La palette de Pierre

La palette de Pierre

Livreur

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" Livreur "

Illustration originale Pierre Barjonet - Septembre 2023 - 40/30 -

Sanguine, craie Conté, fusain et crayons de couleur

 

N.B. Cliquer sur la photo pour l'agrandir

(comme d'ailleurs, sur toutes les illustrations)

 

 

Gilbert Bécaud & Pierre Delanoë " Nathalie " (1964) : bientôt 60 ans...

Nathalie, en russe " Natalia " avec son diminutif affectueux " Natacha "

 

N.B. Veiller à ne pas écouter la chanson en même temps que la lecture du poème

afin de ne pas interférer entre les paroles et les textes différents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conseils pour mieux suivre le déroulement de votre saga :

 

N'oubliez-pas de visiter la rubrique du sommaire

avec un "résumé" de l'épisode en cours :

SOMMAIRE

 

ainsi que la rubrique chronologique :

CHRONOLOGIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Livreur

 

 

 

En lisière des bois miroitant au soleil,

Surgit enfin la Sainte enluminée d’églises

Parées de mille bulbes dorés sans pareil1,

Conférant à Moscou les vœux qu’on sacralise.

 

 

Portant grande tenue2, Nicolas ne tient plus.

Il toise les clochers, les dômes et coupoles,

Moquant ces officiers se signant au surplus3,

En Russes prisonniers, devant leur mégapole.

 

 

Soudain s’approche un chien tenant presque du loup,

Surprenant les tambours, bousculant les prières,

Risquant vingt fois la mort, mais ce plaisant filou

Vient rendre à Nicolas sa jolie poudrière4.

 

 

Il l’avait égarée ce jour où l’Empereur

Emprunta son tambour, frôlant des remontrances.

Napoléon sourit, nomme le chien « Livreur »

Puis l’offre à Nicolas5 devant la troupe en transe.

 

 

Ce sera donc Livreur, répéta Nicolas !

Et les voilà partis en fière concordance,

Fixant à son tambour un lien qu’il bricola,

Vers Moscou, la divine aux greniers d’abondance6...

 

 

Mais bientôt la musique assourdie par l’écho

Du silence oppressant de la cité déserte7

Laisse sa part au trot de quelque bourricot

Croisant le défilé, montrant sa croupe offerte.

 

 

Livreur grogne des crocs faisant fuir le baudet

Qui s’étale au Kremlin comme une énorme farce.

Nicolas se rengorge en singeant les Cadets8,

Puis, caressant Livreur, embrasse son comparse.

 

 

Rose qui a tout vu, sourit à Natacha

Dont le visage grave entrevoit un murmure,

Engourdissant d’un coup la peine que cacha

La voix d’une émotion si forte qu’elle emmure.

 

 

Nicolas se retourne en pouffant de bon cœur,

Et fixant Natacha perd du pas la cadence,

Manque de trébucher près du Major9 moqueur,

Et de honte rougit souffrant sa décadence.

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Août 2023

 

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Saga poétique romancée « Le carnet gelé » créée par Pierre BARJONET

a/c janvier 2023

Saison 2 « Brasier », Poème 1 « Livreur » (Août 2023)

 

 

 

 

 

L’approche de la légendaire Moscou laisse un goût de cendres à ces combattants rescapés de leur longue marche, des maladies (dysenterie, typhus...), de la faim, de la soif, des pluies diluviennes et des routes détrempées, comme de la chaleur et de la poussière des chemins, des assauts répétés des cosaques sournois, des incendies des champs, des villages avec leurs vivres et fourrages, et dernièrement de la terrible bataille de la Moskova/Borodino qui, avec son total de 70.000 hommes hors de combat** offrit aux rapaces un festin d’horreur tragique...

** Ce total de 70.000 tués ou blessés se décompose en 40.000 Russes et pour la Grande-Armée, en 30.000 Français, dont 49 généraux et 100 colonels !

 

C’est le 14 septembre 1812 vers 13 heures par une belle journée, qu’enfin, la troupe découvre Moscou. La ville sainte (voir mes notes de lecture ci-après) s’offre aux regards du haut du Mont Poklonnaïa dans un contraste incroyable au sortir des bois, plongeant les hommes abasourdis dans une vision presque surnaturelle tant la ville offre de milliers de clochers, de bulbes et de dômes scintillant d’or, d’argent, de vert, de pourpre, de grenat et de bleu se confondant dans un ciel éblouissant d’or et d’azur.

 

Napoléon surexcité, s’attendait à voir se présenter à lui, une délégation de notables conduite par le gouverneur/maire lui remettant les clés de la ville, mais il n’en fut rien. À l’étonnement succéda la colère sourde de l’Empereur qui ordonna que la Garde pénètre dans Moscou. Mais à part quelques escarmouches provoquées par des bandits et brigands sortis tout juste de leurs cachots par les autorités Russes précédant leur fuite, seul un assourdissant silence lui fit écho...

 

 

 

NOTES DE LECTURE ET DE SITUATION HISTORIQUE

 

 

1 « Moscou la sainte » comprenait alors 329 églises - dont seulement 122 furent épargnées de l’incendie qui suivit - lesquelles étaient dotées de coupoles dorées et de bulbes multicolores symbolisant dans la religion orthodoxe, la flamme des bougies sacrées s’élevant vers le ciel. De fait, chaque église était surmontée de plusieurs bulbes d’or, d’où le millier de toits que j’évoque dans mon poème. À ces clochers s’ajoutent des minarets musulmans et les tours des remparts ceinturant la ville. Lesquels s’alignaient sur neuf lieues, soit 36 kilomètres !

 

2 Afin de faire une entrée remarquée dans Moscou, l’ordre avait été donné de revêtir sa grande tenue. Ce fait n’était pas exceptionnel, car l’arrivée de la Grande Armée dans une ville conquise se devait d’impressionner les habitants en marquant les esprits par une parade militaire aussi prestigieuse que les revues données au palais des Tuileries à Paris. Il convient de noter que l’une des traditions de la Garde impériale était de revêtir la grande tenue pour aller au combat !

 

3 Arrivant devant Moscou, du haut de la colline du salut ou Mont Poklonnaïa, tout bon Moscovite devait s’incliner et se signer plusieurs fois. Moscou était la ville sainte. Ce fut donc le cas des prisonniers russes, officiers en tête, apercevant leur ville auprès de la Grande-Armée. Cette colline a été intégrée à Moscou en 1936, puis transformée en parc de la victoire contre les troupes napoléoniennes, avant que d’être définitivement arasée en 1987 avec l’ajout d’un mémorial de la victoire contre l’Allemagne nazie.

 

4 La poudrière faisait partie intégrante de l’équipement des fantassins munis de fusil, mais Nicolas, pourtant Tambour (disposant cependant d’un court « sabre-briquet ») en avait obtenu une, lui servant au rajout de poudre dans sa soupe !

 

5 À l’époque, il n’y avait pas de « chien de guerre », seulement des mascottes. Exception faite d’un fameux barbet légendaire du nom de « Moustache » (1799/1811) dont je parlerai dans un prochain poème. Les chiens de guerre qui existaient déjà dans l’antiquité sont des chiens utilisés par les armées pour différentes missions de reconnaissance, de détection, de messagerie, de transport, d’intimidation et de combat, voire de sacrifice (les Soviétiques en équipaient d’explosifs pour les envoyer s’exploser sous des chars allemands durant la dernière guerre). Ils ont payé un très lourd tribut durant la guerre de 1914/1918.

 

6 La Grande-Armée s’imaginait à tort s’approvisionner en nourriture et fourrage dans Moscou soumise... De fait, s’apercevant qu’il n’y avait pas de réserves - sans parler qu’avec les incendies qui se déclarèrent dès le soir du 15 septembre 1812, tout fut détruit - les soldats enfreignirent les ordres de Napoléon en se livrant au pillage, et pas seulement de vivres (!) pour le peu qu’il en restait.

 

7 La population, dans sa quasi-totalité, a quitté la ville, laissant un goût amer à Napoléon qui s’imaginait défiler en vainqueur devant des notables lui remettant les clefs de Moscou, comme il en avait l’habitude à chaque conquête précédant une entrée triomphale... Ne restaient que 6.000 personnes, dont des vauriens et des prisonniers lâchés dans les rues, sur les 275.000 habitants de Moscou.

 

8 Les cadets étaient des élèves officiers de l’ancien régime en France, mais surtout comme ici, des élèves du « Corps impérial d’infanterie des cadets gentilshommes », formés à l’École de Saint-Pétersbourg.

 

N.B. Je vous conseille la visite de l’incroyable cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois où sont inhumés selon leurs traditions 15.000 Russes ayant fui la révolution bolchévique de 1917, des membres de la famille impériale de Russie, des cadets, ainsi que des réfugiés et résistants de la 2e guerre mondiale. Le talentueux danseur étoile Rudolf Noureev y est également enterré.

 

Lien vers le site Time&Note qui fournit la liste de quelques noms célèbres :

https://timenote.info/fr/Cimetiere-russe-de-Sainte-Genevieve-des-Bois

 

 

9 Il s’agit du tambour major qui remplit la fonction de diriger la formation musicale, à ne pas confondre avec son grade, généralement celui d’un sous-officier comme adjudant ou adjudant-chef. Il possède une canne symbolisant sa fonction et l’aidant à diriger ses musiciens.

 

 

 

QUELQUES ILLUSTRATIONS

 

 

N.B. Parmi ces photos, certaines sont tirées du site " Russia Beyond " qui retrace entre autres, et à mon avis de façon fort objective, l'histoire de la Russie. Voir le site en suivant ce lien : Russia Beyond français

 

 

 

 

Napoléon dominant Moscou depuis le Mont du Salut

 

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Vue du Kremlin

 

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Médaille commémorative de l'entrée de Napoléon à Moscou

 

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Tambour major de la Garde (reconstitution 1er Empire)

 

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Vues du cimetière de Sainte-Geneviève-des-bois

 

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Le Grand-Duc Georges Mickhaïlovitch visitant les tombes impériales des Romanov

 

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Et... Vladimir Poutine honorant avec sa femme en 2000

la mémoire de la princesse Véra Obolensky (1911/1944)

résistante martyre guillotinée par les nazis...

 

Sa visite en France, pour la 1ère fois, correspondait à la réunion

du sommet de l'Union européenne-Russie

car la France exerçait alors la présidence des Quinze.

Notons que Paris et Moscou entretenaient déjà des relations tendues

depuis le début de l'opération russe en Tchétchénie,

opération dont la France dénonçait les méthodes...

 

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La tombe incroyable du danseur étoile Rudolf Noureev (1938/1993)

qui souhaitait être enseveli sous un tapis Kilim figurant ses racines orientales

(Le tapis est entièrement réalisé en mosaïque !)

 

 

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17/09/2023
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