne. D'abord en 1936 avec Michael Curtis, Errol Flynn, Olivia de Havilland et David Niven, puis en 1968 par Tony Richardson avec John Gielgud et Trevor Howard.

 

Cette charge resta célèbre pour la futilité dramatique de son emploi mal préparé et réalisé contre toutes les règles de la tactique militaire, en conséquence d'une morgue insolente du Haut-Commandement Britannique, lui-même victime de ses propres dissensions ! 

 

Voulant empêcher les Russes de récupérer des batteries d'artillerie anglaises suite à un déplacement d'infanterie, Lord Cardigan lança, comme à la parade  sur un kilomètre au fond de la vallée, ses 673 cavaliers à l'assaut d'artilleurs qui les pilonnaient du haut de leurs positions frontales et sur les flancs en sommet de collines. 

 

Le courage éperdu comme la vaillance magnifique (au dire du général français Pierre Bosquet) dont ces hommes firent preuve ne servit qu'à précipiter leur perte face à un déluge de feu et de boulets d'artillerie. Au total, on dénombra 118 tués, 127 blessés et 362 chevaux mis hors de combat.

 

Par la suite, cette charge désastreuse fut au coeur de controverses politico-militaires, de polémiques et de réflexions philosophiques et poétiques sur les limites de l'absurdité de la guerre lorsque la bravoure ne sert que le sacrifice. 

 

 

 

 

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La " vallée de la mort " aujourd'hui

 

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Mémorial de la bataille de Balakclava

 

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2/ LES HUSSARDS BERCHENY

 

 

 

L'actuel 1er Régiment de Hussards Parachutistes (1er RHP) dont la presse s'est fait récemment l'écho suite à ses pertes humaines lors de combats au Mali, est l'héritier direct du " 1er Hussard " engagé avec le 2ème Hussard durant la guerre de Crimée.

 

Enfin, pour les besoins de ma romance, j'ai quelque peu modifié les choses en lui faisant prendre la place de " la Brigade légère " anglaise, alors qu'en fait il participa à des missions de reconnaissance (déjà) ainsi qu'au siège de Sébastopol (inscription sur son étendard).

 

Ce régiment de cavalerie prestigieux fut créé sous la Révolution française en s'appuyant sur des troupes de l'Ancien-Régime levées en 1719 et constituées de " houzards " devenus " hussards du Roi " par le Comte Lanislas de Bercheny, Hongrois en conflit avec les Habsbourg. 

 

Par la suite, il s'illustra en de maintes occasions, comme en témoignent les mentions portées sur son étendard (voir illustration). Voici ce que Napoléon 1er en disait : " « ce régiment n'a cessé de combattre soit en totalité, soit en partie. Il a été renouvelé presque jusqu'à cinq ou six fois, mais une vérité digne d'être affirmée par les Généraux, c'est qu'officiers, sous-officiers et hussards ont tous fait leur devoir. De 1792 à 1801, il a assisté à 37 batailles, 168 combats, 1310 affaires et fait pendant le même temps 26 300 prisonniers, pris 40 drapeaux, 303 bouches à feu. »

 

C'est le régiment de reconnaissance de la 11ème Division parachutiste. Actuellement basé au Quartier(1) Larrey(2) de Tarbes (65), il est doté de véhicules dits de " cavalerie légère blindée aéroportée " (véhicules blindés légers de l'avant-reconnaissance et missiles Milan anti-chars, canons de 90). Fort d'un millier d'hommes, il se compose de 6 escadrons de combat plus un.

 

(1) un Quartier est pour la cavalerie une caserne de fantassins.

(2) Dominique-Jean Larrey fut le chirurgien et médecin en chef des armées Napoléonniennes du 1er Empire, fondateur de la médecine d'urgence.

 

P.S. J'y ai servi lors de mon Service militaire avec la 77/08...

 

 

Un 1er Hussard

 

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Chef d'escadron au 1er Hussard

 

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Colonel d'Empire du 1er Hussard

 

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Un hussard en 1813...

 

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... Et aujourd'hui avec sa célèbre Fanfare en costumes d'époque

 

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avec Madame Raymond Barre en 1977, marraine du Régiment, Hongroise d'origine,

venue aux festivités du bicentenaire

 

 

mme Barre

 

 

 

 

une sabretache

 

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insigne réglementaire du 1er RHP doublé des armoiries de Bercheny

 

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et de la fameuse " Hongroise " rappelant les brandebourgs, cousue sur le béret

(seule exception autorisée en sus de l'insigne parachutiste)

 

 

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L'étendard du 1er RHP

 

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et en guise de souvenirs personnels...

 

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09/03/2021
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Lexique Antonin, Saison 2 , Episode 9, Chaume

LEXIQUE LA PASSION D'ANTONIN

SAISON 2 " LUMIÈRE D'ORIENT "

ÉPISODE 9 " CHAUME " 

 

 

 

 

 

Désolé mes chères et chers ami-e-s de vous imposer ce lexique assez long constitué de trois parties à lire à votre rythme, mais " le jeu en valait la chandelle " tant le passé historique de Paris mérite qu'on s'y arrête.

Prenez votre temps, rien ne presse...

 

Avec ma reconnaissance pour votre fidélité

Pierre

 

 

 

 

 

 

Lien vers le poème : Chaume

 

 

 

 

 

 

 

LE QUARTIER DU TEMPLE DANS LE MARAIS, LE CIMETIÈRE DES SAINT-INNOCENTS, LES RECLUSOIRS (Chaume)

 

 

 

 

 

1/ LE QUARTIER DU TEMPLE DANS LE MARAIS

 

 

 

La rue du Chaume ouverte à la fin du XIIIè siècle avec les rues du Grand Chantier et des Enfants Rouges formaient autrefois un ensemble appelé différemment au fil des ans, mais bien connu en tant que rue Neuve-du-Temple ou rue du Chantier du Temple, rue de La Merci, ou rue de la Porte du Chaume...

 

El le 54 rue des Archives, actuel - qui abrite à l'automne 1974 dans mon poème le nouvel atelier de Valentine, mère d'Irena (voir La romance de Laurine) - se tient précisément à l'emplacement de la Porte (ou poterne) du Chaume ouverte en 1288 : l'une des cinq portes de l'enceinte de Philippe-Auguste qui ceinturait "Paris".

 

Ainsi, la rue principale qui s'ouvrait sur cette porte, traversait-elle le Quartier de La Ville-Neuve-du-Temple, véritable ville dans la ville bâtie par l'Ordre des Templiers jusqu'à ce que l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem dit "des Hospitaliers" ne lui succède après sa dissolution par le roi Philippe IV-le-Bel en 1312.

 

Au coeur de cet "enclos" lui-même protégé par une enceinte fortifiée, se tenait la "Maison du Temple", véritable forteresse médiévale avec son donjon "La Tour du Temple", servant de principale Commanderie de France de l'Ordre des Templiers.

 

L'Ordre du Temple fut créé lors du fameux Concile de Troyes en 1129. Et ses "pauvres chevaliers du Christ" des débuts ne tardèrent pas à s'enrichir grâce aux croisades et à des privilèges incluant des exonérations d'impôts. Ils créèrent dans toute l'Europe des "monastères" ou "Commanderies", aux richesses incomparables, gardant des trésors royaux et prêtant aux rois... Aujourd'hui encore, perdure la légende du ou des trésors des Templiers.

 

Sa chute fut bien évidemment politique en rapport aux luttes intestines des papautés (Avignon) et du roi de France Philippe-le-Bel. Après un simulacre de procès en hérésie, ses chevaliers furent transférés dans d'autres ordres religieux ou condamnés et torturés à mort. Leur Grand Maître Jacques de Molay et le Commandeur de l'Ordre Hugues de Pairaud furent brûlés vifs à Paris à l'emplacement actuel du "Vert Galant", petit square en bordure du Pont Neuf, réunissant plusieurs îlots autrefois dont " l'Île aux Juifs ".

 

Il faudra attendre 1667 pour que l'enceinte du Temple soit démolie et que ne la remplacent de nombreux hôtels particuliers débordant largement ce qu'on appelle aujourd'hui "le Quartier du Marais". Notre Paris du XXIè siècle compte environ 400 hôtels particuliers sur les 2.000 que l'on trouvait encore au XVIIIè, XIXè siècle. La Place des Vosges, ancienne Place Royale, abrite toujours face à face " le pavillon du Roi" "et " le pavillon de la Reine " qui restent les deux seuls hôtels particuliers de cette place qui en comptait trente-six.

 

C'est dans ce donjon transformé ensuite en prison "La Prison du Temple" que le roi Louis XVI, sa femme Marie-Antoinette et leurs enfants, furent enfermés en 1792. Il sera détruit par Napoléon 1er.

 

Je vous recommande la lecture des "Rois Maudits" de Maurice Druon et, ou la remarquable série télévisée de 1972/73 avec Jean Piat.

 

 

 

 

La rue des Archives aujourd'hui 

 

 

rue des archives

 

 

 

 

L'Hôtel de Clisson,  rue des Archives

 

 

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Le n° 54 de la rue des Archives, aujourd'hui

(dans lequel habite Valentine - dans mon poème -

avec son atelier de sculpture dans la cour)

 

 

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son emplacement (n°54 sur l'étoile bleue)

 

carte du marais

 

 

 

et la Porte du Chaume au même endroit, hier...

 

rue de Chaume

 

 

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Le Temple en 1450

 

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 et en 1770

 

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Maquette de l'Enclos du Temple (Musée Carnavalet)

 

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Commanderies des Templiers au XIIIè siècle en Europe !

 

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L'emplacement du bûcher de Jacques de Molay au "Vert-Galant" 

 

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Vidéo reconstituant le Donjon du Temple dit de " la Grosse Tour " 

dans lequel furent enfermé Louis XVI et sa famille.

Publication de l'association "Temple de Paris" :

https://www.templedeparis.fr

 

 

 

La Tour du Temple reconstituée à son emplacement...

par l'association "Temple de Paris"

 

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La Place des Vosges, ancienne Place Royale

en 1709

 

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et aujourd'hui (evec les deux pavillons du Roi et de la Reine qui se font face

 

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Vosges-panoramica

 

 

 

 

 

 

 

2/ LE CIMETIÈRE DES SAINT-INNOCENTS

 

 

Ce cimetière tenant son nom de l'église disparue des " Saint Innocents ", se situait dans le quartier anciennement des Halles de Paris, non loin du quartier Beaubourg ni de fait, du Marais (Paris 1er). Aujourd'hui, il n'en reste rien, sauf la Fontaine des Innocents, construite en 1260, mais reconstruite et maintes fois déplacée pour être au coeur de l'actuelle place Joachim-du-Bellay.

 

Très ancien et connu depuis les Mérovingiens, il rassembla durant six siècles les dépouilles de 22 paroisses parisiennes pour en devenir le plus important cimetière de la capitale avec près de deux millions de corps au total de son utilisation jusqu'au XVIIIe siècle ! À l'origine il se tenait à l'extérieur du Paris intra muros, mais rapidement il prit une telle ampleur que désormais dans la ville, il fallut bientôt le fermer de murs et de remparts pour limiter les pestilences qui s'en dégageaient...

 

Dites-vous bien que ce cimetière Moyenâgeux ne "fonctionnait" pas selon nos habitudes traditionnelles. D'une part, il a évolué au fil des siècles en répondant aux nécessités de son emploi comme aux coutumes des époques traversées. D'autre part, il se vit être au coeur de la vie parisienne en tant qu'adaptation parallèle à sa vocation première d'ensevelir les morts, pour avoir deux reclusoirs (voir ci-après), une fontaine, un ossuaire monumental, un marché - oui, un marché - et servant même de terre d'asile aux vagabonds et brigands !

 

Sur son vaste terrain meuble dont on disait que la terre " mangeait un cadavre en neuf jours ! " se trouvait une fosse commune pour les pauvres, pouvant recevoir 1.500 cadavres ainsi qu'une autre pour les nantis bénéficiant de cercueils de bois. Il n'y avait pas de tombes comme on se les représente avec des dalles de pierre, sauf quelques-unes de noble extraction.

 

Et pour libérer les fosses communes, on y récupérait les ossements encore frais (...) que l'on disposait tout autour du cimetière ainsi bordé de bâtiments dans d'immenses charniers ; lesquels étaient entreposés à claire-voie dans les étages supérieurs et sous les combles de ces constructions ouvertes à tout vent... En rez-de-chaussée, les immeubles reposaient sur des galeries à colonnades servant d'étals pour un marché permanent très fréquenté !

 

Au départ, ces colonnades étaient agrémentées de fresques lugubres et de bas-reliefs mortuaires montrant la vanité humaine illusoire, mais très vite des boutiques de modistes, de luthiers, de ferroniers et de lingères occupèrent l'espace avec en prime des amuseurs de foire, des jongleurs et autres charlatans et même... des prostituées ! Il est vrai que l'Église ayant loué sans scrupules cet espace, elle n'y voyait que des avantages.

 

Mais c'est la nuit que ce cimetière prenait des airs de fête démoniaque où l'on dansait et chantait en jouant les acteurs improvisés non sans que des miséreux se réchauffent l'hiver en brûlant des ossements, au grand dam les anathèmes inutiles lancés par l'évêque !

 

Au Moyen-Âge, il était impossible de le traverser seul, surtout la nuit car il servait également de repère à des bandes de brigands, ainsi protégés des gens d'armes et de la maréchaussée, tout comme dans les églises, par le Clergé et le Roi.

 

Au XVIIIè il était de bon ton de s'y retrouver en galante compagnie dans cet enclos fort couru du " tout Paris " et de s'y faire écrire des lettres d'amour et billets galants sous les vapeurs fétides et cadavéreuses des ossements en putréfaction des étages au dessus... !

 

En 1669, en élargissant la rue de la Ferronnerie, on détruisit l'un des principaux charniers pour le remplacer par une immense immeuble à arcades de 120 mètres de long. Plus tard, des caves s'écroulèrent sous le poids des ossements du bâtiment et décision fut prise en 1786 de le " déménager " aux catacombes (sous la " Tombe-Issoire " dans le 14ème arrondissement) où s'y trouvent toujours aujourd'hui ces ossements historiques : certains remontant au massacre de la Saint-Barthélémie (24 août 1572).

 

 

 

 

En rouge l'emplacement de la Fontaine et de l'ancien cimetière des Innocents,

en bleu les anciennes Halles et en vert Beaubourg.

 

 

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Le cimetière des Innocents au Moyen-Âge

 

 

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son charnier...

 

 

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La Fontaine des Innocents à l'emplacement de l'ancien cimetière

devenu un marché en 1822

 

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et en 1850

 

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La fontaine aujourd'hui

 

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3/ LES RECLUSOIRS

 

 

Quant aux reclusoirs, il s'agissait d'une tradition bien ancrée au Moyen-Âge qui voulait que des jeunes femmes s'enferment à vie volontairement dans une sorte de maisonnette minuscule d'à peine 10 m2 située à proximité d'une église et sur un cimetière où elles étaient emmurées vivante.

 

Certaines y ont vécu de très nombreuses années jusqu'à leur mort, voire des décennies comme Alix La Burgotte, religieuse, morte en 1466, quarante-six ans après son emmurement dans le reclusoir bâti pour elle dans le cimetière des Innocents.

 

Pour bien comprendre cette incroyable tradition en vogue dans toute l'Europe du XIe au XVIe siècle, concernant environ 300 recluses simultanément au total des villes, il faut se mettre " dans la peau " du Moyen-Âge où l'on cohabitait en permanence avec la mort (espérance de vie de 30 ans), où les épidémies comme la peste frappaient, où la famine, les pillages des bandes de brigands et les guerres étaient lot quotidien, où l'on mourait en couche et en bas âge, etc. 

 

Dès lors, le statut de recluse emmurée vivante après que l'évêque ait agréé la postulante volontaire puis lui avoir administré l'extrême-onction lors d'une cérémonie rituelle était une solution vertueuse recherchée pour échapper à la faim et la misère tout en bénéficiant de l'assurance d'être pardonnée de ses péchés par Dieu et ses anges dans ce lieu sacré.

 

D'une manière générale, ces postulantes à l'enfermement irréversible étaient des " filles perdues " en grande détresse bien souvent victimes de viols, ayant la foi chevillée au corps, des prostituées repentantes en référence à Marie-Madeleine convertie par le Christ, mais aussi des religieuses, voire des Dames de haute extraction.

 

Le suicide étant interdit par l'Église et voué aux enfers, la réclusion pouvait aussi apparaître comme un sacrifice de sa vie légitimement absous.

 

Alors que toutes ces malheureuses n'étaient nullement préparées à une telle condition de recluse, comme d'ailleurs les laïcs à la différence des religieux habitués au silence et à l'isolement des cellules monastiques, elles s'en remirent à l'Église pour se charger de leur enfermement matériel et spirituel dont la seule issue était celle du ciel.

 

En effet, les villes les considéraient presque comme des saintes et leur offraient    à vie la charité (nourriture, " vêtements ", chauffage, crucifix, une table, une chaise, une paillasse et... un toit) par cette minuscule maison fermée, avec seulement une petite ouverture pour leur nourriture et une autre pour évacuer leurs excréments.

 

Elles pouvaient assister au culte, car ces réclusoirs étaient la plupart du temps adossés à une église, avec une lucarne grillagée attenante. En contrepartie (!) de leur réclusion, elles devaient prier constamment pour le salut de la  communauté, consoler de plus démunis qu'elles (!), faire état de leurs visions spirituelles, conseiller les chrétiens qui les visitaient à travers leur minuscule fenestrelle infranchissable et même faire l'aumône à des nuées d'enfants affamés...

 

Certaines recluses forcèrent l'admiration de leur époque telles Juette de Huy mariée de force à 13 ans et  veuve à 18 ans avec trois enfants que sa famille lui retira pour son refus de se remarier, ou Alix la Burgotte dont le Roi Louis XI, admiratif et reconnaissant pour sa dévotion puisqu'il la consultait à l'occasion, lui offrit sa sépulture en marbre dans l'église des Innocents ! 

 

Et d'une certaine façon, Victor Hugo leur rendit hommage en évoquant le reclusoir construit par madame Rolande dans la muraille de sa propre maison suite au deuil de son père parti en croisade, dans " Notre-Dame-de-Paris "...

 

Aujourd'hui, la réclusion ne s'apparente plus à un voeu de perfection divine, mais à une peine punitive imposée par la loi aux condamnés.

 

 

 

Le reclusoir des Saints-Innocents 

 

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La cérémonie d'enfermement sous la bénédiction de l'évêque

 

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Le chevalier Perceval se rendant à la recluserie (reclusoir)

 

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20/02/2021
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