La palette de Pierre

La palette de Pierre

Lexique Saison 5 Episode 13 Poteaux

 

 

 

Saison 5, Épisode 13, Poteaux

 

 

 

  

 

Lien vers le poème " Poteaux " : ICI

 

 

 

 

 

 

 - LE CHEMIN DES DAMES DEPUIS LOUIS XV, LES QUATRE CAPORAUX, LES MUTINERIES DE 1917, LA CHANSON DE CRAONNE, ESPIONNES ADULÉES OU HONNIES : Edith Cavell, Louise de Bettignies, Mata Hari (Poteaux)

 

 

1/ LE CHEMIN DES DAMES DEPUIS LOUIS XV n'était en fait à l'origine qu'un raccourci permettant à deux des filles du roi Louis XV, Adélaïde et Victoire, de se rendre plus rapidement au château de la Bôve (commune de Bouconville-Vauclair) appartenant à la Dame d'atours d'Adélaïde, titrée Duchesse Françoise de Narbonne-Lara, afin de la visiter plus aisément. Par la suite et malgré la Révolution Française, ce chemin modifié conserva son nom de " Chemin des Dames ".

 

Cela étant, le site sur lequel serpente ce chemin était connu de toute éternité, puisque dès l'antiquité, les 40.000 romains de Jules César mirent en déroute sur ce plateau du moissonnais près de 300.000 Gaulois/Belges coalisés en 57 av. J-C. 

 

Plus tard, ce fut Napoléon 1er qui, lors de la Campagne de France, avec 37.000 hommes, combattit et défit les troupes Russes et Prussiennes commandées par Blücher (déjà !) disposant de 85.000 hommes à la Bataille de Craonne, le 7 mars 1814.

 

On retrouve en 1870 la construction de deux forts sur ce plateau de Craonne, en défense de Paris.

 

Et bien sûr, ce fut lors des terribles combats espacés durant toute la Grande-Guerre, de 1914 à 1918, que ce chemin des dames laissa définitivement son nom dans l'histoire.

 

Les allemands s'y postèrent dès l'automne 1914, puis la défaite du Général Nivelle qui tentait d'obtenir en avril 1917 une victoire décisive sur les allemands malgré son million d'hommes entre Soissons et Reims, eut pour conséquence, outre les pertes épouvantables des assauts répétés en vain, une perte de confiance dans ses propres rangs, voire les mutineries qui s'ensuivirent... Il faudra attendre octobre 1917 pour conquérir le plateau, à nouveau perdu en mai 1918, pour être finalement libéré en octobre 1918...

 

En juin 1940, de nouveaux combats prirent encore pour cible ce sinistre plateau...

 

 

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Le Chemin des Dames aujourd'hui

 


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La Bataille de Craonne de Napoléon 1er peinte par Théodore Jung (1803/1865)
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Le plateau de Craonne
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Ensemble, un soldat "Marie-Louise" de 1814 et un poilu de 1914
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Le chemin des dames en 1917...

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2/ LES QUATRE CAPORAUX DE SOUAIN furent fusillés par leurs camarades du 336è Régiment d'Infanterie, pour l'exemple au titre de désobéissance devant l'ennemi avec refus " de bondir hors des tranchées ".

 

Cette affaire fit grand bruit, mettant en évidence l'injustice flagrante d'un tribunal militaire (conseil de guerre d'exception) ayant condamné à mort ces quatre militaires, dans la précipitation à peine deux heures avant que n'arrive leur recours en grâce...

 

C'est pour ainsi dire, l'ensemble de leur Compagnie qui, face à la certitude d'être aussitôt fauchée en sortant de sa tranchée devant des mitrailleuses allemandes qui continuaient de hacher les cadavres de leurs camarades accrochés aux barbelés, avait alors refusé d'en sortir, d'autant que la terre était jonchée de cadavres suite aux erreurs de tir de sa propre artillerie qui en avait pilonné le terrain ! N.B : le général Réveilhac fut soupçonné d'avoir fait volontairement bombarder ses propres unités pour les forcer à sortir des tranchées...

 

Mais le général Réveilhac qui s'était acharné à vouloir punir cette compagnie en choisissant deux hommes par escouade, n'obtint que la tête de ces quatre hommes sur les vingt-quatre inculpés. 

 

Ils ont été réhabilités dans leur honneur en 1934 seulement par une Cour spéciale de justice estimant : " que l'ordre donné était irréalisable, que le sacrifice ainsi demandé dépassait les limites des forces humaines et donc qu'un doute subsistait sur la volonté qu'ils avaient eue de commettre le refus d'obéissance pour lequel ils avaient été condamnés et dont ils ne sauraient être tenus pour pénalement responsables ".

 

 

Plusieurs téléfilms retracent ce drame, mais c'est principalement le film de Stanley Kubrick " Les sentiers de la gloire " (1957), d'ailleurs censuré sur les écrans français jusqu'en 1975... qui rend hommage aux caporaux :

- Louis Girard, 28 ans, horloger, marié, 1 enfant,

- Lucien Lechat, 23 ans, garçon de café,

- Louis Lefoulon, 30 ans, cheminot, 1 enfant,

- théophile Maupas, 40 ans, instituteur, marié, 2 enfants.

 

 

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3/ LES MUTINERIES DE 1917  

sont un épisode également tragique de ce conflit, mais fortement prévisible, tant il devenait évident que depuis le début de ce terrible conflit en 1914, la terreur, l'immensité des pertes humaines, l'horreur des conditions "de vie" des tranchées, les maladies, le refus persistant des permissions, le dégoût devant l'absurdité de cette guerre et la stupidité insensée de la plupart des ordres sans oublier l'injustice des Conseils de guerre finissait par envahir les poilus, même parmi les plus patriotes. De fait, les soldats avaient très tôt compris que cette guerre dont les causes ne les concernait pas, allait s'installer pour durer.

 

Il y eut à différents moments, des actes plus ou moins isolés d'insoumission, voire de révolte collective prenant dès lors la forme de mutineries contre le commandement et les ordres de l'Etat-Major jugés imbéciles, inutiles et "criminels". D'autres façons d'exprimer son refus de mourir inutilement, pour des nantis et politiciens qui ne se souciaient pas du sang versé par les paysans (très nombreux et venant donc de toute la France), les ouvriers et les petites gens, consistaient à se laisser faire prisonnier par les allemands, ou à s'auto-mutiler.

 

Mais c'est avec l'épuisement après trois années de guerre, l'apport d'informations laissant croire à sa fin possible du fait notamment de la Révolution Soviétique retirant la Russie du conflit, des actes de fraternisation avec des allemands s'estimant tout autant victimes de la guerre, l'épuisement des femmes à l'arrière et la révolte croissante contre les "fusillés pour l'exemple", ainsi que l'échec cuisant du Général Nivelle au printemps 1917 sur le plateau de Craonne et son sinistre Chemin des Dames, que de nombreuses troupes se mutinèrent. L'histoire a retenu que les "incidents" relevés entre avril et septembre 1917, se portaient au nombre de 117, concernant presque 80.000 hommes, représentant environ 1 soldat sur 15 à 20, malgré les risques énormes encourus. 

 

Bien entendu, on mit sur le compte de la propagande soviétique, de complots politico-syndicaux liés à l'internationale communiste, ou de tentatives de déstabilisation par l'espionnage allemand, ces mutineries. Elles furent impitoyablement réprimées, principalement par le général en chef Philippe Pétain, ayant remplacé le général Nivelle.

 

Les tribunaux militaires sous la forme de conseils de guerre expéditifs cherchant à individualiser des insoumissions collectives, prononcèrent 3.500 condamnations dont 1.381 aux travaux forcés (bagne), 554 à mort dont 49 "seulement" effectives suite au droit de grâce du Président Poincaré (il gracia de 90 à 95 % des condamnés), alors que les fusillés pour l'exemple se montaient à 200 en 1914 et 260 en 1915.

 

Récemment, après plusieurs tentatives de réhabilitation générale de tous ces "fusillés pour l'exemple", notamment à l'approche du centenaire de la Grande-Guerre, et malgré de nombreuses promesses électorales faites aussi bien par MM Lionel Jospin, Nicolas Sarkosy ou François Hollande, le projet de Loi pour leur réhabilitation  ne vit jamais le jour...

 

 

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4/ LA CHANSON DE CRAONNE dont l'auteur anonyme reprit une mélodie de la Belle-Époque (Bonsoir m'amour), fut chantée par les poilus entre 1915 et 1917 et bien souvent, seulement sifflée compte tenu de sa censure par l'autorité militaire y voyant là, matière à subversion antimilitariste et anticapitaliste inspirée des bolcheviques...
 
Elle gagna sa notoriété suite à l'attaque désastreuse du général Nivelle au Chemin des Dames et fut chantée par les mutins de 17 dans environ cinquante régiments.
 
En voici les paroles :
 
 

LA CHANSON DE CRAONNE (1915 - 1917)

 

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.

 

REFRAIN

Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

 

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,

 

REFRAIN


Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

 

REFRAIN

Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau 

Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

 

 

 

 

Le village de Soupir, au pied du Chemin des Dames et du plateau de Craonne,

totalement détruit puis reconstruit

 

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5/ ESPIONNES ADULÉES OU HONNIES : Edith Cavell, Louise de Bettignies, Mata Hari...
 
Selon leur camp, le regard porté sur elles prenait la forme de soupirs pleurant une héroïne ou de mépris laissant une traitresse (là, on employait le féminin...)
 
- Édith Cavell (1865/1915) fut une infirmière, résistante Britannique à l'oppression allemande occupant la Belgique ayant facilité l'évasion de plusieurs centaines de soldats anglais. Elle était une Agent du "Secret Intelligence Service" Britannique, mais ne s'est pas "contentée" d'effectuer ses missions secrètes, se démenant pour venir directement en aide à ses compatriotes.
 
Arrêtée en octobre 1915 avec nombre de ses camarades patriotes du réseau d'espionnage, reconnaissant les faits avec courage, elle est incarcérée à la prison de Saint-Gilles et, malgré la protestation internationale, fut passée par les armes.
 
Sa mort ignoble en fit une martyre doublée d'une héroïne populaire ayant  atteint la " superbe prussienne " par l'indignation qu'elle suscita dans le Monde. Après la guerre, le roi George V assista à ses funérailles en Grande-Bretagne lors d'un hommage national qui lui fut rendu à l'abbaye de Westminster.
 
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- Louise de Bettignies (1880/1918) était elle aussi une Agent secret français, qui, sous le pseudonyme d'Alice Dubois, espionna pour le compte de l'Angleterre, depuis Lille
 
Engagée également dans la résistance contre l'oppression et l'occupation de la Belgique par les allemands, elle oeuvra dès le début de la guerre à monter un vaste réseau d'espionnage, après une formation militaire en Angleterre.
 
Son réseau "Alice", fort d'une centaine de membres, travailla de concert avec le réseau Belge de "la dame blanche" (voir mon poème). Parmi ses informations remarquables, elle signala le train du Kaiser Guillaume II en déplacement secret sur le Front (bombardé sans succès), puis la préparation d'une attaque considérable des allemands du côté de Verdun, mais sans que les autorités françaises y croient...! (voir mon poème)
 
Arrêtée en octobre 1915, rudoyée (coup de crosse à la poitrine), elle en meurt trois années plus tard dans un bagne de Cologne en Allemagne. Sa fin de vie fut terrible, enfermée au cachot dans un dénuement total, refusant de parler, et soutenue par sa foi, d'où son appellation de " Jeanne d'Arc du Nord ".
 

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- " Mata Hari " Margaretha Geertruida Zelle (1876/1917) fut convaincue d'espionnage au service de l'Allemagne, par les autorités françaises et fusillée au polygone de tir de Vincennes le 15 octobre 1917.
 
Elle était ce qu'il était convenu d'appeler alors, une "cocotte" (entre courtisane et prostituée), entretenue par plusieurs hommes, s'habillant à " la Javanaise " (où elle serait née) quand elle n'était pas dénudée (masquant seulement ses seins sous des cumules ouvragées donnant part au mystère : ils lui auraient été arrachés par son mari jaloux), écuyère dans un cirque, danseuse "hindoue", fréquentant assidument pour couvrir ses dettes une Maison Close, mais triomphant auprès du tout Paris avide de spectacles affriolants dans une époque guindée, sous les traits d'une princesse hindoue habillée de sa nudité couverte de plumes et d'aigrettes, courant d'un cabaret à l'autre, d'un théâtre à l'autre, les capitales européennes.
 
Elle ne faisait que peu de cas de la nationalité de ses cavaliers servants. Elle était polyglotte, fréquentant les arcanes du pouvoir. Elle s'amouracha d'un Capitaine Russe au service de la France en 1916, mais il fut gravement blessé et, voulant le visiter hospitalisé près de Vittel, elle rencontra le Chef du service du contre-espionnage français qui lui obtint un laissez-passer pour le Front. Il la convainquit, contre la promesse d'un million de francs, d'espionner pour la France, le Haut commandement Allemand en Belgique, tout comme le lui avait proposé de son côté en 1915 le Consul d'Allemagne à La Haye lui proposant déjà de rembourses ses dettes.
 
Sous son nom de code H21, l'attaché militaire allemand à Madrid qu'elle tenta de séduire, informa ses supérieurs à Berlin des activités de cette femme. Et, fort curieusement, les allemands communiquèrent par message chiffré en utilisant un code fort connu du contre espionnage français...
 
Alors, quand elle fut "démasquée" puis accusée d'espionnage au profit de l'Allemagne, puissance ennemie en guerre avec la France, son sort en fut scellé. N'ayant livré aucun aveu durant son enfermement à la prison Saint-Lazare, et suite à un procès expéditif mené sur trois jours, non graciée par le Président Poincaré, elle fut condamnée à mort pour intelligence avec l'ennemi en temps de guerre.
 
Il est un fait qu'après les mutineries soulevées par la défaite du général Nivelle au Chemin des Dames, la France, remontée par la Presse, s'enflamma contre cette cocotte dénudée espionne allemande alors livrée à la vindicte populaire et réclamant sa mort.
 
Elle fit face avec un grand courage au peloton d'exécution (douze hommes dont un fusil chargé à blanc - tradition permettant aux tireurs de penser que leur propre tir n'était pas mortel) en refusant d'être attachée au poteau, ni le bandeau sur son visage. Elle portait une tenue élégante dont un grand canotier noir. Souriant même aux soldats, elle s'exclama juste avant de succomber : " Quelle étrange coutume des Français que d'exécuter les gens à l'aube ! "
 
Son corps non réclamé fut remis à la faculté de médecine de Paris, et plusieurs de ses organes furent volées comme reliques durant son autopsie...
 
De nombreux films ("Mata-Hari" de 1931 avec Greta Garbo, de 1964 avec Jeanne Moreau, de 1985 avec Sylvia Kristel), émissions de télévision (La caméra explore le temps), livres, pièces de théâtre, musique et même jeux vidéo (!) en ont maintenu le mythe et la mémoire.
 
Était-elle coupable ou innocente, espionne réelle ou simple aventurière ? Une demande de procès en révision demandée en 2001 fut rejetée.
 
 

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 Document INA
 

 


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21/09/2019
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