La palette de Pierre

La palette de Pierre

Nicolas

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" Jouets de grenier " Huile sur carton entoilé 10F Pierre Barjonet 1968, 69 ?

 

 

 

" Musique d'ordonnance " (militaire)  en usage sous le 1er Empire

Batterie (tambours) : " Le réveil au bivouac "

 

 

 

 

 

 

 

 

Conseils pour mieux suivre le déroulement de votre saga :

 

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avec un "résumé" de l'épisode en cours :

SOMMAIRE

 

ainsi que la rubrique chronologique :

CHRONOLOGIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nicolas

 

 

 

 

Deux heures du matin, mais il fait déjà jour1 !

Il n’a guère dormi, songeant à ses semelles,

Cet enfant musicien, ce trop jeune Tambour2,

Serrant son bonnet d’ours3 en mascotte femelle.

 

 

Il tremble d’avoir faim, mais aussi par pudeur,

Ne voulant point montrer de quelconque faiblesse

Aux Fusiliers de ligne2 couvrant son bonheur.

Ce jour, il a douze ans4, pointant là, sa noblesse !

 

 

Mais déjà tout s’agite en devançant le coq.

Piétinant bas les feux, saisissant leur giberne5

Les fantassins s’empressent de planquer leur troc,

Car voici le Chien vert6 aux bontés qu’il hiberne.

 

 

L’Ordonnance apparaît bousculant nos bivouacs,

Pressant au point du jour la soupe d’ordinaire7,

 Mais les anciens le moquent en singeant ses couacs

Tant le pauvre « Roquet » n’a rien d’un sanguinaire !

 

 

Le Major en appelle aux claires percussions,

Batteries de combat alignant leurs baguettes

Qui frappent à l’envi l’ordre d’exécution

De battre l’assemblée8 sans idée de retraite.

 

 

Il est là le Niémen, à portée d’Empereur,

Luisant tel un reptile ondulant sa menace,

Immobile attraction de gloire et de l’honneur,

Semblant dire aux Français : « Je serpente, pugnace ! »

 

 

Alors, on s’avança, taisant fifre et tambour9,

Franchissant les trois ponts jetés par le Génie,

Souffrant de la chaleur du drap, des brandebourgs,

Se fondant dans la plaine où la soif s’ingénie...

 

 

Nicolas n’en peut plus des moustiques des bois,

Du cuir du havresac10, de son tambour qui glisse,

De la sueur qui se mêle à la plainte aux abois

Des chevaux écumants, haletants au supplice.

 

 

« Il paraît que ce soir on aura du bouilli

De Barbus refroidis11 » chantonne sa colonne,

Mais pour l’heure il est temps de guetter les taillis

Si l’on ne veut crever sur ces terres félonnes12.

 

 

 

 

Pierre Barjonet

Février 2023

 

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Saga poétique romancée « Le carnet gelé » créée par Pierre BARJONET

a/c janvier 2023

Saison 1 « Marchons », Poème 1 « Nicolas » (février 2023)

 

 

 

 

 

Le 24 juin 1812, la Grande-Armée conduite par l’Empereur Napoléon 1er entre en Russie en franchissant le fleuve Niémen (frontière) à la tête d’une armée forte de près de 440.000 hommes (sur les 680.000 communément admis avec les Réserves) dont 170.000 alliés et 984 bouches à feu (canons). C’est le début de « la campagne de Russie » préparée depuis janvier, puis renforcée par le ralliement à Dresde (Saxe) le 16 mai 1812, des alliés de la France : l’Autriche, la Prusse et la Bavière.

 

 

 

 

 

NOTES DE LECTURE ET DE SITUATION HISTORIQUE

 

 

 

1 Il fait jour très tôt l’été sous ces latitudes et il n’y avait pas d’heure d’été ou d’hiver à l’époque...

 

2 Les « tambours » faisaient partie de l’unité des « fusiliers », dépendants de la « ligne » (fantassins).

 

3 Le « bonnet d’ours » était la coiffe du grenadier de la Garde, principalement.

 

4 Sous l’ancien régime, des enfants suivaient les armées auprès de leur mère occupant des tâches de cantinières, lingères, etc. Et ce, dès l’âge de... 2 ans ! Orphelins de pères tués au combat, ils devenaient des « enfants de troupe ». C’est le 1erconsul Bonaparte qui consacra le premier cette appellation en 1800 en la dotant d’une école aux Invalides. Ces enfants de troupe étaient généralement âgés de 16 à 18 ans, intégrés dans des unités, comme les « jeunes tambours de la chanson », mais on en trouvait souvent de 12 à 14 ans.

 

5 La giberne était un petit sac de cuir contenant les cartouches et les amorces des soldats.

 

6 Dans l’argot du Grognard, le « chien vert » était l’officier d’ordonnance (rattaché à un gradé supérieur. Napoléon par exemple, en avait douze).

 

7 Chez les militaires, « l’ordinaire » concerne tout ce qui relève de l’alimentation.

 

8 Afin de transmettre rapidement les ordres aux unités, de tout temps, les tambours, puis les fifres, les trompettes (cavalerie) et plus tard les clairons jouaient des airs rythmés et circonstanciés. C’est ce qu’on appelle la « musique d’ordonnance ». Pour les batteries de tambours, relevant du Tambour-major, on parle comme ici de « battre l’assemblée » pour annoncer la réunion des hommes par compagnie.

 

9 Déplacement en silence, afin de ne pas risquer d’alerter d’éventuels cosaques.

 

10 Le havresac ou sac à dos sans armature du soldat contenant son équipement.

 

11 Dans l’argot du Grognard, le « bouilli » était le pot-au-feu, les « barbus », les cosaques et « refroidi » signifiait d’être tué (l’expression tient toujours).

 

12 Napoléon considérait que le Tzar (titre bien orthographié à l’époque) Alexandre 1er l’avait trahi en levant le blocus continental imposé à toute l’Europe par lui-même contre les Britanniques. De son côté, le Tzar lui en voulait pareillement pour avoir ressuscité la Pologne et par ailleurs, toujours repoussé l’aide de la France pour la guerre contre la Turquie. Tous deux considéraient que les accords obtenus lors de la fameuse rencontre sur un radeau fastueux le 7 juillet 1807 sur le fleuve Niémen (le même !) avaient été bafoués.

 

 

 

QUELQUES ILLUSTRATIONS

 

 

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Musiciens - Tambour Empire

 

 

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Tambours-Napoléon

 

 

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04/03/2023
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